Cet article a pour objectif de présenter, de manière détaillée et transparente, la méthodologie du classement de la réputation des grandes écoles de commerce publié par L’Express Éducation et NextEdu. Il ne revient pas sur les raisons d’être du classement, mais exclusivement sur son fonctionnement concret : qui répond, comment les réponses sont collectées, filtrées, corrigées, puis transformées en Score NextEdu.
Périmètre du classement et principe général
Le classement couvre les 23 grandes écoles de commerce françaises qui recrutent des étudiants via les banques d’épreuves BCE et Ecricome, c’est-à-dire les écoles dites « post-prépa ». Toutes sont déjà des établissements reconnus pour leur grande qualité académique ; figurer dans ce palmarès, de la 1ère à la 23ème place, est déjà une preuve de l’appartenance au haut du panier des écoles de commerce françaises.
L’indicateur classant, le Score NextEdu, mesure la réputation globale de chaque école auprès de décideurs économiques. Il ne porte pas uniquement sur le Programme Grande École, mais sur l’ensemble de la marque « école » (PGE, bachelors, masters, MS, etc.), telle qu’elle est perçue par les professionnels interrogés. Les répondants n’étaient pas invités à noter un programme spécifique, mais bien l’école dans sa globalité.
Deux écoles sont considérées comme ex æquo lorsque l’écart entre leurs scores est inférieur à 0,1 point de pourcentage.
Constitution des panels de répondants
Nombre total de répondants
Au total, 1 004 répondants ont permis la construction du classement :
- 602 interrogés par OpinionWay,
- 402 interrogés par NextEdu.
L’ancienneté professionnelle moyenne des répondants est de 16,5 ans.
Profils interrogés
Les répondants sont exclusivement des profils à responsabilités dans le monde économique français :
- Dirigeant(e)s d’entreprise de toutes tailles ;
- Cadres supérieurs, managers expérimentés ;
- Directeurs/trices des ressources humaines ;
- Responsables du recrutement ou de fonctions RH opérationnelles.
Ils occupent des postes à même de croiser régulièrement des diplômés de grandes écoles, de les recruter, de les encadrer ou de décider des politiques de recrutement. Les profils juniors ont été exclus : tout répondant présentant moins de deux ans d’ancienneté a été supprimé lors du nettoyage de la base de données.
Panel OpinionWay : la base représentative
Le panel OpinionWay constitue la base principale du dispositif (602 répondants). Il a été constitué et interrogé par téléphone, selon les standards de représentativité de l’institut.
OpinionWay garantit notamment une diversité :
- Sectorielle (industrie, services, commerce, finance, conseil, etc.) ;
- Géographique (territoire national, grandes métropoles et régions) ;
- En termes de taille d’entreprises (TPE, PME, ETI, grands groupes)
Ce premier bloc de répondants permet d’obtenir une photographie robuste et équilibrée de la perception des grandes écoles par le tissu économique français dans son ensemble.
Panel NextEdu : affiner les secteurs clés
Le panel NextEdu (402 répondants) vise à compléter et affiner cette base, en renforçant les secteurs particulièrement stratégiques pour les étudiants issus de grandes écoles de commerce : conseil, finance, marketing, fonctions commerciales, tech, etc.
Les répondants NextEdu ont été interrogés par téléphone et par mail. Là encore, il s’agit de dirigeants, DRH, cadres supérieurs et responsables du recrutement occupant des fonctions à forte responsabilité.
Il est important de souligner qu’il était impossible de « s’inscrire » librement à ces panels. Les répondants NextEdu sont issus de bases professionnelles qualifiées et de réseaux structurés, non publics.
Un panel sur inscription ultra-marginal
À la marge, NextEdu a ouvert un canal de candidature volontaire, permettant à quelques profils de se porter volontaires pour participer au classement. Cette approche est volontairement ultra-marginale et très encadrée, et permet notamment de compenser la suppression potentielles de réponses aberrantes dans les deux premiers panels.
Sur ces candidats :
- Seuls 26 répondants ont finalement été retenus ;
- Après vérification de leur identité, de leur profil et de la cohérence de leurs réponses ;
- Ces 26 répondants sont intégrés dans les 402 répondants NextEdu, et ne changent donc pas l’ordre de grandeur du panel ;
Répondre à un questionnaire – y compris via ce canal – n’entraîne jamais automatiquement la prise en compte de la réponse dans la construction du classement : chaque participation est soumise à plus d’une quinzaine de filtres de validation.
Le questionnaire : une évaluation de 0 à 10 centrée sur la recommandation
Formulation de la consigne
Chaque répondant a reçu un questionnaire introduit par la consigne suivante :
« Afin de contribuer au classement, notez de 0 à 10 les écoles suivantes selon votre propre perception de leur réputation et/ou selon votre expérience. Si vous n’avez pas d’avis sur l’une ou plusieurs des 23 écoles classées, laissez simplement le champ de réponse vide. »
L’objectif est de laisser le répondant s’appuyer soit sur son expérience directe (recrutement, management de diplômés), soit sur sa perception globale de la réputation de l’école, lorsque celle-ci est suffisamment claire pour qu’il se prononce.
Questions posées école par école
Pour chaque école, la question est formulée de façon standardisée :
« Au vu de votre expérience, à quel point auriez-vous tendance à recommander un profil issu de [nom de l’école] ? »
Le répondant attribue une note de 0 à 10, où 0 signifie « je ne recommanderais pas du tout » et 10 « je recommanderais très fortement ». Cette approche est inspirée du Net Promoter Score (NPS), largement utilisé dans le monde économique pour mesurer la recommandation et la fidélité à une marque.
Ordre aléatoire des écoles
Afin d’éviter tout biais de présentation ou d’ordre (effet de primauté, de récence, etc.), l’ordre des écoles est entièrement aléatoire pour chaque répondant. Aucune école ne bénéficie d’une position systématiquement avantageuse ou défavorable dans les questionnaires.
Possibilité de ne pas répondre
Lorsque le répondant n’a pas d’avis sur une école, il peut laisser la question vide. La note n’est alors pas prise en compte pour cette école. Cela évite de transformer un manque de connaissance en note artificiellement basse.
Volume de réponses et robustesse statistique
Le nombre moyen de notes attribuées par école est de 658.
- L’école la moins notée recueille 514 réponses,
- L’école la plus notée recueille 917 réponses.
Ce volume de notes, combiné au profil expérimenté des répondants (16,5 ans d’ancienneté en moyenne), confère une robustesse statistique importante aux résultats. Loin d’être construit sur quelques dizaines d’opinions isolées, le classement repose sur des centaines de jugements par école, issus de décideurs économiques confirmés.
Étapes de construction du Score NextEdu
L’élaboration du Score NextEdu suit plusieurs étapes successives. Certaines mesures de sécurité ne sont pas détaillées pour préserver l’intégrité du dispositif et garantir la comparabilité des futures éditions. Les grandes lignes du processus sont toutefois les suivantes.
Étape 1 : consolidation des notes
Les notes issues des panels OpinionWay et NextEdu sont d’abord consolidées dans une base unique. Les répondants provenant des deux sources sont soumis aux mêmes règles de filtrage et de nettoyage. Le Score NextEdu est ensuite calculé sur cet ensemble consolidé.
Étape 2 : nettoyage primaire de la base
Un premier nettoyage vise à retirer les réponses manifestement inutilisables ou aberrantes.
Sont notamment supprimés :
- Les répondants n’ayant noté aucune école ;
- Les répondants n’ayant noté qu’une seule école ;
- Les répondants n’ayant noté que deux écoles, si les réponses sont manifestement aberrantes.
Exemple typique : un diplômé de l’école A, concurrente directe de l’école B, qui attribue 10 à A, 0 à B, et ne note aucune autre école. Ce type de comportement, très polarisé et limité à un duel, est considéré comme non exploitable et supprimé. En revanche, un répondant qui n’aurait noté que les écoles A, B et C à 8/10 sans noter aucune autre école, justifiant ce choix par la limitation de son périmètre de recrutement dans le cadre de son activité à ces trois écoles, est conservé.
Étape 3 : nettoyage complémentaire
Un second niveau de nettoyage affine la base et élimine des profils dont le comportement statistique est instable ou peu crédible.
Sont supprimés :
a) Répondants à moyenne extrêmement basse et étendue très grande
Par exemple, un répondant qui attribue 10 à une école et 0 à presque toutes les autres, avec une moyenne globale inférieure à 2, est exclu. Ce type de profil traduit davantage une volonté de sanction que d’évaluation réelle.
b) Répondants à écart-type nul ayant noté très peu d’écoles au cas par cas
Les répondants qui attribuent exactement la même note à 2 ou 3 écoles seulement (écart-type nul) sont supprimés, car leur contribution n’apporte aucune discrimination exploitable à moins d’en avoir clairement manifesté le rationnel lors d’une confirmation téléphonique.
c) Répondants dont l’identité ne peut être confirmée avec certitude
Tout répondant pour lequel l’identité et la véracité du profil professionnel ne peuvent être établies de manière certaine est supprimé. Des vérifications sont réalisées à partir d’éléments objectifs (par exemple, données de contact professionnelles, fonctions occupées, cohérence des informations), dans le strict respect du RGPD. En cas de doute, le répondant est retiré.
d) Répondants trop peu expérimentés
Comme indiqué plus haut, tous les répondants présentant moins de deux ans d’ancienneté professionnelle sont supprimés. Le classement se veut un miroir de la perception de professionnels installés.
Étape 4 : correction des alumni
Les alumni des écoles classées constituent une source potentielle de biais : tendance à surnoter leur propre école, à sous-noter certaines concurrentes, ou à appliquer des consignes informelles reçues.
La méthodologie intègre une correction alumni spécifique, dont les paramètres détaillés ne sont pas rendus publics pour préserver la sécurité du dispositif.
Les grands principes sont les suivants :
- Un alumni d’une école ne peut pas, dans les faits, améliorer la position de son établissement en la surnotant ou en sous-notant une ou plusieurs de ses concurrentes ;
- Toute réponse ou série de réponses qui trahit un biais manifeste – même infime – en faveur de l’école d’origine ou contre une école concurrente est corrigée ou neutralisée ;
- De ce fait, toute influence et préférence naturelle, ou consigne de vote ou stratégie de mobilisation d’un réseau d’alumni ou professionnel est sans effet sur le classement.
Il est déterminant de préciser que :
- 80% environ du panel n’est pas alumni de l’une des 23 écoles classées. Les alumni sont donc largement minoritaires.
- Après cette correction, le nombre d’alumni d’une école parmi les répondants n’a aucune influence sur sa position. Une école A qui compte 5 alumni répondant dans le panel n’est ni favorisée ni pénalisée par rapport à une école B qui en compterait 20 ou 30.
Étape 5 : traitement des notes extrêmes
Une fois la base nettoyée et les corrections alumni appliquées, les notes extrêmes sont traitées pour stabiliser encore davantage l’indicateur.
Pour chaque école, les 2% de notes les plus extrêmes (en bas et en haut de la distribution) sont supprimées. Ce « trimming » vise à corriger la sévérité et limiter l’impact de quelques réponses excessivement positives ou négatives qui pourraient déformer artificiellement la moyenne.
Calcul du Score NextEdu
Le Score NextEdu est ensuite calculé à partir de la moyenne des notes restantes. Il est exprimé en pourcentage, ce qui permet de comparer les écoles de manière directe et lisible.
Deux écoles sont considérées comme à égalité si l’écart entre leurs scores est inférieur à 0,1 point de pourcentage.
Mesures de sécurité et impossibilité d’influencer le classement
Pour préserver l’intégrité du classement et sa reproductibilité dans le temps, la méthodologie intègre plus d’une dizaine de mesures de sécurité, dont une partie reste volontairement confidentielle.
Les grands principes peuvent toutefois être rappelés :
- Panels fermés : ni les écoles, ni leurs étudiants, ni leurs alumni ne peuvent s’inscrire librement aux panels OpinionWay et NextEdu utilisés pour le classement.
- Vérification systématique des profils : identité, fonction, ancienneté, cohérence des données sont vérifiées ; en cas de doute, les réponses sont supprimées. La totalité des 1004 profils de répondants ont été vérifiés manuellement.
- Nettoyages successifs : plusieurs filtres statistiques retirent les comportements aberrants, les profils hyper-polarisés, etc.
- Correction des alumni : les réponses d’anciens élèves ne peuvent pas infléchir la position de leur école, et les écarts de nombre d’alumni de chaque école répondants dans le panel n’ont aucun impact.
- Traitement des extrêmes : suppression des notes les plus extrêmes pour stabiliser les scores.
- Impossibilité de répondre avec de faux profils, ou d’apporter plusieurs réponses par répondant.
Comment interpréter le Score NextEdu ?
Le Score NextEdu ne mesure ni la qualité pédagogique, ni la richesse de la vie associative, ni le nombre de doubles diplômes, ni le niveau de salaire à la sortie. Il mesure un phénomène spécifique : la réputation globale de chacune des 23 écoles dans l’esprit de décideurs économiques expérimentés.
Quelques points importants d’interprétation :
- Toutes les écoles classées appartiennent déjà aux meilleures écoles de commerce françaises ;
- Un score plus élevé traduit un niveau de recommandation et de confiance plus fort, tel qu’exprimé par les dirigeants, DRH et cadres supérieurs interrogés. Il s’agit d’un baromètre de marché, sur un panel spécifique et sur une répartition sectorielle et géographique spécifiques. Un classement ne doit jamais être utilisé comme indicateur absolu dans le cadre du choix d’une école et ne pourra jamais résumer à un simple score la richesse des opportunités proposées par les établissements classés ;
- Le classement est amené à être réédité annuellement : les trajectoires (progressions, stagnations, reculs) sur plusieurs années seront essentielles pour analyser la dynamique de réputation.
FAQ
Comment les biais personnels des répondants sont-ils corrigés ?
Le classement a justement pour objet de refléter la perception des professionnels, avec leurs biais réels, dès lors qu’ils influencent le marché de l’emploi et qu’ils sont ceux qui recrutent in fine les diplômés.
Les biais individuels « naturels » (préférences, expériences, représentations) ne sont donc pas effacés. Ce qui est corrigé ou neutralisé :
- Les comportements manifestement aberrants (notes extrêmes systématiques, réponses incohérentes, temps de réponse au 23 questions de quelques secondes, etc.) ;
- Les effets de stratégie (surnotation de son école d’origine pour un alumni, sous-notation ciblée d’une concurrente, etc.) ;
- Les réponses provenant de profils non vérifiés ou insuffisamment expérimentés.
L’objectif est de conserver des biais « authentiques » de perception du marché, tout en éliminant les tentatives de manipulation ou les comportements statistiques inutilisables.
Peut-on tricher ou influencer le classement ?
Non.
Les écoles ne peuvent pas accéder aux panels utilisés, ni y inscrire librement leurs réseaux. Les alumni ne peuvent pas faire monter artificiellement la note de leur école. Les comportements anormaux ou trop polarisés sont détectés et supprimés.
Les mesures de sécurité (panels fermés, vérification des identités, nettoyages successifs, correction alumni, trimming des extrêmes, etc.) rendent impossible une influence sur le classement.
La seule influence possible consiste à améliorer sur le temps long sa réputation auprès des décideurs économiques !
Pourquoi la totalité des mesures de sécurité n’est-elle pas publiée ?
Pour garantir la robustesse du dispositif dans le temps. Certaines règles de détection et de neutralisation des comportements anormaux doivent rester confidentielles afin d’éviter qu’elles ne soient contournées lors de futures éditions.
Un répondant qui ne connaît pas une école la pénalise-t-il ?
Non. S’il n’a pas d’avis, le répondant peut laisser la case vide. Cela ne se traduit ni par une note basse, ni par une sanction implicite. Seules les notes effectivement attribuées sont prises en compte dans le calcul des scores.
Quel est le poids respectif d’OpinionWay et de NextEdu ?
Les 602 répondants OpinionWay forment la base représentative, garantissant un ancrage solide dans le tissu économique français. Les 402 répondants NextEdu viennent densifier et affiner cette base, notamment dans les secteurs clés pour les diplômés de grandes écoles (conseil, finance, marketing, etc.).
Les notes de l’ensemble des répondants sont consolidées dans une base unique avant calcul des scores.
Pourquoi ne pas distinguer les programmes (PGE, bachelor, etc.) ?
Parce que l’objectif du classement est de mesurer la réputation de la marque école dans sa globalité. Le classement mesure donc la réputation globale de la marque « école » auprès des décideurs interrogés.
Si ce classement ne classe que les 23 écoles recrutant des étudiants préparationnaires, sa portée est plus importante : les répondants n’étaient pas invités à noter uniquement le Programme Grande Ecole (intégré par les étudiants en sortie de classe préparatoire), mais bien la réputation de l’école dans son ensemble !
Répartition sectorielle des répondants
- Autres services (conseil, bureaux d’études, etc.) : Poids 38%, CGE 39%
- Commerce & Grande consommation : Poids 19%, CGE 11%
- Industries : Poids 16%, CGE 18%
- Activités financières et d’assurance : Poids 11%, CGE 16%
- Transport et entreposage : Poids 5%, CGE 5%
- Information et communication : Poids 4%, CGE 2%
- Hébergement et restauration : Poids 3%, CGE 2%
- Activités immobilières : Poids 2%, CGE 2%
- Construction : Poids 1%, CGE 2%
- Enseignements, santé humaine et action sociale : Poids 1%, CGE 2%
Eléments de légende :
- Répartition sectorielle des répondants OpinionWay et NextEdu consolidés
- Poids = poids d’une catégorie dans le panel final
- CGE = poids de cette même catégorie dans l’enquête insertion CGE 2025, qui mesure la répartition des secteurs d’activité des diplômés des grandes écoles de commerce.