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Candidatures Ecricome 2026 : 7 871 candidats EC, une stabilisation qui masque des fractures profondes

8 Min. de lecture
École KEDGE Business School 9

Le nombre de candidatures au concours Ecricome 2026 sont désormais connues : 7 871 candidats en filière EC (+0,8 %) et 570 littéraires (-16,9 %), pour un total de 8 441 inscrits. Si la banque d’épreuves affiche une troisième année consécutive de hausse côté EC, la dynamique est nettement plus modeste qu’en 2025. Derrière la stabilité apparente, plusieurs signaux méritent l’attention : effondrement de la filière littéraire, recul marqué des candidatures étrangères, érosion continue de la part des boursiers et introduction d’un nouveau champ déclaratif sur le genre qui brouille le suivi de la diversité.

Troisième hausse consécutive des candidatures pour la filière EC, mais la croissance s’essouffle

Rappelons la trajectoire récente. En 2023, Ecricome comptait 7 374 candidats EC. La banque a ensuite connu un rebond à 7 436 en 2024, puis une accélération nette à 7 811 en 2025 (+5 %). L’édition 2026, avec 7 871 inscrits, prolonge cette série positive mais avec une progression de seulement 0,8 %, soit 60 candidats supplémentaires. L’effet de rattrapage post-réforme, déjà observé à la BCE, touche ici aussi ses limites. Nuance importante : les candidatures françaises progressent de 2,8 %, un chiffre plus dynamique que la hausse globale de 0,8 %. La différence s’explique par le recul massif des candidatures étrangères (nous y reviendrons).

Avec 1 970 places ouvertes pour la voie EC et 195 pour la voie littéraire, les écoles membres d’Ecricome maintiennent un haut niveau de capacité d’accueil. La banque représente 29 % des places ouvertes au SIGEM pour la filière économique et commerciale, et 36 % pour la filière littéraire. Le ratio candidats/places reste confortable pour les étudiants, confirmant qu’Ecricome joue un rôle structurant dans l’écosystème prépa.

La filière ECG progresse à peine, la technologique tire son épingle du jeu

Au sein des 7 871 candidats EC, la répartition par série raconte deux histoires très différentes.

La série ECG, avec 6 725 inscrits, ne progresse que de 0,2 % (+11 candidats). C’est une quasi-stagnation. La série technologique, en revanche, confirme sa belle dynamique avec 1 146 candidats, en hausse de 4,5 % (+49). C’est la troisième année consécutive de progression pour les ECT à Ecricome, un mouvement parallèle à celui observé à la BCE (+5,8 %).

Cette progression des ECT est un signal positif pour les écoles du périmètre Ecricome (KEDGE, NEOMA, Rennes SB, EM Strasbourg, MBS), qui sont des destinations naturelles pour ces candidats. La filière technologique représente désormais 14,6 % des inscrits EC, contre 14,0 % en 2025.

Doublettes ECG ; les maths appliquées confirment leur domination !

La tendance amorcée depuis la réforme se confirme sans ambiguïté. Les maths appliquées représentent désormais 57,8 % des candidats ECG à Ecricome, contre 56,7 % en 2025. Voici le détail des quatre parcours :

Parcours ECGCandidats 2026Candidats 2025Évolution
Appli/ESH2 4302 367+2,7 %
Appro/HGGMC1 8731 943-3,6 %
Appli/HGGMC1 4541 439+1,0 %
Appro/ESH968965+0,3 %

La combinaison Appli/ESH domine largement avec 2 430 candidats et la plus forte progression (+2,7 %). À l’inverse, la combinaison Appro/HGGMC, héritière directe de l’ancienne voie ECS, subit la plus forte érosion (-3,6 %, soit 70 candidats en moins). C’est désormais la seule doublette en recul, et l’écart avec Appli/ESH continue de se creuser : 557 candidats de différence, contre 424 en 2025.

Globalement, les maths appliquées (ESH + HGGMC confondues) attirent 3 884 candidats ECG contre 2 841 pour les maths approfondies. Le basculement, déjà commenté dans notre analyse de la BCE, se confirme : les étudiants arbitrent rationnellement en faveur d’un programme plus accessible, sans pénalité dans la hiérarchie des écoles.

Les cubes en recul : un tassement attendu des candidatures

Les candidats Bac+3 (cubes) représentent 12,7 % des inscrits, contre 13,9 % en 2025. En valeur absolue, on passe de 1 083 à 1 000 cubes en filière EC (-7,7 %) et de 113 à 70 en littéraire (-38,1 %). L’année 2025 avait été marquée par un pic de cubage, probablement lié à la dernière cohorte de la réforme cherchant à maximiser ses chances. Le reflux de 2026 était donc prévisible.

À noter :

53 candidats libres figurent parmi les cubes EC cette année, un chiffre comparable aux 55 de 2023 (la donnée n’était pas communiquée en 2024 et 2025).

Filière littéraire : un effondrement préoccupant des candidatures

C’est le chiffre le plus frappant de cette édition. Les candidatures littéraires chutent de 16,9 %, passant de 686 à 570 inscrits. Le recul est généralisé sur les trois voies d’accès :

Voie littéraireCandidats 2026Candidats 2025Évolution
ENS Ulm (BEL)4769€-31,9 %
ENS de Lyon (BEL)263341-22,9 %
B/L (BL-SES)260276-5,8 %

La voie BEL (ENS Ulm + ENS de Lyon) perd 100 candidats à elle seule. Le recul est spectaculaire pour ENS Ulm (-31,9 %), confirmant une tendance déjà observée à la BCE. La B/L résiste mieux (-5,8 %), contrairement à la BCE où elle progressait (+6,2 %).

Ce mouvement s’inscrit dans un contexte de baisse structurelle des effectifs en CPGE littéraires à la rentrée 2025, documentée par la note Flash du SIES. Ecricome souligne également une hausse significative des places ouvertes par les écoles de management pour les littéraires (195 places), ce qui signifie paradoxalement que le ratio candidats/places devient très favorable pour ceux qui persistent dans la voie.

Ouverture sociale : la tendance à la baisse se confirme aussi côté Ecricome

Le taux de boursiers recule à 24,9 %, contre 26,4 % en 2025 et 27,2 % en 2024. En valeur absolue, ce sont 141 boursiers de moins (2 105 contre 2 246), soit un recul de 6,3 %. Le constat est identique en filière EC (24,7 % contre 26,1 %) et en filière littéraire (28,4 % contre 30,5 %).

Ce recul fait écho à celui constaté à la BCE (-1,4 point à 24,3 %). Les écoles membres d’Ecricome ont fait le choix de ne pas augmenter les frais de concours malgré le contexte inflationniste, un geste appréciable mais qui ne suffit manifestement pas à inverser la tendance. La question de l’ouverture sociale de la filière prépa reste entière et ne pourra pas se résoudre par les seuls concours : c’est en amont, au niveau de l’attractivité des CPGE auprès des profils boursiers, que le levier se trouve.

Genre : un suivi rendu plus complexe par le nouveau déclaratif

C’est l’une des nouveautés de cette édition 2026 : l’introduction d’une catégorie « Ne se prononce pas » dans le déclaratif de genre au moment de l’inscription. 340 candidats ont coché cette option, tous en filière EC (4,3 % des inscrits EC), et aucun en filière littéraire.

Si l’intention d’inclusivité est compréhensible, cette évolution rend objectivement plus complexe le suivi de la parité dans les formations. Les données affichent 51,6 % d’hommes et 44,0 % de femmes en EC, mais ces pourcentages sont calculés sur un total qui inclut les 340 « ne se prononce pas ». En excluant ces derniers, la répartition serait de 53,9 % d’hommes et 46,0 % de femmes, des chiffres très proches de ceux de 2025 (54,0 % / 46,0 %).

Autrement dit, l’apparente baisse de la part masculine (-2,4 points) est en grande partie un artefact statistique lié au nouveau champ déclaratif, et non le reflet d’une évolution réelle de la composition du vivier. Ce flou est regrettable : dans un contexte où la féminisation de la filière EC progresse lentement (rappelons qu’elle plafonne sous les 50 % depuis des années), la capacité à mesurer finement les évolutions est un prérequis pour agir. Les concours et les écoles auraient intérêt à publier systématiquement les données hors « ne se prononce pas » pour maintenir la comparabilité historique.

Géographie : l’Île-de-France progresse, les candidatures étrangères chutent

L’origine géographique des candidats EC révèle des dynamiques contrastées. La Région parisienne progresse de 2,9 % avec 2 746 inscrits, tandis que la province stagne (-0,3 %). Les candidats ultramarins affichent une hausse remarquable de 22,1 % (210 contre 172), un mouvement qui s’inscrit dans l’effort continu des CPGE d’outre-mer pour préparer aux concours des grandes écoles.

Le fait le plus notable est le recul massif des candidatures étrangères : 368 candidats contre 511 en 2025, soit une chute de 28 %. Les candidats marocains, qui constituaient historiquement l’essentiel de ce contingent, passent de 427 à 358 (-16,2 %). Ce recul, encore plus marqué qu’à la BCE (-16 %), reflète une tendance de fond : le développement de l’offre d’enseignement supérieur au Maroc (et plus généralement dans la région MENA) offre des alternatives crédibles aux étudiants qui ne considèrent plus la voie prépa française comme l’unique chemin vers l’excellence.

Aménagements d’épreuves : une explosion qui interroge

Ecricome signale une hausse de 42,5 % des demandes d’aménagements aux épreuves écrites. Le communiqué précise que ce phénomène touche tous les concours du supérieur, pas seulement Ecricome. Cette explosion pose des questions organisationnelles majeures pour les centres d’examen et pourrait, à terme, nécessiter une refonte des modalités de gestion de ces aménagements. Dans tous les cas, c’est un sujet à suivre de près.

Ce qu’il faut retenir des candidatures Ecricome 2026

Cette édition 2026 d’Ecricome confirme la stabilisation de la filière EC post-réforme, avec une troisième hausse consécutive qui masque cependant une dynamique essoufflée (+0,8 % contre +5 % en 2025). Les enjeux pour les prochaines sessions se concentrent sur quatre axes.

Le premier est l’effondrement littéraire : avec -16,9 % de candidats, la voie littéraire vers les écoles de management atteint un point critique. Si la tendance se poursuit, certaines lignes SIGEM littéraires pourraient devenir difficilement soutenables.

Le deuxième est l’ouverture sociale : la baisse continue du taux de boursiers (24,9 % contre 27,2 % il y a deux ans) est un signal d’alerte qui dépasse le seul périmètre Ecricome et appelle une réponse systémique.

Le troisième est la lisibilité des données de genre : l’introduction du champ « ne se prononce pas », sans publication parallèle des chiffres comparables aux années précédentes, crée un angle mort dans le suivi de la parité.

Le quatrième est la contraction internationale : le recul des candidatures marocaines et étrangères (-28 %) redessine la géographie du recrutement et pose la question de l’attractivité de la voie prépa française à l’international.

Les épreuves écrites Ecricome se tiendront les 14, 15 et 16 avril 2026. À toutes les candidates et tous les candidats : bon courage pour la dernière ligne droite !

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