À 28 ans, Omair Bahawal vient d’être diplômé du Programme Grande École de l’ESSEC. Derrière le CV (école d’ingénieurs généraliste, spécialisation aérospatiale, puis business school), il y a surtout cinq ans à construire MinaClass, une plateforme de mise en relation pour l’apprentissage pair-à-pair.
Incubé dès son arrivée à l’ESSEC, lauréat de la Bourse Entrepreneuriat Responsable de la Fondation ESSEC et Prix Entrepreneur Étudiant de l’Année aux ESSEC Awards, il raconte à L’Express Éducation comment l’école a nourri, structuré et accéléré son projet, du choix du Programme Grande École au coaching personnalisé, en passant par les mises en relation avec les business angels et le soutien face aux sirènes des débouchés classiques.
Du bac scientifique à l’ESSEC : un parcours par addition de compétences
Son parcours, Omair Bahawal le décrit comme une série de choix par manque. À chaque étape, il ajoute à son bagage ce qu’il estime lui faire défaut. Bac scientifique, une brève incursion en médecine rapidement abandonnée, puis cinq ans à l’ESILV de Courbevoie, école d’ingénieurs généraliste, avec une spécialisation en aérospatiale. Dès ces années-là, l’envie d’entreprendre est installée, portée par le bagage technique. Mais très vite, il identifie une lacune.
« J’avais le volet tech, informatique, code. Mais je me suis rendu compte qu’il me manquait les compétences business, comptables, financières. »
Omair Bahawal
Au départ, le projet est raisonnable : postuler au Master of Science Entrepreneurship monté conjointement par l’ESSEC et CentraleSupélec, un cursus d’un an pour « compléter sa formation ». Mais Omair Bahawal postule aussi, en parallèle, au Programme Grande École. Il est pris aux deux. « Le Programme Grande École, ça ne se refuse pas. »
Un autre accident de parcours a scellé son engagement entrepreneurial : en 2021, fraîchement diplômé ingénieur, il devait partir finir son cursus à Los Angeles. Le Covid ferme les frontières américaines. « Je me suis retrouvé à bosser à fond sur mon projet. » L’entrée à l’ESSEC se fera en 2022.
MinaClass : une économie circulaire de l’apprentissage entre pairs
Le projet qu’il développe s’appelle MinaClass. L’idée est simple dans son principe, originale dans son économie : une plateforme mobile, disponible sur iOS et Android, qui permet à n’importe qui d’enseigner ce qu’il sait et d’apprendre ce qu’il veut, en s’appuyant sur un système de jetons.
L’équipe, quant à elle, est réduite. Le projet est parti d’une idée solo ; son frère l’a rejoint un temps avant de poursuivre sa propre trajectoire, pilote de ligne, jeune marié, le temps disponible se fait rare. Aujourd’hui, Omair Bahawal opère seul au quotidien, entouré d’un cercle familial qui intervient sur le volet financier. Il reconnaît une réalité que beaucoup de jeunes entrepreneurs partagent : la solitude opérationnelle après le départ d’un cofondateur.
L’ESSEC avant l’ESSEC : une stratégie d’admission guidée par le projet
Ce qui frappe dans le parcours d’Omair Bahawal, c’est l’antériorité de sa stratégie entrepreneuriale sur son choix d’école. Il n’a pas postulé à HEC, ni à ESCP. Son critère de sélection principal : le système de cours à la carte de l’ESSEC, qui lui permettait d’organiser son emploi du temps autour du projet.
« Je savais que je pouvais accorder tel jour à mes cours et garder tel autre pour monter ma boîte. »
Omair Bahawal
Avant même son admission, il contacte l’incubateur de l’école et directeur académique de l’entrepreneuriat et la directrice du MSc Entrepreneurship. Dès son arrivée, en 2022, il s’inscrit à l’incubateur.
L’accompagnement, en pratique : coaching, locaux, mise en relation
L’Express Éducation : Concrètement, qu’est-ce que l’incubateur vous a apporté ?
Omair Bahawal. Plusieurs choses, et c’est très concret. D’abord, un coaching et un mentorat continus, du début à la fin. À mon arrivée, j’ai été accompagné par un mentor, qui a assuré un suivi sur toute la durée. Ensuite, les locaux : après les cours, on a un lieu où venir bosser sur son projet. Et puis surtout, l’équipe, aujourd’hui je connais tous les membres du centre Entrepreneuriat & Innovation de l’ESSEC. L’accompagnement est très personnalisé, nous nous connaissons tous.
Dans la pratique, l’accompagnement prend la forme de rendez-vous réguliers avec un référent qui connaît le projet, ses problématiques et ses enjeux. Omair Bahawal est aujourd’hui coaché par Nicolas, qu’il présente comme un ancien VC devenu directeur de l’institut. Quand un besoin précis émerge, la mise en relation suit.
« Là, par exemple, j’ai un enjeu d’acquisition. Je me rends compte que j’ai besoin soit d’un associé CMO, soit d’un mentor spécialisé en acquisition. J’ai envoyé un mail à mes deux coachs, et ils m’ont orienté vers des personnes à qui je vais écrire. »
Omair Bahawal
À cela s’ajoutent les prix et bourses internes. Omair Bahawal a remporté en 2025 la Bourse Entrepreneuriat Responsable, financée par la Fondation ESSEC, ainsi que le prix Entrepreneur de l’Année dans la catégorie étudiant des ESSEC Awards.
Concernant le financement en equity, il précise un point institutionnel utile : l’incubateur, qui s’appelait ESSEC Ventures et se renomme actuellement, a cessé il y a quelques années d’investir directement dans les start-ups qu’il accompagne. Mais le réseau, lui, compense largement.
« On est dans une business school de très haut standing. Des VC sont passés par l’école, des business angels aussi. Nicolas, qui dirige l’institut, est lui-même un ex-VC. Quand je serai sur une phase de levée, nous aurons de très belles mises en relation à disposition. »
Omair Bahawal

Un moment de doute, puis la confirmation d’une voie entrepreneuriale
L’Express Éducation : Dans une école où beaucoup de camarades visent le conseil en stratégie ou le M&A, comment avez-vous tenu votre trajectoire entrepreneuriale ?
Omair Bahawal. C’est une vraie question, parce qu’à un moment, on se la pose tous. Entre les cours, les orientations des camarades et les débouchés les plus visibles, on peut se demander s’il ne faudrait pas emprunter une voie plus classique. J’ai traversé ce moment de doute en 2023-2024. Ma réponse a été pragmatique : je me suis testé. Une année de césure avec deux stages prévus : un premier comme bras droit du CEO d’une scale-up qui venait de lever 10 millions d’euros et un second envisagé en conseil en stratégie.
« Dès le premier stage, je me suis rendu compte : tu es en train de perdre ton temps. Concentre-toi sur ton projet. Le temps que tu passes en stage, mets-le sur tes projets. »
Omair Bahawal
Il écourte le premier stage à quatre mois au lieu des six prévus, renonce au second, et réinvestit intégralement ce temps dans MinaClass. Un choix rendu possible, souligne-t-il, par la flexibilité du parcours ESSEC et la continuité de l’accompagnement de l’incubateur, qui lui permettent de conjuguer diplôme et projet entrepreneurial sans avoir à renoncer à l’un pour l’autre.
EdTech face à l’IA : viser la complémentarité plutôt que l’affrontement
Le positionnement stratégique de MinaClass est testé frontalement par l’explosion de l’intelligence artificielle. Omair Bahawal l’évoque sans détour : le secteur EdTech, qui avait prospéré en 2022-2023, est aujourd’hui sous pression, et les cours de Bourse des acteurs historiques en portent la trace. Lui-même vient d’en faire l’expérience sur le terrain du financement public.
« J’ai passé plusieurs mois à monter un dossier pour la Bourse French Tech Émergence, avec un projet de recherche lié à l’IA et un doctorant associé. La BPI a refusé : début 2026, ils ont reserré leur stratégie. Les EdTech ne sont plus prioritaires. Les sujets qui le sont maintenant, ce sont la robotique, l’IA pure, la santé. »
Omair Bahawal
Plutôt que de se positionner contre l’IA, Omair Bahawal revendique un cap de complémentarité.
Apprendre à vendre : la compétence qu’on ne délègue pas
L’Express Éducation : Comment apprend-on à vendre, quand l’école forme d’abord à analyser ?
Omair Bahawal. C’est une très bonne question, parce que je m’étais dit au départ que la vente serait mon point faible et que je devais la déléguer. Sauf qu’une leçon que j’ai apprise, c’est qu’on ne délègue jamais quelque chose qu’on ne maîtrise pas soi-même. Je suis typiquement dans cette phase aujourd’hui : le closing, je le fais moi-même. Et dans une ère où l’IA remplace beaucoup de choses, je pense que l’art de convaincre et la vente seront parmi les dernières compétences à être remplacées. C’est ce skill-là qui va faire la différence entre les gens.
Bon à savoir
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