Grenoble Ecole de Management et Grenoble Angels annoncent un partenariat de trois ans centré sur l’entrepreneuriat. L’accord vise à connecter plus étroitement étudiants, alumni et investisseurs au sein de l’écosystème grenoblois.
L’entrepreneuriat local gagne un nouveau point d’appui. Grenoble Ecole de Management, qui déploie désormais sa trajectoire sous la bannière GEM Alpine Business School, a conclu un partenariat de trois ans avec Grenoble Angels afin de rapprocher plus directement ses étudiants et ses alumni des investisseurs du territoire. L’accord, annoncé le 19 mars 2026, repose sur une idée simple : faire circuler plus vite les compétences, les contacts et les financements entre une grande école de management et l’un des réseaux de business angels les plus installés en Isère.
Le dispositif prévu dépasse le cadre d’un simple rapprochement institutionnel. Grenoble Angels doit renforcer ses interactions avec l’école en intervenant auprès des équipes pédagogiques et en facilitant la mobilisation de business angels dans des modules de formation ciblés. De son côté, GEM entend encourager l’implication de sa communauté alumni au sein de l’association, en mettant en avant les opportunités d’engagement et en facilitant leur intégration. Les deux structures prévoient aussi de co-développer des actions communes, qu’il s’agisse d’événements, d’interventions pédagogiques ou d’initiatives de communication.
Ce choix traduit une volonté partagée de traiter l’accompagnement des jeunes entreprises comme une affaire collective. Dans le discours porté par Grenoble Angels, la réussite d’une startup ne dépend pas seulement de l’accès au capital. Elle repose aussi sur la capacité à mettre en mouvement des compétences et des réseaux. L’association résume cette approche par la logique des 3C, pour Capital, Compétences et Contacts, un triptyque qu’elle présente comme structurant dans le financement et l’accompagnement des entreprises innovantes du territoire Grenoble Alpes-Isère.
« En rapprochant formation et investissement »
Pour GEM, ce partenariat vient se loger au cœur de son plan stratégique EAGLE 2030. L’école y voit un moyen de renforcer les passerelles entre la formation et les réalités économiques, avec l’objectif d’enrichir les expériences pédagogiques et de mieux préparer les étudiants à leur trajectoire professionnelle. Dans cette lecture, l’école cherche moins à juxtaposer des cours sur l’entrepreneuriat qu’à exposer plus directement ses étudiants aux logiques de l’amorçage, aux attentes des investisseurs et aux conditions concrètes de développement d’une jeune pousse.
« Ce partenariat illustre pleinement notre ambition de connecter plus étroitement nos étudiants et alumni aux acteurs économiques et financiers du territoire. En rapprochant formation et investissement, nous renforçons notre capacité à former des entrepreneurs engagés au service de l’innovation et des transitions », explique Fouziya Bouzerda, directrice générale de GEM. La citation éclaire l’angle retenu par l’école : faire de la proximité avec les financeurs un levier de formation, et non un simple débouché périphérique.
Le rapprochement entre les deux structures se lit aussi à l’échelle de leurs feuilles de route respectives. Côté école, EAGLE 2030 accompagne le repositionnement de GEM, fondée en 1984, triplement accréditée AACSB, EQUIS et AMBA, et devenue la première école française à adopter le statut de Société à Mission. Côté association, Grenoble Angels déploie un plan stratégique 2026-2028 organisé autour de trois axes : le dealflow et les opérations financières, la vie associative et la gouvernance, ainsi que les partenariats et l’écosystème. Le terrain d’entente est donc clair : d’un côté, une école qui veut ancrer sa pédagogie dans les grandes transitions et les réalités de l’innovation ; de l’autre, un réseau d’investisseurs qui cherche à densifier son rôle dans l’écosystème local.
L’environnement grenoblois sert ici de toile de fond décisive. Au cours des trois dernières années, Grenoble Angels a investi 3 millions d’euros dans des startups locales. L’association met aussi en avant des collaborations stratégiques nouées avec Minalogic, le CEA et la French Tech Grenoble, autant de partenariats qui illustrent sa volonté de structurer l’investissement en amorçage sur le territoire. En s’adossant à un tel réseau, GEM ne se contente pas d’ajouter un partenaire de prestige à sa galaxie relationnelle ; elle se branche sur une infrastructure déjà active dans la détection, l’étude et le financement de projets innovants.
Président de Grenoble Angels, Philippe Rase donne à ce rapprochement une portée très concrète. Il insiste sur un point précis : en phase d’amorçage, les jeunes entreprises manquent souvent autant d’expérience que de capitaux, et la présence d’une grande école peut contribuer à élargir le vivier de profils capables d’accompagner ces projets. Dans cette perspective, l’ouverture de Grenoble Angels aux alumni de GEM n’a rien d’accessoire. Elle peut transformer d’anciens diplômés en investisseurs, en mentors ou en relais de croissance pour les startups locales.
Un réseau d’investisseurs solidement installé
Créée en 2005, Grenoble Angels se présente comme l’une des premières associations de business angels fondées en région. Elle fédère aujourd’hui plus d’une centaine d’investisseurs de proximité dans le département de l’Isère. Depuis sa création, elle indique avoir instruit plus de 1 000 dossiers, financé ou refinancé plus de 200 entreprises, et investi plus de 20 millions d’euros par l’intermédiaire de ses membres. Ces données donnent la mesure du réseau auquel GEM souhaite exposer davantage ses étudiants et ses diplômés.
Les chiffres publiés pour l’année 2025 précisent encore cette activité. Grenoble Angels fait état de 141 projets reçus, 30 projets étudiés et instruits, 20 projets financés ou refinancés, ainsi que plus d’un million d’euros investis en direct par ses membres. À l’échelle d’un territoire comme celui de Grenoble, ce volume confirme un rôle d’intermédiation important entre les entrepreneurs en phase d’amorçage et des investisseurs capables d’apporter à la fois des fonds et de l’accompagnement.
L’accord peut aussi être lu comme une tentative de raccourcir la distance entre l’école et les mondes de l’investissement. Dans de nombreuses formations au management, l’entrepreneuriat reste abordé à travers des business plans, des cas pratiques ou des incubateurs. Ici, l’ambition affichée est différente : mettre en relation des étudiants et des alumni avec des investisseurs du territoire, dans un cadre où les enjeux de sélection, de crédibilité et de financement apparaissent plus nettement. Cela peut modifier la manière dont un projet entrepreneurial est perçu, non plus seulement comme une idée à formaliser, mais comme une entreprise à faire grandir dans un écosystème donné.
Novëm, un cas concret de circulation entre école, territoire et financement
Les deux partenaires avancent déjà un exemple pour illustrer ce que peut produire ce type de maillage local. Il s’agit de Novëm, startup fondée par Maegan Rocca, alumni de GEM, puis financée et accompagnée par Grenoble Angels. L’entreprise, spécialisée dans la cosmétique à base de noix de Grenoble, est présentée comme une success story issue de cet écosystème. Son parcours offre un cas d’école du lien que le partenariat veut consolider : une diplômée de l’école, une entreprise ancrée dans le territoire, puis un appui financier et stratégique venu du réseau local d’investisseurs.
En 2025, Novëm a réalisé une levée de fonds de 638 000 euros afin d’accélérer sa croissance. Les financements obtenus ont permis de renforcer l’équipe commerciale, d’accélérer la recherche et développement, d’accroître la visibilité de la marque en France et à l’international, ainsi que de déployer sa stratégie de distribution. Le communiqué cite notamment l’ouverture d’une boutique en centre-ville de Grenoble. L’exemple est précieux, car il donne une traduction concrète à des formulations souvent abstraites sur l’écosystème entrepreneurial : ici, le financement débouche sur des recrutements, de la R&D, de la visibilité et une implantation commerciale.
Pour GEM, l’enjeu n’est donc pas seulement de multiplier les contacts ; il consiste à inscrire ses étudiants et ses alumni dans une chaîne de valeur territoriale déjà éprouvée, où l’idée, l’accompagnement et le financement peuvent se rencontrer plus rapidement.
Bon à savoir
L’opération intervient enfin dans un moment où l’école revendique une identité de plus en plus articulée aux grandes transitions, aux sciences et au voyage pédagogique. GEM accueille chaque année 7 000 étudiants sur ses campus de Grenoble, Paris et Lyon, et s’appuie sur un réseau de plus de 230 partenaires académiques dans le monde. En nouant un accord avec un acteur local du financement en amorçage, elle renforce un autre versant de son positionnement : celui d’une école qui entend aussi faire de son ancrage grenoblois un avantage pédagogique et entrepreneurial. Pour Grenoble Angels, l’intérêt est symétrique. Le partenariat ouvre un accès plus direct à des profils formés au management, à l’innovation et aux transitions, susceptibles demain de devenir fondateurs, investisseurs ou relais dans l’écosystème local.












