Le sujet d’ESH ESCP/SKEMA 2026 est à consulter sur cette page. Il tombe le lundi 27 avril 2026 de 8 h à 12 h pour les candidats ECG du parcours ESH.
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La BCE explique que cette épreuve vise tout particulièrement à déceler, au travers d’un exercice de dissertation, les capacités de synthèse, de raisonnement, d’argumentation et de formalisation. C’est une épreuve charnière pour beaucoup de candidats, car elle exige un devoir très tenu, avec un plan clair, des références précises et une vraie continuité argumentative du début à la fin.
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Le sujet d’ESH ESCP 2026
« Y a-t-il une limite à l’endettement public ? »
Analyse du sujet
La forme. Question directe, fermée en apparence (oui/non), mais dont la structure grammaticale interdit toute réponse simple. Le « y a-t-il » interroge l’existence même d’une limite, pas sa localisation ni sa quantification. Le candidat n’est pas invité à dire où se situe la limite, mais à examiner si elle existe, ce qui déplace le sujet du terrain technique vers le terrain conceptuel. C’est une question d’économie politique au sens noble, pas un exercice de politique budgétaire.
« Une limite ». L’article indéfini est décisif. Le sujet ne dit pas « la limite », qui supposerait qu’elle existe et demanderait simplement de la caractériser. Il dit « une limite », ce qui ouvre la possibilité qu’il n’y en ait aucune, ou qu’il y en ait plusieurs de natures différentes. Le candidat doit donc cartographier les types de limites envisageables : limite économique (un seuil au-delà duquel la dette devient insoutenable), limite financière (le point où les marchés cessent de prêter), limite politique (le moment où l’opinion publique ou les institutions refusent l’endettement supplémentaire), limite morale (la question intergénérationnelle, le droit d’engager les générations futures). Chacune de ces limites obéit à une logique différente et aucune ne se réduit aux autres.
« L’endettement public ». Il faut distinguer immédiatement entre la dette publique comme stock (le montant accumulé, mesuré en pourcentage du PIB) et l’endettement comme processus dynamique, comme flux, comme mécanisme récurrent de financement de l’action publique. Le sujet dit « l’endettement », pas « la dette » : c’est le processus qui est interrogé, pas seulement le résultat. Cette nuance oriente vers une réflexion sur la logique même du recours à l’emprunt par la puissance publique, pas simplement sur un chiffre.
La tension fondamentale. Elle repose sur un paradoxe empirique massif : les seuils d’endettement considérés comme « limites » n’ont cessé d’être franchis sans que les catastrophes annoncées ne se produisent systématiquement. Le critère de Maastricht fixait 60 % du PIB en 1992, la France dépasse aujourd’hui les 110 %, le Japon navigue au-delà de 250 %, et pourtant ces États continuent d’emprunter. Reinhart et Rogoff avaient cru identifier un seuil critique à 90 % du PIB dans This Time Is Different (2009), avant que leur méthodologie ne soit sévèrement contestée (l’affaire Herndon-Ash-Pollin de 2013). Chaque « limite » proclamée a été dépassée, ce qui alimente l’idée qu’il n’en existe peut-être aucune. Mais cette conclusion est elle-même dangereuse : ce n’est pas parce qu’un seuil n’a pas encore été atteint qu’il n’existe pas. Le candidat doit naviguer entre le catastrophisme (il y a une limite absolue et nous y courons) et l’insouciance (il n’y a pas de limite, endettons-nous sans fin).
Les directions analytiques
La première est keynésienne. Dans le cadre de la pensée keynésienne, l’endettement public n’a pas de limite fixe parce qu’il dépend du contexte macroéconomique. En période de récession, quand les taux d’intérêt sont bas et la demande privée insuffisante, l’endettement public est non seulement soutenable mais souhaitable : c’est le multiplicateur budgétaire. La limite n’est pas un chiffre mais une situation : elle apparaît quand l’emprunt public évince l’investissement privé (effet d’éviction), quand il génère de l’inflation incontrôlable, ou quand il cesse de produire de la croissance. Krugman, Blanchard (son discours présidentiel à l’AEA en 2019 sur la soutenabilité de la dette quand r < g) sont les références contemporaines de cette ligne.
La deuxième est ricardienne et néoclassique. L’équivalence ricardienne (Barro, 1974) suggère que l’endettement public est neutre parce que les agents rationnels anticipent les impôts futurs nécessaires au remboursement et ajustent leur épargne en conséquence. Dans ce cadre, la dette n’a pas besoin de « limite » parce qu’elle n’a pas d’effet réel. Mais cette théorie repose sur des hypothèses héroïques (rationalité parfaite, horizon infini des agents, marchés de capitaux parfaits) que la réalité dément largement. Le candidat peut l’invoquer mais doit en montrer les fragilités.
La troisième direction est celle de la souveraineté monétaire. La Modern Monetary Theory (MMT, portée par Kelton, Wray, Mosler) soutient qu’un État qui emprunte dans sa propre monnaie ne peut techniquement pas faire défaut, puisqu’il peut toujours créer la monnaie nécessaire au remboursement. La seule limite, dans ce cadre, est l’inflation, pas le ratio d’endettement. Cette position est intellectuellement stimulante mais controversée, et le candidat doit la présenter sans la caricaturer ni l’adopter sans recul. Elle s’applique de manière très différente selon qu’on parle des États-Unis (qui émettent la monnaie de réserve mondiale) ou d’un pays émergent endetté en dollars.
La quatrième direction est politique et institutionnelle. La limite à l’endettement n’est peut-être ni économique ni financière mais politique. Les règles budgétaires européennes (Pacte de stabilité, « frein à l’endettement » allemand inscrit dans la Loi fondamentale) sont des limites conventionnelles, décidées politiquement, dont l’existence même prouve que la société estime avoir besoin de se contraindre. La question devient alors celle de la crédibilité des engagements : une règle budgétaire qu’on suspend à chaque crise (et c’est exactement ce qui s’est passé avec le Pacte de stabilité en 2020) est-elle encore une limite ?
Le piège principal. Il est de transformer le devoir en exposé technique sur les ratios de dette et les conditions de soutenabilité. Le correcteur d’ESH attend de la pensée économique articulée à de la réflexion politique et philosophique, pas un cours de finances publiques. La question « y a-t-il une limite » est fondamentalement une question sur la finitude : l’action publique est-elle bornée par des contraintes indépassables, ou bien la puissance souveraine peut-elle repousser indéfiniment les murs ? C’est une question qui renvoie à la nature même de l’État et de sa capacité à engager l’avenir.
Le contre-argument à ne pas manquer. Même si l’on admet qu’aucune limite technique absolue n’existe, il reste que l’endettement a un coût d’opportunité : chaque euro consacré au service de la dette est un euro qui n’est pas consacré à l’investissement, à l’éducation, à la transition écologique. La limite, dans ce cas, n’est pas un mur contre lequel on s’écrase mais une pente douce de dégradation, une érosion progressive des marges de manœuvre budgétaires. La limite n’est pas un seuil mais un processus.
Un plan possible. (I) L’histoire économique récente suggère qu’il n’existe pas de seuil absolu d’endettement public : la limite proclamée a été franchie sans effondrement, et la soutenabilité dépend de variables contextuelles (taux d’intérêt, croissance, structure de la dette, souveraineté monétaire). (II) Cependant, l’absence de seuil fixe ne signifie pas l’absence de contrainte : les limites existent mais sont mouvantes, politiques autant qu’économiques, et se manifestent par des crises de confiance, des spirales de taux, ou des pertes de souveraineté (Grèce 2010-2015). (III) Il n’existe donc pas une limite, mais des limites, et elles sont peut-être démocratique et intergénérationnelle : tiennent à la capacité d’une société à assumer collectivement les choix que l’endettement implique, ce qui renvoie la question économique à une question de philosophie politique.
En somme. Un sujet parfaitement calibré pour l’ESH : il part d’une question apparemment technique pour ouvrir sur des enjeux théoriques profonds. Le candidat qui reste dans la mécanique budgétaire passera à côté. Celui qui problématise la notion même de « limite » en montrant qu’elle est à la fois économique, politique, institutionnelle et morale produira un devoir solide si le reste de la copie suit.
Bon à savoir
En janvier 2026, L’Express Education publiait pour la première fois en France le classement des écoles de commerce selon l’avis des Dirigeants français.












