Les établissements d’enseignement supérieur sont de plus en plus nombreux à adopter ce type de contenu, particulièrement apprécié des Français. Mines Nancy, Sup de Luxe et l’IPSA nous expliquent ce choix.
On peut l’écouter n’importe où, n’importe quand. Au fil des années, le podcast, contenu audio et/ou vidéo, s’est fait une place de choix dans notre quotidien. Actualités, culture, sciences ou encore criminologie, une multitude d’épisodes fleurissent régulièrement sur diverses plateformes.
En janvier 2026, « Les Actus du Jour – HugoDécrypte » était le podcast français le plus téléchargé en France (2 223 377 fois), selon le classement de l’Alliance pour les chiffres de la presse et des médias (ACPM). « La dernière » (Radio Nova), et « L’Heure du Monde » (Le Monde) complétaient le podium, avec respectivement 1 924 100 et 1 344 974 téléchargements dans le pays.
L’enseignement supérieur s’est lui aussi emparé du phénomène. « Ingénieurs engagés », lancé par l’école des Mines de Nancy (Meurthe-et-Moselle) en octobre 2025, donne la parole à des élus locaux issus du secteur de l’ingénierie. Pendant une dizaine de minutes, ces femmes et hommes partagent leur expérience au micro de Ugo Petruzzi, lui-même diplômé de l’établissement (promo 2019), et formé en journalisme à l’ESJ Lille (Nord).
Analyses, anecdotes et conseils d’experts… Orientez-vous autrement avec notre podcast 20/20.
« Susciter des vocations »
« L’idée, c’est de montrer que l’ingénieur a sa place dans ce rôle-là, et peut-être de susciter quelques vocations, explique François Rousseau, directeur général de l’école. Dans la sphère politique, à l’Assemblée nationale par exemple, il y a très peu de personnes avec une formation scientifique, C’est dommage, parce que nous avons besoin d’experts sur des sujets techniques », estime-t-il.
« Notre démarche se fait en dehors de tout militantisme politique, tient à préciser Bertrand Flahaut, président de Mines Nancy Alumni. On est surtout là pour promouvoir l’engagement citoyen des ingénieurs. Avec les élections municipales qui approchaient, il nous paraissait important de montrer que la formation scientifique, son raisonnement, ses méthodes, pouvait tout à fait correspondre à ce qu’on attend d’un élu local ». Parmi les intervenants figurent notamment Anne-Claire Boux, adjointe à la maire de Paris, Valentin Lugenstrass, adjoint au maire de Lyon (Rhône), ou encore Philippe Laurent, maire de Sceaux (Hauts-de-Seine) et centralien.
Le format, lui, présente plusieurs avantages. « Le podcast audio est facile à produire et à diffuser. Le matériel nécessaire à l’enregistrement rentre dans un sac à dos, sachant que l’on se déplace dans plusieurs villes pour réaliser les entretiens », détaille Bertrand Flahaut. Le montage est ensuite assuré par l’association Empreintes Citoyennes, « dont l’objectif est de soutenir les projets en faveur de la citoyenneté à tous les niveaux en France ».
Un format « qui offre du temps »
Incarner grâce à l’image. Sup de Luxe, école de management du luxe à Paris, a opté pour le podcast vidéo. « On voulait proposer une expérience immersive faisant appel à tous les sens », indique Marta Marcheva, directrice exécutive. Un type de contenu « dans l’air du temps », ajoute-t-elle. Pour ce faire, l’Institut a été accompagné par une agence et une journaliste spécialisée.
Dans « Empreinte », des alumni racontent leur parcours et les coulisses de leur métier dans le luxe. « La notion de transmission y est très importante. C’est aussi l’occasion de faire découvrir des milieux peu connus, parfois intimidants. En 2025, l’école a lancé trois nouvelles spécialisations de son MBA : l’immobilier, l’automobile et le marché de la beauté. C’est à ce moment-là que s’est posée la question de la thématique du podcast. Ce choix s’est avéré très pertinent, car nous avons de très beaux parcours à raconter et ce format nous offre du temps », développe Marta Marcheva.
Lucie Coquereau, Partner chez Kretz Luxury Real Estate et diplômée de Sup de Luxe en 2013, a inauguré le projet fin novembre 2025. Dans un entretien de 20 minutes mené par Juliette Weiss, elle partage son expérience au sein de l’immobilier de prestige. Le marché de l’art, l’automobile de luxe et le sport business font partie des autres thèmes abordés dans les huit épisodes de cette première saison.

« Approfondir ses connaissances »
Dans un tout autre domaine, « The Cockpit by IPSA », podcast audio disponible depuis le 20 janvier 2026, plonge ses auditeurs au cœur des professions et des grands enjeux de l’aéronautique et du spatial. Chaque épisode d’environ une heure est animé par Anne-Ségolène Abscheidt, directrice générale de l’école d’ingénieurs, dont les campus sont situés à Paris, Toulouse (Haute-Garonne) et Lyon. Dirigeants industriels, experts, pilotes, ingénieurs, entrepreneurs ou étudiants relatent leur parcours et apportent leur éclairage sur les défis technologiques et les choix stratégiques du secteur, entre autres.
« C’est un décryptage, pas une vulgarisation, souligne Hadrien Lavielle, directeur adjoint au service communication de l’IPSA et coordinateur de ce projet. Il faut avoir quelques notions. On s’adresse à des personnes intéressées par l’aéronautique qui ont envie de gratter un peu sous la surface. Si cela permet de piquer encore plus la curiosité, d’approfondir ses connaissances, le job est rempli. Par exemple, quand on invite Frédéric Parisot, délégué général du GIFAS (Groupement des Industries Françaises Aéronautiques et Spatiales), on espère que les étudiants qui ne connaissent pas le GIFAS s’abonnent à leur newsletter, creusent le sujet ».
Pour la saison 1, l’IPSA a bénéficié d’un studio mis à disposition par l’incubateur du Crédit Agricole, le Village by CA. Mais l’école n’exclut pas d’internaliser une éventuelle saison 2. « Il faut que l’on s’équipe, pointe Hadrien Lavielle. En revanche, nous sommes en charge du choix des invités et de tout le travail éditorial ».

« On ne fait pas de publicité »
Le podcast permet-il de recruter de nouveaux candidats ? « On ne fait pas la publicité de Sup de Luxe, assure Marta Marcheva. Ce n’est pas du tout le brief communiqué à nos contributeurs, qui mentionnent naturellement leur apprentissage chez nous. On raconte le parcours d’une personne dans sa globalité, avec, à un moment donné, son passage à l’Institut et comment la formation a contribué à sa carrière ».
« Oui, l’IPSA est évoquée, mais ce n’est pas le choix éditorial, affirme également Hadrien Lavielle. On parle de nos programmes dans les dix dernières minutes, pour faire le lien avec la thématique ou avec nos étudiants. Un format publicitaire n’aurait pas touché les curieux. Le but est de faire du contenu d’expertise, exigeant. L’image de l’école est présente, mais ce n’est pas l’ambition première ».

















