À la rentrée 2026/2027, Grenoble École de Management accélère son déploiement international avec deux nouvelles implantations, tout en généralisant une pédagogie fondée sur l’immersion, l’intelligence artificielle et l’exposition aux grands écosystèmes économiques.
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À l’automne 2026, Grenoble École de Management change d’échelle. L’école, engagée dans le déploiement de son plan stratégique EAGLE 2030, annonce l’ouverture d’un campus à Dubaï, au sein d’Academic City, et le lancement d’un hub à Londres, sur le campus Republic, à proximité de Canary Wharf. Deux implantations qui disent beaucoup de la trajectoire choisie par l’établissement : sortir d’un modèle centré sur ses bases françaises pour s’installer au plus près des nouveaux centres de gravité académiques, financiers et technologiques.
Ce mouvement s’accompagne d’une refonte plus large de l’expérience étudiante. GEM ne présente pas seulement une extension géographique, mais une transformation de son modèle de formation. À Grenoble comme à Paris, l’école généralise son « voyage pédagogique », une architecture 60/20/20 articulant présentiel, distanciel et expériences de terrain. En parallèle, elle intègre l’intelligence artificielle à toutes les étapes du parcours, de l’orientation à l’insertion professionnelle, avec l’ambition assumée de former des profils capables d’évoluer dans des environnements incertains, hybrides et très technologiques.
« GEM change d’échelle », résume sa directrice générale Fouziya Bouzerda. L’expression vaut à la fois pour son expansion hors de France et pour l’élargissement de son périmètre pédagogique, désormais structuré autour de trois priorités : l’immersion, l’IA et l’international.
Dubaï et Londres, deux points d’appui pour une école plus globale
Le campus de Dubaï doit ouvrir dès septembre 2026. Installé dans Academic City, pôle déjà bien identifié de l’enseignement supérieur dans l’émirat, il est conçu pour accueillir à terme jusqu’à 2 000 étudiants. L’offre annoncée couvre plusieurs des domaines que GEM met en avant dans sa stratégie, notamment le management international, la data, l’intelligence artificielle et le marketing digital. L’école compte aussi y développer des formats hybrides, mêlant enseignement en ligne et périodes d’immersion sur place, dans une région où elle dit pouvoir s’appuyer sur un réseau alumni déjà implanté dans les grandes entreprises locales.
À Londres, GEM choisit une logique plus légère mais très ciblée. Son hub, installé à Republic, doit d’abord servir de point d’ancrage au MSc Finance & Investment Banking. Les étudiants de ce programme pourront y effectuer un semestre, en alternative ou en complément du semestre déjà proposé à Singapour. L’idée est claire : rapprocher la formation des lieux où se concentrent les métiers de la finance, du conseil et des services professionnels. Le site londonien doit aussi accueillir des formats courts, learning expeditions, bootcamps, modules intensifs, tout en servant de base à l’animation du réseau de diplômés.
Ces deux ouvertures ne sont pas présentées comme un aboutissement, mais comme une première étape. Des projets sont déjà évoqués en Chine d’ici à la fin 2026, puis au Canada à horizon 2027. Dans le même temps, GEM continue d’étoffer son maillage académique international. L’école met en avant plus de cinquante nouveaux partenariats conclus depuis le lancement d’EAGLE 2030, avec des institutions comme Stanford, le MIT, Oxford ou le Politecnico di Milano. Certains débouchent sur de nouveaux parcours d’excellence, d’autres sur des contenus pédagogiques ou des mobilités à forte valeur ajoutée. À Paris, cette dynamique se traduit aussi par l’ouverture d’un International BBA à la rentrée de septembre 2026.
Derrière cette stratégie, l’école assume une lecture géopolitique du marché de l’enseignement supérieur. « Notre stratégie internationale repose sur une conviction simple : former des étudiants capables de comprendre les dynamiques globales tout en agissant dans des environnements locaux complexes », explique Dana Brown, directrice des partenariats internationaux et entreprises de GEM. Le choix de Dubaï et Londres répond à cette logique : se positionner dans des écosystèmes déjà connectés aux flux internationaux de capitaux, de talents et d’innovation.
Le terrain comme salle de classe, avec l’IA en renfort
L’autre axe majeur de cette rentrée tient à la généralisation du voyage pédagogique. Depuis la rentrée 2025, ce dispositif concerne l’ensemble des étudiants de première année du Programme Grande École et tous les nouveaux entrants en MSc, soit plus de 1 200 étudiants répartis entre Grenoble et Paris. Plus de 70 expériences ont été organisées sur l’année 2025/2026, en lien avec une trentaine d’entreprises et d’organisations partenaires. La logique consiste à déplacer l’apprentissage hors du strict cadre de la salle de cours et à confronter les étudiants à des situations réelles, directement issues des entreprises et des territoires.
Avec POMA et Bike Solutions, les étudiants ont travaillé sur de nouveaux usages touristiques pour des fronts de neige fragilisés par le changement climatique. Avec SUEZ, ils ont exploré des modèles de financement de l’eau durable. Avec Ubisoft, ils ont planché sur l’amélioration des espaces de travail collaboratifs. D’autres ont été plongés, avec l’ANENA, dans des exercices de gestion du risque en montagne à la Croix de Chamrousse. À cela s’ajoutent des temps d’exposition à des événements comme Tech&Fest, à Grenoble, ou Mountain Planet, rendez-vous international des acteurs de la montagne et de l’aménagement des territoires.
Cette pédagogie expérientielle s’appuie aussi sur les infrastructures technologiques de l’école. Le XR Lab permet de simuler des situations complexes à travers une cinquantaine de scénarios, et a déjà servi à former environ 2 000 étudiants. L’objectif n’est pas d’ajouter un vernis technologique à l’enseignement, mais de créer des situations de décision proches du réel, notamment sur des terrains comme la montagne, la transition environnementale ou les organisations du travail. « Ces projets offrent aux étudiants une immersion concrète dans des situations réelles », souligne Philippe Monin, directeur académique de GEM.
L’intelligence artificielle s’inscrit dans ce même continuum. GEM explique l’intégrer désormais à toutes les étapes du parcours étudiant. Des assistants conversationnels sont mobilisés pour l’orientation, l’IA générative entre dans les pratiques d’apprentissage, Microsoft Copilot est déployé à l’échelle de l’école, et un assistant pédagogique adossé à Moodle doit permettre aux étudiants de réviser et de s’entraîner à partir de contenus structurés par les enseignants. Une première phase de recherche exploratoire a par ailleurs été conduite début 2026 auprès d’une cinquantaine d’étudiants pour analyser, à partir de données cognitives non invasives, certains mécanismes d’apprentissage comme l’attention, l’engagement ou la fatigue.
Ce virage est renforcé par l’écosystème grenoblois dans lequel l’école évolue. Membre fondateur de GIANT, et seule business school présente dans cet environnement, GEM fait de cet ancrage un argument central. Elle s’y positionne comme interface entre recherche, industrie et management. Ce rôle est aussi soutenu par les projets européens DIGI-ME et UPRAISE, financés par le programme Digital Europe, qui représentent près de 2 millions d’euros de financements et font de GEM, selon l’école, la seule business school française engagée comme partenaire à part entière dans ce dispositif.
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Géopolitique, leadership et égalité : un périmètre de formation élargi
Cette rentrée 2026/2027 ne se limite pas à l’international et au numérique. GEM veut aussi afficher un positionnement plus net sur les enjeux géopolitiques, de souveraineté et d’engagement. L’école revendique d’être la première business school à proposer un Cycle Jeunes IHEDN. La 161e édition, accueillie en mars 2026, a réuni 72 jeunes de 20 à 30 ans, dont une vingtaine d’étudiants de GEM, autour des enjeux de défense, de sécurité et de citoyenneté. L’établissement a également signé un partenariat avec la Garde nationale et entend inscrire durablement ces sujets dans son offre et dans son identité.
Le rendez-vous des Géopolitiques de Grenoble participe de cette même orientation. Lancé en novembre 2025 avec l’IRIS, l’événement a réuni plus de 1 800 participants, en ligne et en présentiel, lors de sa première édition. La prochaine, prévue en novembre 2026, doit changer d’échelle avec douze tables rondes, dont plusieurs spécifiquement orientées vers les classes préparatoires. Pour Mourad Chabbi, enseignant-chercheur et expert en géopolitique à GEM, « comprendre les enjeux géopolitiques n’est plus une option pour les managers ».
Sur un autre registre, l’école fait de l’égalité femmes-hommes sa grande cause annuelle pour l’année 2026/2027. Cette orientation se traduit par des partenariats avec l’International Women’s Forum et l’Institut Aspen France. Le programme LIFT, lancé en mars 2026 à Paris avec le soutien de Natixis, associe dans un même dispositif une étudiante de GEM, une lycéenne du territoire grenoblois et une dirigeante du réseau IWF. D’autres étudiantes intègrent le cycle « Femmes d’Aspen », pensé comme un espace de réflexion, de mentorat et de montée en responsabilité. Ici encore, GEM élargit le périmètre de ce qu’elle considère comme de la formation : non plus seulement transmettre des savoirs, mais construire des trajectoires, des réseaux et des capacités d’action.
Ouvrir à Dubaï, s’ancrer à Londres, renforcer les mobilités, adosser l’enseignement au terrain, intégrer l’IA, investir la géopolitique et les enjeux d’égalité : l’ensemble compose un positionnement assumé et ambitieux. Au-delà des classements et des accréditations, la compétition de l’enseignement supérieur se joue aussi sur la capacité à proposer une expérience cohérente avec les transformations du monde auxquelles les établissements prétendent préparer.












