L’école de management devient le principal investisseur de Compléducation, une start-up incubée en son sein, et prévoit d’étendre sa solution d’apprentissage conversationnel à plus de 5 000 apprenants.
L’IÉSEG renforce sa stratégie autour de l’intelligence artificielle avec une opération à la fois capitalistique et pédagogique. À l’occasion de la levée de fonds de 660 000 euros de Compléducation, l’école a choisi d’investir 500 000 euros pour devenir le principal actionnaire de cette jeune pousse créée en 2024 par Gabriel du Chalard de Taveau, diplômé du Programme Grande École de l’IÉSEG en 2017, aux côtés de Coline Thérial et Tristan de Bermingham. Incubée au sein de l’établissement, la start-up développe un outil d’apprentissage conversationnel et personnalisé reposant sur des avatars IA, baptisé Complement.
Au-delà de l’investissement, l’opération s’accompagne d’un partenariat de déploiement. L’IÉSEG prévoit d’intégrer cette technologie dans ses formations initiales et continues, avec l’objectif affiché d’enrichir l’expérience pédagogique, d’améliorer le suivi des étudiants et de favoriser leur réussite académique. Le projet ne consiste pas à substituer la machine au professeur, mais à ajouter une couche d’interaction, de personnalisation et de données pédagogiques dans le prolongement du cours.
Une opération cohérente avec la stratégie IA de l’école
Depuis 2023, l’IÉSEG a engagé une démarche structurée pour intégrer l’intelligence artificielle à ses activités. L’école a défini une stratégie articulée autour de six axes transversaux, avec l’ambition de faire de l’IA un levier durable d’innovation et de performance. L’un de ces axes, consacré à l’enseignement et à l’apprentissage augmentés par l’IA, vise à développer des pratiques pédagogiques nouvelles, à personnaliser davantage les parcours, à enrichir les contenus et à former les étudiants à l’usage de ces technologies dans la réflexion stratégique.
Dans cette approche, l’enjeu n’est pas seulement technologique. L’école met aussi en avant des principes d’éthique, d’inclusion et de transparence, alors que l’essor des outils génératifs redessine déjà les usages de l’enseignement supérieur et les attentes du monde professionnel. L’investissement dans Compléducation marque ainsi une première prise de participation directement alignée sur cette feuille de route.
Caroline Roussel, directrice générale de l’IÉSEG, situe clairement l’opération dans cette perspective. « L’entrée de l’IÉSEG au capital de Compléducation s’inscrit pleinement dans notre stratégie IA au service de l’éducation et dans la transformation pédagogique de l’école. Notre stratégie IA, pensée pour renforcer la qualité de l’expérience étudiante, rejoint l’ambition portée par notre approche éducative “Becoming” : accompagner chaque apprenant dans son développement académique et personnel, en misant sur des formats hybrides, sur mesure et une pédagogie centrée sur l’humain. Avec Complement, nous ouvrons une nouvelle voie vers un enseignement plus interactif, individualisé et engagé dans l’innovation, tout en plaçant la relation éducative, humaine et digitale, au cœur de notre mission. »
Cette logique de continuité explique aussi le format retenu. L’IÉSEG n’apporte pas seulement des fonds à une entreprise issue de son écosystème. Elle fait le choix d’un partenariat de long terme destiné à accélérer le développement technologique et commercial de la start-up, tout en mettant à l’épreuve la solution dans un environnement pédagogique réel, auprès de plusieurs milliers d’utilisateurs.
Un avatar pédagogique pensé comme un complément au professeur
La promesse de Complement repose sur un principe simple : rendre les contenus plus accessibles, plus interactifs et plus individualisés grâce à des avatars de professeurs enrichis par l’IA. Disponibles en permanence, ces avatars peuvent présenter les cours à l’oral, répondre aux questions écrites et orales en langage naturel, évaluer l’étudiant à l’oral et s’adapter à son rythme, à son niveau et à sa langue d’apprentissage.
Il ne s’agit pas d’un professeur artificiel autonome, mais d’un dispositif conçu pour prolonger le travail enseignant. Le nom même de la solution, Complement, revendique cette place de complément. Pour les équipes pédagogiques, l’intérêt ne se limite pas à l’échange avec l’étudiant. La plateforme met aussi à disposition un tableau de bord détaillé, permettant d’identifier les notions comprises ou mal assimilées, les questions qui reviennent le plus souvent, les points que les étudiants souhaiteraient approfondir ou les profils rencontrant le plus de difficultés.
Ces remontées ont une valeur opérationnelle directe. Elles offrent aux enseignants une lecture fine de ce qui se joue en dehors de la salle de cours et leur permettent d’ajuster plus rapidement leurs contenus, leurs explications et leur accompagnement. L’école insiste d’ailleurs sur cette articulation entre temps de classe et temps hors classe, qu’elle présente comme plus fluide et mieux intégrée grâce à l’outil.
Les bénéfices pédagogiques mis en avant par l’IÉSEG sont de plusieurs ordres. D’abord, un apprentissage plus actif et individualisé, avec des exercices adaptés aux besoins détectés et un soutien dans l’organisation des révisions. Ensuite, une stimulation de l’autonomie, de la confiance et du dialogue, puisque la disponibilité permanente de l’avatar prolonge la relation pédagogique sans prétendre la remplacer. Enfin, un volet expérimental revendiqué, à travers la constitution d’un groupe de bêta-testeurs associant étudiants, professeurs et équipes administratives, chargé d’éprouver les fonctionnalités et d’orienter les développements futurs.
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Un déploiement progressif à grande échelle
Avant de lancer un déploiement plus large, l’IÉSEG a mené un premier test dès avril 2025 auprès d’étudiants en cycle master du Programme Grande École, dans le cadre de leurs révisions d’examens. Selon l’école, les retours ont été très positifs. Les étudiants ont notamment salué la qualité de l’interaction avec l’avatar, sa disponibilité permanente, la possibilité de s’entraîner à l’oral, de demander des explications supplémentaires sous forme conversationnelle et le caractère plus humain de l’expérience par rapport à un e-learning classique.
Les enseignants ayant participé à l’expérimentation ont eux aussi mis en avant l’intérêt du dispositif. L’outil leur fournit un retour immédiat sur la manière dont les contenus sont reçus, compris ou retravaillés par les apprenants. Cette lecture en quasi temps réel des interactions nourrit ensuite l’amélioration des cours.
Fort de ces premiers usages, l’IÉSEG a déjà élargi l’accès à Complement à l’ensemble de ses étudiants de deuxième année du Programme Grande École. L’ouverture doit ensuite se poursuivre progressivement vers plus de 5 000 apprenants, issus du Programme Grande École, du Bachelor in International Business et de l’Executive Education. L’enjeu est donc double : massifier l’usage sans perdre la dimension de personnalisation, et faire de cette technologie un outil transversal dans plusieurs segments de formation.
Pour Gabriel du Chalard de Taveau, cofondateur de Compléducation, ce rapprochement a aussi une portée symbolique. « En tant que diplômé de l’IÉSEG, ce partenariat a une dimension très particulière pour moi. Nous avons travaillé main dans la main avec l’école depuis le début : l’IÉSEG a été bêta-testeuse de la solution dès les premières versions, avec plusieurs classes pilotes, et elle joue aujourd’hui un rôle clé dans notre développement. Ensemble, nous voulons mettre un avatar, complément du professeur, dans la poche de chaque étudiant, directement sur leur téléphone, pour les aider à approfondir les matières les plus exigeantes, maximiser leurs chances de réussite aux examens et ainsi gagner en confiance et réussir durablement leur parcours académique. »












