Le nouveau Classement 2026 des Grandes Écoles de commerce est arrivé 🚀

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EHL Hospitality Business School : le pari à contre-courant qui bouscule les grandes écoles de management

10 Min. de lecture
Façade moderne de lEHL au crépuscule, place vide en pierre, verre et béton.

Présente de Lausanne à Singapour et en Chine, l’EHL Hospitality Business School occupe une place à part dans l’enseignement supérieur. Son doyen, Achim Schmitt, revendique un ancrage à la croisée des chemins entre l’hospitality et la business school devenu, au fil de vingt-cinq ans, un argument académique de premier plan. De quoi challenger le modèle de bien des grandes écoles de commerce françaises.

Il suffit d’une question sur la frontière entre écoles d’hôtellerie et écoles de commerce pour qu’Achim Schmitt remette les choses au point. Le doyen de l’EHL ne se range dans aucune de ces deux familles, et il le fait savoir d’emblée :

« On ne veut pas devenir une école de commerce. Si on devient une école de commerce, on perd notre âme et notre ancrage historique. »

Achim Schmitt, directeur de l’EHL.

La formule pourrait surprendre, venant d’un établissement qui a justement inscrit les mots « business school » dans son nom. Elle résume pourtant toute la stratégie de l’institution lausannoise : marier la rigueur des sciences de gestion à la culture opérationnelle de l’hospitality, sans renoncer ni à l’une ni à l’autre.

Lire aussi : Quelles sont les tendances dans les métiers de l’hôtellerie en 2026 ?

Un positionnement « en sandwich » pleinement assumé

Achim Schmitt emploie une image qui dit beaucoup de la singularité de l’école. L’EHL se tiendrait dans un entre-deux que personne d’autre n’occupe vraiment.

« On est un peu en sandwich entre les écoles de commerce et les écoles hôtelières traditionnelles. »

Achim Schmitt, directeur de l’EHL.

Les premières, explique-t-il, ne savent pas trop quoi faire d’un établissement qui n’est ni tout à fait généraliste, ni purement managérial. Les secondes considèrent que l’EHL s’est trop académisée pour leur être comparable. Loin de chercher à trancher, l’école revendique cette position inclassable comme une catégorie en soi, et y voit une source d’opportunités : collaborations multiples, débouchés dans des secteurs variés, capacité à se développer là où d’autres restent enfermés dans une case.

Une trajectoire amorcée il y a vingt-cinq ans

Voici environ vingt-cinq ans, l’EHL a fait le choix de se faire enregistrer comme haute école hôtelière au niveau étatique, afin d’obtenir un diplôme reconnu par l’État. 

L’école a conservé l’héritage de l’industrie tout en gagnant en exigence académique et pédagogique. Là où la formation hôtelière traditionnelle reste centrée sur l’opérationnel et l’apprentissage des bases du métier, l’EHL a choisi de combiner ces fondamentaux avec une vraie discipline universitaire. Ce parti pris a peu à peu permis d’investir dans le corps professoral, la publication et la recherche. Depuis une dizaine d’années, l’établissement attire des chercheurs en gestion qui souhaitent y faire carrière, signe que la bascule vers le monde académique a porté ses fruits.

« Un diplôme Bachelor ou Master à l’EHL n’a rien à envier à un diplôme d’une grande école de commerce.»

Achim Schmitt, directeur de l’EHL.

L’EHL est une fondation à but non lucratif, et l’association Hôtellerie suisse, membre fondatrice depuis plus de cent trente ans, occupe une large place dans son conseil.

Lire aussi : EHL Hospitality Business School : former les managers de demain au-delà de l’hôtellerie

Former à des compétences plutôt que des postes

Achim Schmitt défend une logique de compétences, et non de métiers figés. Cette conviction a une traduction concrète dans l’offre de l’école : environ quatre mille étudiants inscrits dans des programmes diplômants (Bachelor, Master, MBA), dont près de cinq cents en post-Bachelor, auxquels s’ajoutent des milliers de personnes dans les formats courts et la formation continue, non comptabilisés dans ce total.

Ce portefeuille de Masters et de formation continue n’existait quasiment pas avant 2017. L’EHL a dû le bâtir, en partant du constat que l’industrie ne recrute pas un profil pour son seul diplôme. Dans l’hôtellerie, rappelle Achim Schmitt, on devient general manager parce qu’on a fait ses preuves dans les opérations et gravi les échelons, pas uniquement parce qu’on présente un parchemin.

La fin des diplômes pensés « pour un poste »

Le doyen pousse le raisonnement plus loin, jusqu’à une réflexion sur la mission même de l’université, nourrie par ses échanges avec des collègues américains.

« L’université a formé dans le passé des talents pour des postes. Aujourd’hui, on forme pour une compétence : apprendre, se mettre dans différents contextes et faire évoluer ses façons de travailler. »

Achim Schmitt, directeur de l’EHL.

Si l’intelligence artificielle venait à absorber une part massive des fonctions techniques, vouloir former des étudiants pour devenir ingénieur, comptable ou marketeur au sens strict deviendrait un pari risqué. L’avenir appartiendrait plutôt à une approche pédagogique adossée aux compétences et à une pensée globale, capable d’aider chacun à évoluer dans un environnement mouvant.

L’école parie sur les compétences interpersonnelles, qu’elle juge appelées à compter davantage à mesure que le monde se digitalise. 

Un marché de l’éducation en pleine recomposition

Le secteur éducatif, en Europe comme à l’échelle mondiale, traverse une mutation profonde. Les formats de formation, eux, doivent gagner en souplesse, jusqu’à permettre d’étudier et de travailler en même temps, dans un contexte de digitalisation accélérée. Pour sécuriser le placement de ses diplômés et maintenir ses enseignements à jour, l’EHL s’appuie sur sa proximité avec l’industrie.

Quand l’industrie et la formation se rapprochent

En France, la vague de concentration du marché et de fusions entre écoles n’a pas fini de redessiner le paysage. Certaines écoles de commerce iront, selon Achim Schmitt, vers la co-création de formations avec les entreprises. Les établissements capables de tisser un lien étroit avec les industries garderont une longueur d’avance. Les autres risquent de se replier sur une offre locale et secondaire.

La concurrence des plateformes mondiales

Le doyen voit poindre une autre menace, plus diffuse. Des acteurs comme l’Arizona State University ont bâti une offre digitale globale, dotée d’un réseau international immédiatement mobilisable, et désormais traduisible en français grâce à l’intelligence artificielle. Face à cette concurrence sans frontières, l’enjeu consiste à se distinguer sur une offre nationale et européenne clairement identifiée.

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Les classements, ce « focus » que l’EHL refuse de courir

Vient l’inévitable question des classements, dont l’influence sur l’orientation des étudiants n’est plus à démontrer en France comme ailleurs. L’EHL aurait-elle intérêt à figurer dans un palmarès de grandes écoles de management françaises ? La réponse du doyen est nuancée et se refuse à considérer les palmarès annuels comme une boussole.

« Un classement donne une orientation aux étudiants, et à une école de quoi se comparer. Mais cela peut détourner le focus stratégique de l’école vers le classement, au lieu de la pédagogie. C’est un peu comme un directeur général qui gère sa boîte pour les dividendes ou le cours de Bourse, et qui, à long terme, n’a peut-être plus le produit et les services en tête. »

Achim Schmitt, directeur de l’EHL.

L’EHL préfère mesurer sa réussite au retour des étudiants et de l’industrie, plutôt qu’à sa place dans les tableaux. Il s’agit d’ailleurs de la philosophie adoptée par L’Express Education dans son premier classement des grandes écoles de commerce publié en janvier 2026, fondé uniquement sur le retour d’expérience des dirigeants.

La diversité de son campus, un critère habituel des classements des écoles de commerce, relève d’ailleurs de la même logique, étrangère à toute stratégie de palmarès.

« On a 128 nationalités sur le campus, pas pour le classement, mais pour l’apprentissage des étudiants. »

Achim Schmitt, directeur de l’EHL.

Pour Achim Schmitt, la frontière traditionnelle entre catégories d’établissements finira de toute façon par s’effacer.

Un modèle économique pensé pour perdurer

La question de la rentabilité et du modèle économique des écoles privées sur le marché de l’enseignement supérieur finit toujours par émerger. L’EHL s’autofinance, ce qui l’oblige à la prudence et lui interdit d’investir un argent qu’elle n’a pas.

« On est une fondation, à but non lucratif. Personne ne prend l’argent pour le sortir de l’EHL. »

Achim Schmitt, directeur de l’EHL.

L’école bénéficie par ailleurs de subventions publiques, via la Haute École Spécialisée de Suisse occidentale (HES-SO), au nom d’une équité tarifaire envers les étudiants suisses qui souhaitent y préparer un Bachelor ou un Master à un coût comparable à celui d’autres hautes écoles.

Bâtir une culture du don à l’européenne

L’établissement explore aujourd’hui la piste de l’endowment, ce modèle de fonds de dotation qui fait la force des grandes universités américaines. La Fondation 1893 octroie depuis longtemps des bourses, et un dispositif baptisé « ticket d’or » permet désormais de financer intégralement un Bachelor grâce à un donateur. L’EHL n’en est qu’aux débuts, et Achim Schmitt ne le cache pas. Le frein est autant culturel que fiscal : en Europe, soutenir financièrement son alma mater n’a rien d’un réflexe, contrairement aux États-Unis, où le système d’imposition encourage la générosité des anciens. Le réseau d’alumni de l’école, lui, est mondial, et quelques figures déjà acquises à cette logique montrent la voie.

Les chaires, trait d’union avec l’industrie

L’autre levier consiste à approcher des partenaires industriels pour financer une chaire ou une recherche sur une thématique précise, dans une démarche qui sert à la fois l’entreprise, la formation des étudiants et la production scientifique. L’EHL compte ainsi des instituts adossés à des acteurs comme Audemars Piguet. Un modèle classique, que l’on retrouve par exemple avec la chaire LVMH à Paris, et qui ancre un peu plus l’école dans le tissu économique.

La croissance : oui, sans perdre l’ADN historique de l’école

Avec quatre mille étudiants en programmes diplômants, l’EHL reste de taille modeste face aux mastodontes internationaux… ou même ses consœurs grandes écoles de commerce françaises. C’est un choix revendiqué :

« L’EHL ne sera jamais une université de 30 000 étudiants. On parle toujours de la famille à l’EHL, et à 30 000 personnes, cet esprit ne tient plus. »

Achim Schmitt, directeur de l’EHL.

Une croissance minimale demeure nécessaire, ne serait-ce que pour absorber l’inflation. Mais elle doit, insiste-t-il, respecter l’approche pédagogique, l’héritage et le positionnement de niche de l’école. S’élargir au-delà du raisonnable reviendrait à diluer la qualité et la performance qui font sa réputation. Quiconque a franchi les portes du campus lausannois mesure d’ailleurs l’attention portée au moindre détail, jusque dans la relation entre l’enseignant et l’étudiant.

Singapour et la Chine : une internationalisation maîtrisée

Bien que logée sur les hauteurs de Lausanne, l’EHL n’en demeure pas moins une institution mondiale.

Singapour, la porte d’entrée de l’Asie

L’Asie constitue depuis vingt ans un marché en forte croissance pour l’industrie hôtelière, dont les codes de service diffèrent profondément des standards occidentaux. L’EHL souhaitait garantir à ses étudiants une véritable immersion dans la région, et la cité-État s’est imposée comme le hub naturel. Reconnue par les autorités locales comme établissement de formation, l’école peut y former sur place, dans un environnement très concurrentiel qui l’oblige à rester au plus haut niveau.

Une licence rare pour diplômer en Chine

L’aventure chinoise s’est jouée en deux temps. D’abord à travers un partenariat avec la CEIBS, l’une des toutes premières business schools du pays, avec laquelle l’EHL a lancé un programme HEMBA (Hospitality Executive MBA) dès 2017. Puis par un projet d’une autre ampleur : la création, avec le soutien du gouvernement et le financement d’une entreprise privée, d’un campus dédié au Bachelor dans la région de Hainan. À la clé, la deuxième licence accordée à une université internationale pour délivrer ses propres diplômes sur le sol chinois. Les étudiants y sont formés localement, mais leur diplôme EHL est reconnu par les autorités chinoises, ce qui ouvre la voie à la formation directe de talents locaux.

Le Moyen-Orient, le temps de la patience ?

Challengée sur le marché oriental, l’EHL temporise. L’Inde, marché complexe et étroitement lié au Moyen-Orient, a été étudiée puis écartée. Quant à la région du Golfe :

« Ce n’est pas encore le moment pour nous. On n’a ni le marché ni les ressources internes pour le faire correctement. On observe, et nous sommes patients ! »

Achim Schmitt, directeur de l’EHL.

« Une école humaine pour un monde digital »

Reste le sujet que tous les journalistes abordent, celui de l’intelligence artificielle et de la digitalisation. Achim Schmitt s’y prête volontiers, mais déplace aussitôt la focale vers ce qui fait, à ses yeux, la valeur de son école.

« Je suis très content de travailler dans une université qui se concentre sur l’être humain. »

Achim Schmitt, directeur de l’EHL.

Pour lui, la valeur humaine au sein des chaînes de valeur globales appelle à être soutenue et bien encadrée, à mesure que le monde se digitalise. Il puise un exemple dans la période du Covid, quand tant de gens se sont remis à faire leur pain, de la poterie ou de la broderie pour se rassembler et retrouver un peu de calme. Une intuition qu’il rattache directement à son industrie.

« Un repas, pour moi, c’est un moment de connexion entre les humains. »

Achim Schmitt, directeur de l’EHL.

C’est aussi dans cet esprit qu’il aborde le conseil aux futurs étudiants, hésitant entre une grande école de commerce, ou l’ADN unique de l’EHL. Le programme grande école, observe-t-il, reste très national, là où l’EHL mise sur le réseau international, le service et la relation humaine.

Dans un enseignement supérieur français travaillé par les fusions et bousculé par la montée en puissance de l’intelligence artificielle, une internationalisation croissante des études après le bac, ce positionnement de niche, adossé à une marque vieille de plus de cent trente ans, dans un campus de loin parmi les plus impressionnants du marché, n’a rien à envier aux très grandes écoles de commerce.

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