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La renaissance des métiers manuels : vers la fin de la vieille opposition travail manuel versus intellectuel ?

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La renaissance des métiers manuels

Longtemps dévaluées au profit des métiers dits “intellectuels”, les professions manuelles reviennent sur le devant de la scène. L’émergence de néo-artisans et le flot de reconversions professionnelles signeraient-ils la fin d’un vieil antagonisme ? Qu’en est-il des études ?


Ils sont charpentiers, céramistes, maçons, ébénistes, cuisiniers, néo-agriculteurs et nombreux à quitter leur vie de cadre et de bureau pour “retrouver du sens”. Dans une société marquée par la surproduction et l’hyperconsommation, une transformation profonde semble s’opérer dans notre rapport aux objets et à la manière dont ils sont fabriqués. Loin d’être relégués au passé, les métiers manuels connaissent aujourd’hui une véritable renaissance. Cette évolution, qui pourrait paraître paradoxale à l’ère du numérique et de l’intelligence artificielle, est en réalité le signe d’une reconsidération profonde de la place du travail manuel et de son interaction avec le travail intellectuel. 

L’opposition entre travail manuel et travail intellectuel, profondément ancrée depuis la Renaissance, tend à s’estomper. Historiquement, cette séparation s’est cristallisée lorsque les artistes se sont détachés des corporations d’artisans pour former les Académies des Beaux-Arts. Cela a conduit à une vision dualiste du travail : les artisans étaient vus comme des exécutants, tandis que les artistes étaient perçus comme les concepteurs, capables de projeter une vision du monde à travers leur art.

En réalité, se servir de ses mains pour créer nécessite une dimension intellectuelle : il faut penser, dessiner, projeter. L’exemple de l’école Boulle, qui a intégré la première fraiseuse numérique en France dans les années 1980, illustre bien cette symbiose entre manuel et intellectuel. L’innovation, souvent perçue comme l’apanage des ingénieurs et des designers, a en fait toujours été au cœur des professions manuelles. « Ils n’ont pas attendu l’an 2000 pour se mettre au numérique et à la fabrication assistée par ordinateur », constate Aurélien Fouillet, chercheur associé au Centre de Recherche en Design de l’ENS Paris-Saclay et professeur à l’ENSCI – Les Ateliers ainsi qu’à l’École Camondo. 

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« Nous sommes à un tournant où l’on retrouve une culture matérielle, qui avait totalement disparu de nos enseignements depuis 50 ans », poursuit le professeur et chercheur. « Le retour du manuel va de pair avec cette prise de conscience qu’un objet peut avoir une durée de vie longue. Une façon de faire durer, c’est aussi savoir comment on le répare. » Cette réévaluation a conduit à un regain d’intérêt pour les métiers manuels et à un changement de regard, car les artisans ont souvent un coup d’avance sur l’appropriation des outils numériques, sans mettre en péril leurs pratiques ni leur relation avec les objets. 

Aujourd’hui, les métiers de designers et d’artisans, qui incarnaient autrefois la séparation entre conception et fabrication, voient leurs frontières s’estomper. De plus en plus d’artisans créent et sont reconnus comme designers, et inversement, les designers fabriquent aujourd’hui leurs créations. Pour autant, observe-t-on plus de candidats aux études d’artisanat ? 

Concernant la formation initiale, la vision d’une voie de garage pour les mauvais élèves semble malheureusement perdurer. « Il faut encore faire accepter aux parents que leur enfant se dirige vers une filière technique en fin de troisième », ajoute Aurélien Fouillet, qui se souvient avoir vécu cette situation. « Mes parents m’ont dit de passer mon bac général alors que je voulais aller à l’école Boulle. J’ai finalement attendu jusqu’au doctorat pour m’autoriser à apprendre un métier manuel. »

Les lignes évoluent cependant, à travers des dispositifs de valorisation et d’enseignement comme le Campus Versailles, mais aussi grâce aux émissions offertes par la télévision comme Top Chef ou Le meilleur forgeron. Le chercheur ajoute que l’incendie de Notre-Dame a également mis un coup de projecteur sur des métiers comme les tailleurs de pierre. « Mais dans le système éducatif actuel, ce ne sont pas les meilleurs élèves qui iront se former en marqueterie ou en horlogerie. » Les reconversions professionnelles sont cependant nombreuses à l’âge adulte : elles ont commencé avec les métiers de bouche, ce qui était déjà un signe de reconnexion à la matérialité, au fait de faire les choses soi-même. 

L’association De l’or dans les mains a récemment publié un manifeste sur la réintroduction de l’apprentissage manuel dans l’enseignement scolaire. Elle argue que tant que cela restera un enseignement “à côté” des mathématiques ou de l’histoire, la dichotomie existera. « Il manque quelque chose dans l’enseignement délivré par l’Éducation Nationale qui permette de retrouver un lien avec la matérialité des choses, comprendre qu’elles sont fabriquées et qu’elles n’arrivent pas sous blister. Leur donner cette conscience, c’est aussi adresser les enjeux écologiques contemporains », reprend Aurélien Fouillet. 

Pour que la valorisation soit effective, il faudrait donc repenser la place des métiers manuels dans l’Éducation Nationale. Certains artisans proposent aujourd’hui d’introduire un CAP obligatoire en fin de troisième, permettant à chaque élève de se familiariser avec un métier manuel, qu’il s’agisse de cuisine, de plomberie ou de maçonnerie. « L’enjeu n’est pas qu’on devienne tous des artisans, mais qu’on ait une culture matérielle, et qu’on soit par exemple capable de réparer son propre vélo. » De nombreuses vocations sont peut-être aujourd’hui empêchées ou ralenties par cette situation.

Si l’on souhaite, par exemple, devenir ébéniste, quel parcours suivre ? La voie privilégiée consisterait à intégrer une seconde FMA (Formation aux métiers d’arts), qui permet de pratiquer dès le lycée et d’acquérir un savoir-faire solide avant d’obtenir le bac.

Par la suite, on peut poursuivre avec un DN MADE (Diplôme National des Métiers d’Art et du Design) puis un DSAA (Diplôme Supérieur d’Arts Appliqués). De nombreux élèves optent également pour un parcours en ST2A (Sciences et Technologies du Design et des Arts Appliqués), avant de se spécialiser dans des établissements renommés comme l’école Boulle, La Bonne Graine ou le Campus Versailles.

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