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Le syndrome de l’imposteur touche aussi les étudiants

4 Min. de lecture
Une jeune femme tient une feuille devant son visage sur laquelle il y a un smiley triste.

Sentiment de ne pas être à sa place, impression d’être inférieur aux autres, sensation de ne pas avoir les bons codes… Le syndrome de l’imposteur se manifeste aussi chez les étudiants, particulièrement dans les filières sélectives.


Cinq mois après sa rentrée en Master à Sciences Po, Clara (son prénom a été changé à sa demande ndlr), va mieux. « J’ai intégré l’école, en admission parallèle, après ma licence. Dès les premiers jours, je ne me suis pas sentie à ma place car j’ai rejoint une promo composée d’élèves qui se connaissaient déjà, et qui avaient été admis en post-bac, après une rude sélection. Je ne me considérais pas légitime par rapport à eux et cela m’a rongé » confie la jeune fille de 21 ans. Elle a depuis retrouvé du mordant, grâce notamment à de bons résultats à ses partiels de fin d’année. Ils lui ont confirmé qu’elle n’avait rien d’une passagère clandestine dans cette formation. 

Comme 70 % de la population1, Clara a développé un syndrome de l’imposteur, comprenez un sentiment d’auto-dévaluation et de doute qui l’a poussé à croire qu’elle n’avait pas le niveau et qu’elle n’avait rien à faire dans une telle filière. « Cette souffrance psychique, qui n’a rien d’une maladie mentale, est très fréquente chez les étudiants, notamment dans les filières sélectives comme les grandes écoles, les classes préparatoires ou en médecine. On la voit apparaitre à deux moments clé, à l’arrivée dans le supérieur et au moment de la professionnalisation. Des étapes, qui marquent une rupture des repères et des comparaisons immédiates » indique Jean-Christophe Maccotta, psychiatre et coordinateur des Pôles de Prévention et d’Orientation Psychologique (PPOP) de l’Université PSL, de la Faculté de Santé de l’Université de Paris Cité et de la Cité Internationale Universitaire de Paris (CIUP). 

Plusieurs facteurs expliquent ces croyances limitantes, qui puisent leurs racines dans un fort besoin de reconnaissance. À commencer par la pression de la réussite et la culture de l’excellence, dictées par la société, le système éducatif, les réseaux sociaux, voire les parents. « Il peut y avoir une forme d’idéalisation qui ne correspond pas à la réalité une fois entré dans les études. Cette déception crée un décalage, et si l’écart est trop grand entre ce que l’étudiant est, ce qu’il rêve de faire et le milieu où il se retrouve, il peut culpabiliser, avoir peur de décevoir, perdre confiance et ne pas se sentir à sa place » poursuit Jean-Christophe Maccotta. 

Les enjeux d’intégration sociale ont également leur part de responsabilité. Cette difficulté, mise en lumière dans le documentaire « HEC- Admis sans les codes »2, est particulièrement vivace chez les élèves issus de milieux modestes, qui ont du mal à s’adapter aux codes implicites de l’élite.  « Un sentiment d’infériorité peut apparaitre pour des étudiants qui n’ont pas les codes relationnels par rapport au groupe principal. Ces transfuges de classe, comme on les appelle, sont plus réceptifs au syndrome de l’imposteur » ajoute le psychiatre.

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Face à ce syndrome croissant qui affecte la santé mentale des étudiants, l’enseignement supérieur a mis en place plusieurs dispositifs, comme « Santé Psy Étudiant » et « Mon soutien psy ».  Ils permettent de suivre des consultations, gratuites ou prises en charge par la Sécurité Sociale. Les établissements jouent également, à leur échelle, le jeu. Conférences de rentrée, ateliers de prévention, temps d’échanges … sont désormais fréquents sur le sujet. « À l’IPSA, nous portons une attention particulière au syndrome de l’imposteur. Nous avons ainsi déployé un programme dédié, IPSA Ensemble, qui s’appuie sur des psychologues, des ateliers, notamment d’écriture créative, et des actions de prévention » illustre Anne-Ségolène Abscheidt, directrice de l’école d’ingénieurs en aéronautique et spatial. Depuis la rentrée de septembre, tous campus confondus (Ivry sur Seine, Toulouse et Lyon), une centaine d’étudiants a consulté les psychologues de l’établissement.

Reste que les étudiants sujets au syndrome de l’imposteur ne se manifestent pas toujours. Par honte ou par crainte d’être démasqués. Pour apaiser et sortir de cette spirale négative, ils peuvent à leur niveau mettre en place des solutions simples : tenir un journal de réussites, accepter les compliments, reconnaître les progrès… « Créer du lien et rejoindre une association est une bonne idée. Dans les écoles, la vie sociale et associative permet de sortir de l’engrenage » conseille Jean-Christophe Maccotta. C’est exactement ce qu’a fait Clara, elle est devenue membre d’une association qui vise à remettre au goût du jour l’auto-stop. « Cela m’a permis d’échapper à la comparaison permanente et de travailler sur un projet de groupe de façon plus informelle ».

1 Source : Journal of Behavioral Science 

2 Reportage de Camille Poulain et Jules Giraudat, diffusé sur Arte en août 2025

AI Summary

NOTRE RÉSUMÉ EN

5 points clés

PAR L'EXPRESS CONNECT IA

(VÉRIFIÉ PAR NOTRE RÉDACTION)

Voici un résumé en cinq points clés de l’article sur le sujet : Le syndrome de l’imposteur touche aussi les étudiants

  • Un mal-être fréquent dès l’entrée dans le supérieur

    Comme Clara à Sciences Po, près de 70 % des étudiants développent un syndrome de l’imposteur, marqué par le doute, l’auto-dévalorisation et le sentiment de ne pas être légitime, notamment dans les filières sélectives.

  • Des moments clés propices au décrochage psychologique

    Ce syndrome apparaît surtout lors de ruptures majeures : l’arrivée dans l’enseignement supérieur et la phase de professionnalisation, lorsque les repères et les comparaisons changent brutalement.

  • La pression de la réussite et des codes sociaux en cause

    Culture de l’excellence, attentes familiales, réseaux sociaux et idéalisation des parcours accentuent le malaise, en particulier chez les étudiants issus de milieux modestes ou en admission parallèle.

  • Une mobilisation croissante des établissements et des pouvoirs publics

    Dispositifs nationaux comme « Santé Psy Étudiant » et initiatives locales (ateliers, psychologues, programmes dédiés) se multiplient pour répondre à l’enjeu de santé mentale étudiante.

  • Une mobilisation croissante des établissements et des pouvoirs publics

    Dispositifs nationaux comme « Santé Psy Étudiant » et initiatives locales (ateliers, psychologues, programmes dédiés) se multiplient pour répondre à l’enjeu de santé mentale étudiante.

  • Le lien social comme levier pour s’en sortir

    S’engager dans la vie associative, valoriser ses réussites et rompre l’isolement permettent de dépasser le sentiment d’illégitimité et de retrouver confiance et équilibre.

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