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Qu’est-ce qui rend un concours vraiment difficile ?

7 Min. de lecture
Les concours parmi les plus durs à passer

Ils hantent les nuits des étudiants, nourrissent les classements et les fantasmes. Mais que veut-on dire, au juste, quand on parle d’un concours “difficile” ?


Pour Sylvie Audibert, coach de dirigeants mais aussi d’étudiants qu’elle prépare depuis presque vingt ans aux concours d’élite, la difficulté est une notion malléable, mouvante. Elle ne tient pas seulement aux statistiques ni aux programmes, mais à la façon dont on s’y prépare – mentalement, méthodologiquement et humainement. 

Ce mot “difficile” revient souvent dans la bouche des candidats mais recouvre des réalités très différentes. « C’est difficile pour une personne, à un moment donné de sa vie », résume Sylvie Audibert. Autrement dit, la difficulté n’est pas que dans le concours lui-même, mais dans la façon dont on le vit. Elle dépend du profil, du parcours, du contexte personnel.

Tout de même, certains chiffres résument à eux-seuls ce qu’est une admission dite “difficile” : HEC affiche moins de 5 % d’admis et l’École nationale de la magistrature autour de 10 %. On pourrait en conclure qu’il s’agit des concours les plus durs de France. Mais la coach nuance : « À HEC, ce ne sont pas les mauvais élèves qui se présentent. Le taux de réussite traduit autant la qualité du vivier que la sélectivité du concours. » Autrement dit, un concours n’est pas “difficile” parce qu’il élimine beaucoup de monde, mais parce qu’il attire des candidats déjà très bons.

La difficulté se déplace donc : elle n’est plus seulement quantitative (un nombre de places limitées), mais qualitative. Ce qui est éprouvant, c’est de rivaliser avec des profils similaires au sien, souvent excellents, tous motivés, tous préparés. La difficulté devient alors psychologique : le passage du syndrome “premier de la classe” à “un parmi d’autres” en prépa est souvent un choc. « Beaucoup de jeunes déchantent la première année, non pas parce qu’ils sont mauvais, mais parce qu’ils découvrent que tout le monde est bon autour d’eux. » Apprendre à rester lucide et humble pour travailler davantage est alors la première épreuve.

Repères de sélectivité (session 2024-2025)

Certains concours affichent des taux de réussite très faibles :

  • HEC Paris : 400 admis sur 5 608 candidats (7 %).
  • École nationale de la magistrature (ENM) : 459 admis sur trois concours, soit 10 %.
  • Polytechnique : 431 places pour 4 357 inscrits.
  • La Fémis : 38 admis sur 1 319 inscrits (3,6 %).
  • Agrégation externe : 1 603 admis sur 8 659 candidats (18,5 %).
  • Écoles d’architecture (ENSA) : environ 13 % d’admis, certaines filières à 5 %.

Le bac, rappelle Sylvie Audibert, n’est pas un concours : tout le monde le passe, tout le monde ou presque l’obtient. Le concours, lui, classe. Il repose sur une logique de sélection, mais aussi d’engagement personnel. Sylvie Audibert distingue ainsi deux notions qu’on confond souvent : le concours sélectif, où l’on se mesure aux autres, et le concours exigeant, où l’on se mesure à soi-même. « Les deux ne s’opposent pas, précise-t-elle. Être au meilleur de soi permet souvent d’être meilleur que les autres. » Une approche qu’elle emprunte au sport de haut niveau : « On ne gagne pas contre quelqu’un, on gagne avec son propre mental. » 

La plupart des grands concours français de prestige (ENS, agrégation, École Polytechnique, etc.) sont à la fois exigeants et sélectifs. Il existe toutefois des concours dits « exigeants » sans être très sélectifs (par exemple, certains concours internes dans la fonction publique avec peu de candidats mais des épreuves difficiles), et inversement, certains concours peuvent être très « sélectifs » sans être extraordinairement exigeants (lorsque le nombre de places est très bas mais que le niveau n’est pas hors de portée—cas plus rare à ce niveau)

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Le meilleur conseil de Sylvie Audibert pour réussir un concours tient en une phrase : « Tu ne dois pas apprendre par cœur, tu dois comprendre. » Elle raconte l’histoire de cet étudiant en kinésithérapie, à la veille d’un rattrapage décisif. « Il était à bout. Je lui ai dit d’arrêter d’apprendre et de commencer à comprendre pourquoi les os bougent, comment fonctionne une épaule. » Un mois plus tard, il réussissait brillamment. « Le moment où l’étudiant comprend pourquoi il travaille, c’est là que le concours cesse d’être une souffrance et devient un défi. » 

« Comprendre, c’est redonner du sens à l’effort », résume-t-elle. Et c’est justement ce sens qui, selon elle, fait la différence entre les candidats qui subissent et ceux qui s’accomplissent. « Il y a ceux qui font des fiches… et ceux qui comprennent leurs fiches », ajoute-t-elle dans un sourire.

Mais au-delà du travail et de la méthode, Sylvie Audibert insiste sur un atout plus discret : la curiosité. « Ce qui départage les candidats à niveau égal, c’est souvent l’ouverture d’esprit, surtout chez les profils scientifiques. Ceux qui s’intéressent à ce qu’il y a autour de leur discipline, à la culture, à l’actualité, au monde, ont une longueur d’avance. Elle cite l’exemple des épreuves orales de culture générale ou d’entretien : « Le jury sent immédiatement si la personne a de la curiosité. Un candidat qui lit, qui voyage, qui relie les savoirs à la vie, fait la différence. »

La curiosité, dit-elle, n’est pas un supplément de vernis, mais un signe de maturité intellectuelle. « C’est ce qui permet d’éviter les réponses mécaniques. Et c’est ce que recherchent tous les jurys : des esprits vivants, pas des machines à réciter. » 

L’autre grande source d’angoisse des concours reste l’oral. Beaucoup de candidats l’abordent comme une épreuve de piège et non d’évaluation. « C’est fou, note Sylvie Audibert : les étudiants s’imaginent que le jury cherche à les piéger, alors qu’il cherche simplement à les évaluer. » 

Lorsqu’elle siège elle-même dans des jurys de grandes écoles, elle pose parfois des questions déstabilisantes non pour coincer, mais pour observer la pensée en mouvement. « Ce qu’on veut mesurer, c’est la capacité à relier ce qu’on dit à ce qu’on croit, à assumer son propos. »

Pour aider ses élèves à s’y préparer, elle leur propose un exercice simple, presque ludique : se poser des questions à voix haute et y répondre, seul, chez soi. « C’est comme un entretien d’embauche, explique-t-elle. Je m’entraîne à n’importe quelle question, et si je ne sais pas répondre, je vais chercher. L’objectif, c’est d’être à l’aise quelle que soit la question. »

Mais la réussite à l’oral ne repose pas que sur l’aisance. « Il y a deux choses dans les oraux, poursuit-elle : le fond et la forme. Le pipeautage peut encore fonctionner dans certains cas, mais pas dans les très bons concours. » Derrière chaque prestation solide, il y a du travail régulier et une vraie régularité d’entraînement.

Les oraux d’HEC – dont le fameux triptyque qui terrorise les candidats – ou de l’École Nationale de la Magistrature (ENM), menés sous le regard du public ou de magistrats aguerris, exigent autant de sang-froid que de maîtrise des connaissances. Pour accompagner les étudiants, Sylvie Audibert leur apprend à inverser la logique du stress. « Je ne veux pas qu’ils préparent un concours, je veux qu’ils s’épanouissent pendant qu’ils le préparent. » À rebours d’une culture de la performance aveugle, elle prône une pédagogie du plaisir et de la progression. « Un concours difficile, c’est surtout un concours qu’on prépare mal », résume-t-elle. L’idée n’est pas de minimiser l’effort, mais de le rendre durable et intelligent, presque source de plaisir intellectuel.

Cette conviction, Sylvie Audibert la doit aussi à son propre parcours : passée par les classes préparatoires, elle a été major de promotion à la London School of Economics, l’une des plus prestigieuses universités anglo-saxonnes. « Ces études ont joué un rôle dans mon choix d’accompagner les étudiants, confie-t-elle. J’ai compris très tôt que la réussite scolaire n’a de valeur que si elle rend heureux. » Et de conclure : « Les concours d’élite forment avant tout à la rigueur, à la confiance, à la curiosité intellectuelle. C’est une école de la vie très utile, même quand on les rate. »

AI Summary

NOTRE RÉSUMÉ EN

5 points clés

PAR L'EXPRESS CONNECT IA

(VÉRIFIÉ PAR NOTRE RÉDACTION)

Voici un résumé en cinq points clés de l’article sur le sujet : qu’est-ce qui rend un concours vraiment difficile.

  • Une difficulté avant tout relative

    Selon la coach Sylvie Audibert, un concours n’est pas “difficile” en soi, mais pour une personne donnée, à un moment précis de sa vie. La difficulté dépend du profil, du contexte et de la préparation mentale autant que du contenu ou du taux de réussite.

  • Sélectivité ne rime pas toujours avec exigence

    Un concours peut être très sélectif (comme HEC ou l’ENM, avec moins de 10 % d’admis) sans être intrinsèquement plus “difficile”. L’exigence, elle, réside dans le niveau attendu et l’intensité de l’investissement personnel. Un bon concours, explique Audebert, « mesure autant la rigueur que la résilience ».

  • La clé du succès : comprendre plutôt qu’apprendre

    Le meilleur conseil pour réussir un concours est de comprendre le sens des savoirs plutôt que de les réciter. Apprendre par cœur sans saisir les mécanismes ou la logique conduit à l’épuisement. « Le concours cesse d’être une souffrance quand on redonne du sens à l’effort », souligne la coach.

  • La curiosité, marque des meilleurs candidats

    Au-delà du travail, la curiosité intellectuelle fait souvent la différence à niveau égal. Lire, s’intéresser au monde, croiser les disciplines : ces qualités révèlent un esprit vivant, capable de relier savoirs et réflexion personnelle — un atout décisif notamment lors des épreuves orales.

  • L’oral, épreuve de confiance avant tout

    Les oraux ne cherchent pas à piéger les candidats, mais à évaluer leur pensée en mouvement. Ce qui compte : la cohérence, la sincérité et la capacité à assumer son propos. Pour Audebert, « un concours difficile, c’est surtout un concours qu’on prépare mal » — l’enjeu n’est pas de survivre à la préparation, mais d’y trouver du plaisir et du sens.

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