Qu’ils soient étudiants ou professionnels en reconversion, les jeunes sont de plus en plus nombreux à s’intéresser aux domaines de l’agriculture et l’agroalimentaire. Quelles sont leurs motivations ? Témoignages.
« Quand on se retrouve avec des proches, lorsque l’on célèbre un évènement, qu’est-ce qu’on fait ? On partage un repas ». Après son baccalauréat, Jules, originaire d’Annecy (Haute-Savoie), a choisi de se tourner vers l’agroalimentaire. À 21 ans, il est en cinquième et dernière année de l’école d’ingénieurs ISARA, basée à Lyon (Rhône).
« Au lycée, j’étais surtout intéressé par les sciences du vivant. Lorsque je me suis renseigné sur les études supérieures, je me suis demandé ce qui était vraiment important. J’ai réalisé que la nourriture occupe une place centrale dans notre vie à tous, particulièrement en France », explique le jeune homme.
« Avoir un impact sur le monde qui nous entoure »
Les enjeux liés à l’alimentation sont nombreux, souligne Jules. « En suivant des formations dans ce secteur, notamment en devenant ingénieur agronome, on a vraiment l’impression de pouvoir agir, d’avoir un impact sur le monde qui nous entoure ».
L’étudiant, qui suit un parcours en double diplôme avec l’école Kedge Business School, à Marseille (Bouches-du-Rhône), s’est découvert un attrait particulier pour le commerce. « J’aimerais bien devenir Compte Clé dans une entreprise agroalimentaire, négocier avec des clients, ou découvrir le domaine des achats ». Un choix de carrière qui fait sens pour le jeune Annécien, soucieux du développement durable.
« Dans les achats par exemple, on évolue vers ce qu’on appelle les achats responsables. Les ingénieurs travaillent sur des solutions pour des matières premières plus respectueuses de l’environnement, et s’assurent que la traçabilité soit respectée », détaille Jules.
Maelle, elle aussi en fin de cursus à l’ISARA et suivant le même double diplôme, a choisi une autre spécialisation : l’élevage. Non issue du milieu agricole, tout comme son camarade, la Franc-Comtoise de 22 ans se destinait dans un premier temps à l’agroalimentaire. « Mon choix s’est affiné au fur et à mesure de mon cursus. Pendant les premières années, nous avons eu beaucoup de cours sur les bases agricoles, comme la biologie végétale ou la physiologie animale. J’ai réalisé que ça me plaisait énormément, ce qui m’a finalement fait changer d’avis ».
« Le sujet de l’environnement compte énormément pour moi »
Comme Jules, la jeune femme est sensible aux enjeux alimentaires, et plus largement environnementaux. « C’est un sujet qui compte énormément pour moi. On retrouve l’environnement dans tous les domaines d’approfondissement que l’on étudie à l’ISARA. C’est primordial », assure-t-elle.
Au niveau agricole, les étudiants « travaillent beaucoup sur des élevages plutôt extensifs, qui prennent en compte le bien-être animal ». « C’est important pour moi, mais aussi pour tous les jeunes de l’ISARA, d’avoir des élevages qui respectent l’environnement et les aliments ».
Si Maelle n’a pas encore une idée précise de son futur métier, elle souhaite s’orienter « vers les filières de qualité type AOP (Appellation d’origine protégée) ou Label Rouge par exemple ». « Grâce à mon double diplôme en école de commerce, je pense me spécialiser davantage sur l’audit », ajoute-t-elle, évoquant un accompagnement des éleveurs « dans une transition vers l’agriculture biologique », et « pour les aider à respecter le cahier des charges nécessaire pour être labellisés ».
Des reconversions dans le monde agricole
L’engouement pour l’agriculture et l’agroalimentaire se traduit aussi par de nombreuses reconversions. Esther, 35 ans, a repris un vignoble familial situé à Fronsac (Gironde) en 2024. Une exploitation d’une cinquantaine d’hectares, jusqu’alors gérée par son père.
« Même si j’ai grandi dans les vignes, je n’ai pas du tout fait d’études agricoles, raconte-t-elle. Je n’étais pas prédestinée à reprendre le domaine. Je suis partie vite et loin ». Après le lycée, la jeune femme a rejoint la capitale avant de partir à Lille (Nord), où elle a intégré une école de commerce. « J’ai quand même fini par travailler dans les vins et spiritueux, toujours sur des missions de marketing ».
Au cours de sa carrière, la girondine se retrouve à gérer une maison de Champagne rachetée par le groupe Campari. « Je me suis dit que je pourrais faire la même chose, avec bien moins de moyens certes, sur un projet personnel. Au même moment, en 2021, j’ai rejoint la business school agricole Hectar, qui m’a fait réaliser que j’avais un rôle à jouer, notamment dans la vie locale. J’ai aussi pris conscience de l’utilité d’un profil hybride. Je ne savais pas faire du vin, mais j’avais les compétences pour gérer une entreprise, une vision, et l’ambition de l’amener plus loin ».
Après deux ans de réflexion, la trentenaire décide de se lancer. « J’ai enclenché deux cycles d’études, pour me sentir plus à l’aise et légitime : l’ISVV (Institut des Sciences de la Vigne et du Vin) à Bordeaux, et un BTS ».
À la tête de Vignobles Hermouet, elle gère désormais une équipe de 6 personnes. Son père, officiellement à la retraite, assure pour l’instant la transmission. « Je peux me concentrer davantage sur l’aspect commercial, et lui sur la vinification ». Une double casquette nécessaire, mais aussi attrayante pour la nouvelle génération, estime-t-elle.
« Je suis partie de zéro »
En Normandie, Victoria s’est quant à elle lancée dans la floriculture. Un virage à 180 degrés pour cette Parisienne de 36 ans, ex-consultante RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises).
« J’ai toujours été attirée par le monde agricole, mais je n’y connaissais rien. J’habitais Paris, je suis une femme. Cette transition me paraissait compliquée », raconte-t-elle. Intéressée à son tour par la création d’Hectar, elle décide d’y suivre un programme de six mois, de janvier à juin 2022. En parallèle, la jeune femme négocie une rupture conventionnelle pour « prendre un an de break », et démarre une formation BPREA (Brevet Professionnel Responsable d’Entreprise Agricole).
« C’était la première fois que j’entendais parler du monde agricole avec l’angle de l’entrepreneuriat. Je me suis dit que ça serait l’occasion d’apprendre quels sont les modèles agricoles qui fonctionnent, d’aller à la rencontre de plusieurs agriculteurs. Je n’avais aucune idée du type de projet agricole que je voulais monter. Je suis partie de zéro ».
La filière de la fleur coupée attire alors son attention. « J’ai pris connaissance de chiffres aberrants, 9 fleurs sur 10 vendues en France ne sont pas cultivées dans notre pays ». Décidée, elle se met à la recherche d’une exploitation à vendre. « J’ai trouvé un ancien corps de ferme équestre dans le Calvados, à Lingèvres, avec 12 hectares de prairie ». Victoria déménage alors dans une maison à Caen, qu’elle souhaite indépendante du lieu d’exploitation, avec son compagnon, sa fille de deux ans et un bébé d’à peine trois mois.
L’aventure Parsème commence fin 2023. Dans un premier temps, elle décide de louer la partie habitable en gîte. Avant de repartir chez Hectar pour avancer sur son projet de floriculture. Après d’intenses recherches, la jeune maman troque la fleur coupée contre le feuillage. « Si on veut vraiment avoir un impact sur la filière, il faut être capable de produire toute l’année, ce que permet ce type de culture ». Le besoin, lui, est conséquent. « La majorité des feuillages viennent de l’étranger. Nous, on produit en France et dans de bonnes conditions. On travaille en bio, avec tous les principes de l’agroécologie : le respect des sols, la biodiversité, etc.. ». Les infrastructures terminées, Victoria doit désormais s’attaquer « au travail de commercialisation ». Et reste confiante pour l’avenir.
Gare cependant aux ambitions trop idéalistes, prévient-t-elle. « J’ai croisé la route de nombreuses personnes qui voulaient se réorienter vers l’agriculture, sans se rendre compte de tout ce que cela implique ». Un constat partagé par Esther. « C’est dur, encore plus si l’on se lance seul. Il est important de bien se renseigner, de préparer au mieux sa reconversion pour aboutir à une situation pérenne » conclut-elle, soulignant un engagement nécessaire et gratifiant.
ZOOMDécouvrez l'école Hectar avec Audrey Bourolleau

Hectar, c’est quoi ?
Audrey BourolleauHectar est une ferme située à 35 minutes de Paris sur laquelle on sensibilise et forme des repreneurs de fermes et des agriculteurs. En d’autres termes : une business school agricole dédiée à l’entrepreneuriat en agriculture (NDLR : à ne pas confondre avec des formations en agronomie).
Nous avons beaucoup d’enfants d’agriculteurs qui reprennent des fermes et qui, au bout de 3-5 ans, viennent nous voir pour ces compétences entrepreneuriales. Mais aussi des personnes en reconversion issues de la finance, de l’informatique, d’agences de voyage… Des profils très différents que l’on peut accompagner à tous les moments de la réflexion.
Le programme, de cinq semaines, comprend une journée sur place et entre 10h et 15h de mentoring individuel. Ensuite, ils reviennent et pitchent leur projet. Nous avons les mêmes codes que les écoles de commerce. Notre jury, très varié, est composé d’agriculteurs et de chefs d’entreprises. On estime si le projet est robuste ou s’il présente quelques points de faiblesse. De manière très objective, parce qu’entreprendre en agriculture, ce sont des investissements à temps long.
160 000 fermes sont à reprendre, d’où la nécessité de s’ouvrir pour de nouveaux repreneurs.
NOTRE RÉSUMÉ EN
5 points clés
PAR L'EXPRESS CONNECT IA
(VÉRIFIÉ PAR NOTRE RÉDACTION)
Voici un résumé en cinq points clés de l’article sur le sujet : le regain d’intérêt des jeunes pour l’agriculture et l’agroalimentaire.
Une quête de sens au cœur des vocations
Étudiants et actifs en reconversion se tournent vers l’agriculture et l’agroalimentaire pour leur utilité sociale. Alimentation, environnement et impact concret sur la société motivent une génération en quête de métiers porteurs de sens.
Des formations attractives et de plus en plus hybrides
Les écoles d’ingénieurs agronomes et de management proposent des parcours mêlant sciences du vivant, commerce et management. Ces doubles compétences répondent aux nouveaux besoins des filières, notamment en achats responsables, traçabilité et développement durable.
L’environnement comme moteur d’engagement
Transition écologique, bien-être animal, agroécologie, agriculture biologique ou filières de qualité (AOP, Label Rouge) sont des leviers majeurs d’attractivité. Les jeunes veulent concilier performance économique et respect des écosystèmes.
Des reconversions professionnelles en forte progression
Cadres, consultants ou profils marketing changent de voie pour reprendre des exploitations ou créer des projets agricoles. Des structures comme Hectar accompagnent ces parcours atypiques en apportant une vision entrepreneuriale du monde agricole.
Un secteur porteur mais exigeant
Si l’agriculture séduit par ses valeurs et ses opportunités (160 000 fermes à reprendre), elle impose rigueur, formation et préparation. Les témoignages rappellent qu’un projet agricole durable nécessite compétences, investissement personnel et réalisme économique.















