Qu’est-ce que la classe préparatoire aux grandes écoles, également appelée « CPGE » ? Faut-il avoir 18 de moyenne au minimum pour y prétendre ? Beaucoup d’argent ? Des nerfs d’aciers ? Cette formation très exigeante charrie autant de mythes que de questions concrètes. Voie historique d’accès aux écoles d’ingénieurs, aux écoles de commerce, aux écoles normales supérieures (ENS) et aux écoles vétérinaires, elle reste l’une des formations les plus exigeantes et les plus reconnues de l’enseignement supérieur français. Avant de cocher CPGE sur Parcoursup, voici ce qu’il faut savoir pour vous décider en connaissance de cause.
Bon à savoir
La classe préparatoire aux grandes écoles est une formation publique sélective de l’enseignement supérieur, dispensée au sein de certains lycées. Sa mission est de vous préparer en deux ans aux concours d’entrée des grandes écoles. Vous y entrez avec un baccalauréat général ou technologique, après examen de votre dossier sur Parcoursup : bulletins de première et de terminale, appréciations des enseignants, fiche Avenir et lettre de motivation. Le rythme est soutenu, autant le savoir tout de suite. Comptez 30 à 36 heures de cours hebdomadaires, auxquelles s’ajoutent les devoirs surveillés, les colles (ces oraux d’évaluation hebdomadaires devant un professeur) et un travail personnel conséquent. Bonne nouvelle en revanche, la formation s’inscrit dans le cursus européen LMD (licence-master-doctorat). Chaque année validée vous donne 60 crédits ECTS, soit l’équivalent d’une année de licence universitaire. Rien n’est jamais perdu.
Quelles sont les différentes filières de CPGE ?
Trois grandes voies, plus de vingt parcours possibles. Le ministère de l’Enseignement supérieur a structuré les classes préparatoires pour répondre à des projets très différents. À vous d’identifier celle qui correspond à votre profil.
| Voie | Filières principales | Bac requis | Principaux débouchés |
|---|---|---|---|
| Scientifique | MPSI, MP2I, PCSI, PTSI, BCPST (1re année) ; MP, MPI, PC, PSI, PT, BCPST (2e année) | Bac général (spécialités maths et physique-chimie recommandées ; SVT pour BCPST) | Écoles d’ingénieurs (Polytechnique, Centrale-Supélec, Mines-Ponts, CCINP), ENS, écoles vétérinaires, écoles d’agronomie |
| Scientifique technologique | TSI, TPC, TB | Bac technologique (STI2D, STL, STAV) | Écoles d’ingénieurs (Arts et Métiers, ENSAM, CCINP) |
| Économique et commerciale | ECG (voie générale), ECT (voie technologique), ECP (voie professionnelle, en 3 ans), D1 (droit-économie), D2 (économie-gestion) | Bac général pour ECG, D1, D2 ; bac STMG pour ECT ; bac professionnel tertiaire pour ECP | Écoles de commerce et de management (HEC, ESSEC, ESCP, EDHEC), ENS Paris-Saclay et Rennes via D1/D2 |
| Littéraire | Hypokhâgne puis khâgne A/L (lettres classiques) ou khâgne B/L (lettres et sciences sociales) | Bac général (HGGSP, LLCE, HLP recommandées ; maths conseillées pour B/L) | ENS Ulm et Lyon, École nationale des chartes, IEP, écoles de journalisme (CELSA, CFJ), écoles de commerce via la BEL |
Les CPGE scientifiques
La voie scientifique est la plus fréquentée, et celle qui propose le plus large éventail de parcours. Elle se décline en plusieurs filières en première année (MPSI, MP2I, PCSI, PTSI, BCPST, TSI, TPC, TB) qui se prolongent en seconde année (MP, MPI, PC, PSI, PT, BCPST, TSI, TPC, TB). Les filières TSI, TPC et TB sont réservées aux bacheliers technologiques. Chacune oriente vers des concours spécifiques : Polytechnique-ENS, Mines-Ponts, Centrale-Supélec, CCINP, e3a-Polytech, banque PT, banque agro-véto, ou encore G2E pour les géosciences.
Si vous visez les écoles vétérinaires de Maisons-Alfort, Lyon, Nantes ou Toulouse, c’est par la prépa BCPST (biologie, chimie, physique et sciences de la Terre) que cela passe, comme pour les écoles d’agronomie et de géologie.
Les CPGE économiques et commerciales
La voie économique et commerciale connaît un regain d’attractivité et s’est diversifiée pour mieux refléter la pluralité des profils de bacheliers. Vous y trouverez plusieurs filières. La prépa ECG (économique et commerciale, voie générale), accessible aux bacheliers généraux, propose quatre combinaisons mêlant mathématiques approfondies ou appliquées avec ESH (économie, sociologie et histoire) ou HGG (histoire, géographie, géopolitique). La prépa ECT (voie technologique) est, elle, réservée aux bacheliers STMG.
Plus récente, la prépa ECP (économique et commerciale, voie professionnelle) ouvre les concours des grandes écoles de commerce aux titulaires d’un bac professionnel tertiaire. Contrairement à la prépa ECG et ECT, elle se déroule en trois ans, afin de permettre aux étudiants de combler progressivement les écarts de niveau avec leurs camarades de bac général ou technologique. Proposée dans un nombre encore restreint de lycées en France, elle reste méconnue mais s’impose peu à peu comme une voie d’excellence pour les profils issus de la voie professionnelle.
À ces filières s’ajoutent les voies D1 (droit et économie) et D2 (économie et gestion), qui mènent respectivement aux ENS de Rennes et Paris-Saclay. Toutes débouchent sur les concours BCE et Ecricome, qui ouvrent les portes des principales écoles de management françaises, dont HEC, ESSEC et ESCP.
Les CPGE littéraires
La voie littéraire reste un espace de formation pluridisciplinaire de haut niveau, particulièrement féminisée. La première année, dite « hypokhâgne » ou « lettres supérieures », est commune à tous. Elle se prolonge en « khâgne » selon deux orientations : la khâgne A/L (lettres classiques), tournée vers l’ENS Ulm et l’ENS de Lyon, et la khâgne B/L (lettres et sciences sociales), qui ajoute des enseignements de mathématiques et de sciences économiques.
Les débouchés des CPGE littéraires sont multiples : ENS, École nationale des chartes, IEP, écoles de journalisme et de communication (CELSA, CFJ), écoles de commerce via la Banque d’épreuves littéraires (BEL), ou encore licences universitaires en équivalence.
Combien de temps dure une CPGE et comment se déroule la scolarité ?
Deux ans, en théorie. C’est la durée standard d’une classe préparatoire : une première année appelée « sup » dans les filières scientifiques et une seconde année, la « spé », qui mène aux concours.
Bon à savoir
La prépa ECP fait exception, avec un cursus de trois ans pour permettre aux bacheliers professionnels d’aborder les concours dans les meilleures conditions.
Le redoublement de la première année n’est pas autorisé, sauf cas très exceptionnels. Redoubler la seconde année, communément appelée « cuber » (ou faire une 5/2), est possible avec l’accord de l’établissement, généralement pour viser des écoles mieux classées.
Le programme de la CPGE combine cours magistraux, travaux dirigés, travaux pratiques (en filière scientifique notamment) et devoirs surveillés en temps limité. Les colles, ces interrogations orales hebdomadaires devant un enseignant, constituent une particularité des CPGE. Elles vous préparent aux épreuves orales des concours et imposent un rythme de révisions permanent. Si vous intégrez un lycée public, vous devrez par ailleurs vous inscrire administrativement dans une université partenaire, généralement avant la mi-janvier de l’année universitaire. Cette double inscription, prévue par convention entre les lycées et les universités, garantit la délivrance des crédits ECTS et facilite une éventuelle réorientation.
Quel niveau faut-il pour entrer en CPGE ?
C’est la question qui revient le plus souvent et probablement celle qui freine le plus de candidatures. Contrairement à une idée tenace, les CPGE ne sont pas réservées aux seuls élèves d’élite. Les commissions d’examen des vœux Parcoursup étudient vos bulletins de première et de terminale, votre fiche Avenir, votre lettre de motivation et les notes de vos épreuves anticipées du baccalauréat. Le rang dans la classe et la cohérence de votre parcours pèsent autant que la moyenne brute.
Les appréciations des enseignants jouent un rôle déterminant. Un dossier moyen accompagné d’un avis très favorable peut suffire à intégrer une bonne prépa, tandis que d’excellentes notes assorties de commentaires défavorables peuvent être rédhibitoires.
Le choix des spécialités pour intégrer une prépa
Le choix de vos spécialités au lycée conditionne fortement l’accès à certaines voies. Pour les prépas scientifiques MPSI, PCSI, PTSI et MP2I, les spécialités mathématiques et physique-chimie en première sont quasi indispensables et la spécialité maths en terminale très fortement conseillée.
La prépa BCPST exige un solide bagage en sciences de la vie et de la Terre, en mathématiques et en physique-chimie. Les prépas littéraires se montrent plus ouvertes sur le profil de spécialités, mais valorisent les enseignements HGGSP, LLCE et humanités, littérature et philosophie.
La voie B/L impose, elle, un bon niveau en mathématiques.
Combien coûte une prépa et comment financer vos études ?
Voici l’un des grands atouts des CPGE et probablement le moins connu : la scolarité est gratuite dans les lycées publics, qui accueillent la grande majorité des étudiants. Vous n’aurez à régler que les frais d’inscription à l’université partenaire et la contribution de vie étudiante et de campus (CVEC), dont les boursiers sont exonérés. Dans les lycées privés sous contrat, des frais de scolarité s’ajoutent, généralement modérés. Les établissements privés hors contrat, principalement orientés vers les concours de commerce, peuvent en revanche atteindre des montants nettement plus élevés.
Côté aides, vous pouvez prétendre aux bourses sur critères sociaux du CROUS, comme tout étudiant de l’enseignement supérieur. L’attribution se fait selon un échelon calculé en fonction du revenu familial, du nombre d’enfants à charge et de l’éloignement du domicile. Une aide à la mobilité Parcoursup est également accessible aux anciens boursiers du lycée changeant d’académie. En seconde année, plusieurs régions, dont l’Île-de-France, proposent une aide spécifique au paiement des frais de concours. Des fondations privées, comme la Fondation Georges Besse ou la Fondation Ad Maiora, complètent ce dispositif pour les profils méritants ou en difficulté financière.
Que faire après une CPGE sans intégrer une grande école ?
C’est la crainte la plus fréquente des familles : que se passe-t-il si vous n’obtenez pas l’école visée ? La réponse est plutôt rassurante. Depuis l’intégration des CPGE dans le cursus LMD, vos années de prépa valident automatiquement des crédits ECTS équivalents à une licence 2 (à l’issue d’une CPGE classique en deux ans). Vous pouvez ainsi rejoindre une licence 3 universitaire dans une discipline cohérente avec votre filière, sur proposition du conseil de classe et après examen du dossier par l’université.
Plusieurs autres voies s’ouvrent également à vous. Les admissions parallèles permettent d’intégrer des écoles d’ingénieurs ou de commerce sur dossier, sans repasser par les concours classiques. Vous pouvez aussi vous tourner vers les concours de l’enseignement (CRPE, CAPES, agrégation) après un master, vers les masters universitaires sélectifs, ou encore vers les Instituts d’études politiques en admission au niveau bac+2 ou bac+3. Les compétences acquises en prépa, capacité de travail, rigueur méthodologique, résistance au stress, maîtrise rédactionnelle, restent valorisées tout au long de votre parcours académique et professionnel.
La CPGE est-elle vraiment faite pour vous ?
La question mérite d’être posée avant de formuler vos vœux Parcoursup. La prépa exige un investissement personnel important, une bonne organisation et une capacité à travailler dans la durée sans vous laisser décourager par les évaluations fréquentes. Les commissions cherchent moins des génies que des élèves sérieux, curieux, capables de progresser. Les journées portes ouvertes, organisées chaque année par la plupart des lycées, restent le meilleur moyen de mesurer l’adéquation entre le rythme de la formation et votre profil.
La CPGE est une formation en deux ans qui prépare aux concours d’entrée des grandes écoles d’ingénieurs en cinq ans (cursus 2 + 3). L’école d’ingénieurs post-bac, à l’inverse, vous recrute directement après le baccalauréat pour un cursus intégré de cinq ans. La prépa offre une formation académique généraliste plus poussée et l’accès à un éventail très large d’écoles via les concours, tandis que l’école post-bac propose une professionnalisation plus rapide et un environnement étudiant moins scolaire. Le choix dépend de votre projet. Si vous savez précisément quelle école vous visez et qu’elle recrute en post-bac, l’intégrée peut suffire. Si vous voulez maximiser vos options ou viser les écoles les plus sélectives (Polytechnique, Centrale-Supélec, Mines-Ponts), la CPGE reste la voie privilégiée.
Non, les CPGE classiques n’existent pas en alternance ni en formation à distance. Le format suppose une présence quotidienne au lycée, des colles hebdomadaires en présentiel et des devoirs surveillés de plusieurs heures. Quelques organismes privés proposent des préparations en ligne aux concours, mais ils ne délivrent pas de crédits ECTS et ne figurent pas sur Parcoursup. Si vous cherchez un format plus souple, regardez plutôt du côté des bachelors ou des écoles post-bac à rythme alterné.
L’internat n’est pas obligatoire, mais il est fortement recommandé si le lycée est éloigné de votre domicile. La plupart des grands lycées de prépa disposent d’un internat ou bénéficient de places dans les internats de la réussite (notamment l’internat Jean-Zay en Île-de-France). L’internat présente plusieurs avantages : économie sur les transports, cadre de travail favorable, esprit d’entraide entre étudiants. Sur Parcoursup, vous pouvez formuler un vœu avec internat et un vœu sans internat pour le même établissement, ce qui ne compte que pour un seul sous-vœu. Attention cependant : si vous recevez une proposition avec internat, vous ne pourrez pas la transformer en place sans internat.
Au-delà des cours et travaux dirigés, la majorité des étudiants en CPGE consacrent entre 20 et 30 heures de travail personnel par semaine, en plus des heures de cours. Ce volume varie selon la filière, le niveau d’exigence du lycée et l’organisation personnelle. Les week-ends sont rarement entièrement libres, surtout en période de devoirs surveillés ou de préparation aux concours. C’est l’une des raisons pour lesquelles les enseignants déconseillent unanimement le job étudiant en parallèle d’une prépa.
Pas de panique, les listes d’attente en CPGE bougent beaucoup, parfois jusque tard dans l’été. Les étudiants admis dans plusieurs filières finissent par libérer des places en acceptant un seul vœu, ce qui fait remonter les listes. Restez attentif à votre dossier Parcoursup, répondez dans les délais à chaque proposition reçue, et conservez vos vœux en attente le plus longtemps possible. La phase complémentaire, ouverte mi-juin, peut également faire apparaître des places dans des établissements moins demandés mais de bon niveau. Beaucoup de réussites en grande école sont parties d’une admission tardive sur liste d’attente.












