Le sujet de culture générale Excelia 2026 est disponible sur cette page. Cette seconde dissertation de culture générale ECT est prévue le vendredi 24 avril 2026 de 8 h à 12 h.
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Comme l’autre dissertation de culture générale de la voie technologique, elle s’inscrit dans le thème annuel « Juger » et demande de mobiliser les acquis des deux années de prépa. Dans la logique BCE, ce type d’épreuve valorise moins une récitation de cours qu’une réflexion critique claire, une bonne tenue de langue et une capacité à organiser les références autour d’un vrai raisonnement.
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Le sujet de Culture générale Excelia 2026
Sujet 1 : Juger, est-ce un acte de courage ?
Sujet 2 : Commentez la citation suivante : “J’ai personnellement plus de plaisir à comprendre les hommes qu’à les juger.”
Bon à savoir
En janvier 2026, L’Express Education publiait pour la première fois en France le classement des écoles de commerce selon l’avis des Dirigeants français.
Sujet 1 : Analyse de la Culture générale (CG) Excelia 2026
“Juger, est-ce un acte de courage ?”
Analyse des termes
C’est un sujet interrogatif direct, classique dans sa construction, qui a le mérite de la clarté. La problématique est déjà donnée. La question est fermée en apparence (oui ou non), mais ouverte en réalité, car elle suppose que le candidat dépasse l’alternative binaire pour interroger les conditions sous lesquelles juger relève ou non du courage. La virgule après « Juger » isole l’infinitif et le met en relief : on pose d’abord l’acte, puis on l’interroge. C’est une structure en deux temps qui invite le candidat à d’abord définir ce que signifie juger avant de se demander si cela requiert du courage.
Le mot « acte ». Il mérite qu’on s’y arrête. Parler d’un « acte », c’est inscrire le jugement dans le registre de l’action volontaire, délibérée, engagée. Ce n’est pas anodin. Le jugement est souvent pensé comme une opération mentale, une activité de l’esprit, quelque chose qui se produit presque malgré nous (on juge spontanément, instinctivement, sans toujours le vouloir). En le qualifiant d’« acte », le sujet force un déplacement : juger n’est plus seulement penser, c’est faire. Et si c’est faire, alors cela engage une responsabilité, un risque, une exposition, ce qui ouvre précisément la porte au courage.
Le « courage ». C’est le concept qu’il faut travailler avec le plus de rigueur, parce que c’est lui qui porte la tension du sujet. Le courage suppose trois éléments : la conscience d’un danger ou d’un coût, la possibilité de se dérober, et le choix délibéré de ne pas le faire. Si juger est un acte de courage, cela signifie que juger expose celui qui juge à quelque chose de menaçant, et qu’il serait plus confortable de s’abstenir. La question devient alors : à quoi s’expose-t-on quand on juge ? Au conflit avec autrui, à l’erreur, à l’impopularité, à la solitude de celui qui tranche.
Mais il faut aussi interroger les formes dégradées du courage. Le courage peut basculer dans la témérité (juger sans précaution, sans compétence, sans légitimité), et il peut être confondu avec l’arrogance (juger en se croyant supérieur à ce qu’on juge). Tout jugement n’est pas courageux : le jugement conformiste, le jugement grégaire, le jugement qui suit l’opinion dominante ne coûte rien et ne risque rien. Le sujet demande donc implicitement de distinguer les jugements qui exigent du courage de ceux qui n’en exigent pas.
Les directions philosophiques
La première direction est politique. Juger le pouvoir, juger un régime, juger une institution, c’est s’exposer à la répression, à l’exclusion, à la persécution. Zola et le « J’accuse » sont l’illustration canonique du jugement comme acte de courage civique. Le lanceur d’alerte contemporain se situe dans la même lignée. Ici, le courage est incontestable parce que le coût est mesurable : on risque sa carrière, sa liberté, parfois sa vie.
La deuxième direction est morale et existentielle. Juger, c’est sortir de l’indifférence, refuser le confort du relativisme. Arendt et la « banalité du mal » montrent précisément ce qui arrive quand on renonce à juger par manque de courage intellectuel : Eichmann ne juge pas, il obéit, il se réfugie dans la non-pensée. Le courage de juger, ici, c’est le courage de penser par soi-même, ce que Kant appelle la sortie de la minorité dans Qu’est-ce que les Lumières ?. Le « Sapere aude » est un appel au courage du jugement.
La troisième direction est celle du jugement esthétique. Affirmer publiquement un goût, défendre une œuvre méprisée ou attaquer une œuvre célébrée, cela demande une forme de courage, certes moins dramatique que le courage politique, mais réelle. Bourdieu montrerait que le jugement esthétique est le lieu d’une violence sociale feutrée, et que juger « à contre-courant » du goût légitime expose à la disqualification.
Analyse du sujet
Le piège principal. Il faut absolument envisager que juger n’est pas toujours courageux, et peut même être le contraire du courage : juger depuis une position de pouvoir, juger celui qui ne peut pas se défendre, juger anonymement (les réseaux sociaux, la rumeur), c’est parfois de la lâcheté déguisée en exercice critique. Le juge qui condamne un faible depuis son tribunal n’accomplit pas nécessairement un acte de courage. Le courage n’est pas dans le jugement lui-même mais dans les conditions dans lesquelles il s’exerce.
Le contre-argument décisif. On peut retourner le sujet : parfois, le vrai courage consiste précisément à ne pas juger. Suspendre son jugement devant une situation qu’on ne comprend pas, reconnaître les limites de sa propre faculté de juger, accepter l’incertitude plutôt que de trancher pour se donner l’illusion de la maîtrise, tout cela exige un courage au moins égal à celui de juger. Montaigne, Pyrrhon, la tradition sceptique tout entière suggèrent que la suspension du jugement est un effort, pas un abandon.
Les autres références. Aristote sur le courage comme vertu du juste milieu entre la témérité et la lâcheté (Éthique à Nicomaque). Kant et l’autonomie du jugement. Arendt, incontournable sur le lien entre jugement et responsabilité politique. Zola et l’affaire Dreyfus. Antigone de Sophocle, qui juge les lois de Créon injustes et accepte d’en payer le prix. Camus, Lettres à un ami allemand, sur la difficulté de juger en temps de guerre. Tocqueville sur la tyrannie de la majorité qui rend le jugement indépendant périlleux en démocratie.
Un plan possible. (I) Juger peut être un acte de courage quand il expose celui qui juge au conflit, à l’erreur ou à l’isolement, c’est-à-dire quand il serait plus confortable de se taire. (II) Mais tout jugement n’est pas courageux : juger depuis le confort du nombre, de l’autorité ou de l’anonymat est parfois une forme de violence sans risque, voire de lâcheté. (III) Le courage authentique du jugement réside dans l’acceptation de sa propre faillibilité : juger en sachant qu’on peut se tromper, et assumer cette possibilité plutôt que de s’y dérober.
En somme. Le sujet est plus accessible que d’autres formulations possibles du thème, mais cette accessibilité est elle-même un piège. Le candidat qui se contente de répondre « oui, juger c’est courageux » sans jamais problématiser la notion de courage ni interroger les formes lâches du jugement produira un devoir plat. La difficulté réelle est de maintenir la tension entre les cas où juger est effectivement courageux et ceux où il ne l’est pas, sans jamais dissoudre cette tension dans une réponse univoque.
Sujet 2 : Analyse de la Culture générale (CG) Excelia 2026
« J’ai personnellement plus de plaisir à comprendre les hommes qu’à les juger. »
Analyse du sujet
C’est un sujet de commentaire de citation, mais cela n’impose pas une méthode différente de la dissertation pure. Le candidat ne absolument pas à la fois rendre justice à la pensée de l’auteur (exercice d’explication) et la soumettre à un examen critique (exercice de discussion). On doit oublier cela pour immédiatement disserter librement sur le thème. De plus, k’auteur absent (il s’agit de Stefan Zweig), prive le candidat d’un ancrage contextuel.
Le « personnellement ». C’est un mot qui pourrait sembler anodin mais qui est en réalité stratégique. En disant « personnellement », l’auteur inscrit son propos dans le registre de la confidence subjective, pas de la thèse universelle. Zweig ne dit pas « il vaut mieux comprendre que juger », il dit « moi, je préfère ». Cette modestie apparente désarme la critique : comment contester un goût personnel ? Mais c’est précisément cette fausse modestie qu’il faut déconstruire. En réalité, derrière le « personnellement » se cache une position philosophique forte sur la hiérarchie entre comprendre et juger, et c’est cette position que le candidat doit extraire et examiner.
Le « plaisir ». Le mot est surprenant et fondamental. L’auteur ne dit pas que comprendre est plus juste, plus utile, plus moral que juger. Il dit que c’est plus plaisant. Le critère n’est ni épistémologique ni éthique, il est hédonique. Comprendre procure une jouissance intellectuelle que juger ne donne pas, ou donne moins. Pourquoi ? Peut-être parce que comprendre est un mouvement d’ouverture, d’exploration, de curiosité, tandis que juger est un mouvement de clôture, de verdict, qui met fin à l’enquête. Le plaisir de comprendre serait lié à la prolongation indéfinie de l’attention portée à l’objet, là où le jugement coupe court. Mais on peut objecter que juger procure aussi un plaisir, et un plaisir puissant : le plaisir de trancher, de classer, de dominer symboliquement, le plaisir que La Rochefoucauld identifie dans l’amour-propre satisfait de celui qui distribue les bons et les mauvais points.
L’opposition comprendre/juger. C’est l’axe central de la citation. L’auteur présente les deux comme des alternatives, voire des activités concurrentes. Comprendre plutôt que juger. Mais cette opposition est-elle légitime ? Plusieurs objections se présentent.
Les pistes philosophiques
Premièrement, comprendre peut être une condition préalable du jugement et non son contraire. On juge mieux quand on a compris. Séparer les deux, c’est peut-être construire un faux dilemme.
Deuxièmement, comprendre sans jamais juger peut devenir une forme de complaisance, voire de complicité. Tout comprendre, c’est tout pardonner, dit le proverbe, et cette maxime a été reprochée à une certaine tradition humaniste qui, à force de comprendre les bourreaux, finissait par dissoudre leur responsabilité. La formule « comprendre n’est pas excuser » existe précisément parce que la confusion est fréquente et tentante.
Troisièmement, l’opposition peut être lue comme une opposition entre deux postures existentielles face à autrui : celle de l’écrivain, du romancier, du psychologue, qui cherche à entrer dans l’intériorité d’autrui (comprendre), et celle du moraliste, du juge, du citoyen, qui doit trancher et décider (juger). Puisque l’auteur est Zweig, cette lecture prend tout son sens : c’est un romancier qui parle, quelqu’un dont le métier est de comprendre les motivations humaines, pas de les sanctionner.
« Les hommes ». La citation parle des hommes, pas des idées, des œuvres ou des événements. C’est un détail qui oriente considérablement l’analyse. Comprendre les hommes, c’est comprendre des êtres singuliers, avec leur complexité psychologique, leurs contradictions, leur opacité. Juger les hommes, c’est les réduire à une évaluation, les figer dans une catégorie (bon, mauvais, coupable, innocent). L’objet du jugement et de la compréhension, ici, ce sont des personnes, ce qui place le sujet dans le registre de l’éthique interpersonnelle et non dans celui de l’épistémologie abstraite.
L’analyse globale du sujet
Le piège principal. Le candidat doit montrer que la préférence pour la compréhension n’est pas sans conséquences problématiques, et que le refus de juger peut être une démission éthique.
Les références. Spinoza est central : « Ne pas railler, ne pas déplorer, ne pas maudire, mais comprendre » (Traité politique). C’est la formulation philosophique la plus proche de l’esprit de la citation. Mais Spinoza ne dit pas que comprendre procure du plaisir, il dit que c’est la voie de la connaissance adéquate. Zweig lui-même, avec ses biographies empathiques (Fouché, Marie-Antoinette) qui cherchent à comprendre avant de juger. Dostoïevski, dont les personnages les plus monstrueux sont toujours compris de l’intérieur, jamais simplement condamnés. Levinas, en contrepoint, pour qui le visage d’autrui m’assigne à une responsabilité qui implique un jugement éthique, pas seulement une compréhension. Arendt, pour qui comprendre et juger ne sont pas des activités rivales mais complémentaires : comprendre le totalitarisme n’empêche pas de le juger, et le juger sans le comprendre produit des verdicts creux. Platon enfin, qui se distingue de son mentor sur la connaissance et la compréhension de la vérité, plutôt que sur le jugement que de suivre la voie de Socrate qui juge les sophistes.
Un plan possible. La citation exprime une vérité profonde : comprendre les hommes procure un plaisir intellectuel et humain que le jugement, par sa nature réductrice et péremptoire, ne peut offrir. (I) Cependant, le plaisir de comprendre peut devenir une forme de refus de la responsabilité : certaines situations exigent qu’on juge, et préférer comprendre par plaisir personnel, c’est parfois se soustraire à un devoir. (II) Le véritable enjeu n’est pas de choisir entre comprendre et juger, mais de penser leur articulation : un jugement éclairé par la compréhension, une compréhension qui n’interdit pas le jugement quand il est nécessaire.(III)
En somme. La citation est séduisante par son élégance et par la sympathie immédiate qu’elle suscite. Personne n’a envie de défendre le jugement contre la compréhension. C’est précisément ce confort initial que le candidat doit briser. Un bon devoir montrera que la préférence pour la compréhension, aussi noble soit-elle, repose sur des présupposés contestables (que comprendre et juger s’excluent, que le plaisir est un critère valide pour hiérarchiser des opérations intellectuelles, que l’abstention de jugement est toujours préférable à son exercice) et que la vraie difficulté est de comprendre et de juger, ce qui est infiniment plus exigeant que de se réfugier dans l’un ou l’autre.










