Face à la montée en puissance des bio-industries, l’EBI revoit son offre de formation, renforce sa recherche appliquée et avance sur un projet de campus à Dijon, avec l’ambition de mieux répondre aux besoins d’un secteur en tension.
Le constat posé par l’EBI est simple : les bio-industries avancent vite, mais l’appareil de formation ne suit pas encore le rythme. Réunissant santé, pharmacie, agroalimentaire, cosmétique et environnement, ces filières occupent une place croissante dans l’économie du vivant. Le marché mondial des bio-industries et des biotechnologies pourrait atteindre 1 058 milliards de dollars d’ici 2034, contre 315 milliards en 2025.
En France, pourtant, l’offre de formation reste limitée, avec une dizaine à une quinzaine d’écoles strictement positionnées sur ces sujets, quand le numérique en compte plus de cinquante. Pour Clémence Bernard, directrice générale de l’EBI, cette asymétrie nourrit une tension durable sur les talents dans un secteur déjà confronté à des besoins massifs de recrutement. « Depuis l’origine, nous sommes l’école pionnière qui a fait un choix assez rare : celui d’une école entièrement et exclusivement construite autour du vivant, de sa compréhension, de sa transformation et de son industrialisation », rappelle-t-elle.
L’école de Cergy, fondée en 1992, entend répondre à cette accélération par une transformation de son modèle. L’établissement, qui compte 800 étudiants, 200 ingénieurs diplômés en 2025 et 87 % d’insertion globale, veut consolider sa place dans un paysage encore étroit, mais stratégique. Les chiffres avancés durant la conférence du 15 avril disent aussi quelque chose de l’ampleur des besoins : les offres d’emploi dans le secteur ont progressé de 17 % depuis 2024, les biothérapies représentent 59 % des médicaments en développement dans le monde, et la seule bioproduction concentre 76 000 emplois avec 3 200 recrutements prévus sur des postes de technicien en bioproduction, pharmacien responsable et ingénieur en bioprocédés. Dans la cosmétique, les exportations françaises ont atteint 22,5 milliards d’euros en 2024, en hausse de 6,8 %.
« Former aux bio-industries, c’est former à la responsabilité »
C’est sur ce terrain que l’EBI justifie la refonte de ses cursus. « Former aux bio-industries, c’est former à la responsabilité. Une décision scientifique a des impacts en chaîne : production, qualité, sécurité, environnement, acceptabilité. Notre ambition est de former des profils capables de concilier exigence scientifique et réalité opérationnelle », explique Clémence Bernard. L’école met en avant une approche transversale, à la croisée des sciences du vivant, des contraintes réglementaires, des réalités industrielles et des enjeux environnementaux. L’objectif n’est plus seulement d’augmenter le nombre de diplômés, mais de former des profils capables de comprendre l’ensemble d’une chaîne de valeur.
La première traduction concrète de cette stratégie passe par le bachelor Biotechnologies, lancé en 2021 et désormais restructuré autour de deux spécialisations directement articulées avec les attentes du marché : « Formulation & analyse sensorielle » et « Bioprocédés & bioproduction ». La première vise des profils capables d’optimiser des formulations, de concevoir et interpréter des tests sensoriels, et de garantir le contrôle qualité des produits. La seconde cible la conception et l’optimisation de bioprocédés industriels, leur mise en œuvre à l’échelle laboratoire comme à l’échelle industrielle, ainsi que la conformité réglementaire des productions. Deux voies qui disent beaucoup de la volonté de l’école de raccorder plus étroitement ses enseignements aux fonctions recherchées par les industriels.
Le programme ingénieur est lui aussi revu. L’EBI annonce davantage de transversalité, des projets de fin d’études plus directement reliés à des problématiques réelles, des jurys de professionnels, des visites de sites, des Industrial Days, ainsi que l’intégration de certifications professionnalisantes. Le numérique prend une place plus affirmée dans cet ensemble. L’école parle d’un socle renforcé sur la donnée, sa fiabilité, son exploitation, avec des journées thématiques consacrées notamment à la data integrity. La bioinformatique, la modélisation et l’apprentissage automatique sont appelés à monter en puissance dans un secteur où l’intelligence artificielle devient un outil d’optimisation et de sécurisation des procédés. L’ouverture de l’apprentissage s’inscrit dans la même logique : il ne s’agit pas, selon l’école, d’un tournant opportuniste, mais d’une extension d’un modèle déjà fortement professionnalisant.
Une recherche appliquée pensée comme levier de formation
L’autre pilier de cette transformation s’appuie sur EBInnov®, l’unité de recherche de l’établissement, évaluée par le HCERES. L’EBI insiste sur cette articulation entre recherche, innovation et pédagogie, qu’elle présente comme un marqueur de son identité. L’école indique que 79 % de ses enseignants sont chercheurs, qu’elle compte six doctorants et onze laboratoires sur son site de Cergy. Son unité de recherche, d’abord structurée autour de la biotechnologie et de la galénique, est désormais présentée à travers trois axes : BIO4TECH pour la bioproduction et les bioressources, PRECISE pour la formulation et le sensoriel, et TARGET pour les biothérapies et la santé. Des projets comme LEBIOPLAST sur les bioplastiques, ODESSA sur l’évaluation sensorielle et MELAEBIOMARK sur les biomarqueurs du mélanome illustrent cette montée en gamme.
L’EBI veut aussi densifier son réseau scientifique. L’école évoque des collaborations avec CY, EFREI, Arts et Métiers, l’UTC, l’USJ et l’USPN, ainsi que la création d’un laboratoire de bioinformatique et le développement de nouveaux projets ANR et européens. Là encore, la logique affichée est celle d’une école qui ne se contente pas de transmettre des savoirs, mais qui cherche à produire des solutions et à faire remonter cette dynamique dans les cursus. La promesse est claire : rapprocher la recherche appliquée des usages industriels, et raccourcir la distance entre laboratoire, formation et emploi.
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Cette stratégie prend enfin une dimension territoriale avec un projet d’implantation à Dijon à l’horizon 2027. L’école présente ce futur campus comme une extension de son développement dans un bassin jugé stratégique pour la santé, les biotechnologies et la pharmacie. Le projet s’appuie sur un partenariat avec Santenov, qui rassemble plus de 150 entreprises et représente 6 000 emplois. Le site annoncé comprend 1 280 m², dont 586 m² de surfaces pédagogiques et 335 m² de laboratoires. Pour l’EBI, il s’agit de rapprocher la formation des bassins industriels, de renforcer sa présence sur le territoire et de participer plus directement au déploiement régional des filières du vivant.
L’école revendique déjà une co-construction ancienne avec les entreprises, avec près de 190 partenaires, six chaires d’entreprises, des stages, des projets appliqués, des forums carrières et des workshops métiers. Cet ancrage nourrit un taux d’insertion de 87 %, dont 78 % d’emplois dans l’industrie. Mais l’EBI ne veut pas limiter son repositionnement à la seule employabilité. L’établissement insiste aussi sur une mission de médiation scientifique. Journées découvertes pour les lycéens, ateliers en laboratoire, participation à des événements grand public comme la Fête de la Science ou le Village de la Chimie, lancement de l’association Scientastik : l’école entend rendre les bio-industries plus lisibles et plus désirables. « Les bio-industries et les biotechnologies sont clairement un sujet d’avenir. Ce sont des filières à impact, au cœur de la santé, de l’alimentation et de l’environnement. Ce sont aussi des filières d’emploi, avec de forts besoins de recrutement, et des filières d’innovation, à la croisée de la recherche, du numérique et du vivant. Elles sont enfin des enjeux de souveraineté et de sens, particulièrement pour les jeunes générations », conclut Clémence Bernard.












