Quand l’enseignement supérieur prend de la hauteur
L’enseignement supérieur français et européen a compris que le campus était plus qu’un lieu d’enseignement mais un véritable flagship cristallisant la puissance d’une marque éducative se voulant mondiale !
À Madrid, l’IE Tower a reconfiguré les règles du jeu en 2021 : 180 mètres de haut, 50 000 mètres carrés, 35 étages plantés au milieu du quartier financier de la Castellana.A cette occasion, les architectes de Fenwick Iribarren ont conçu bien plus qu’un bâtiment universitaire logé dans une tour de bureaux, mais la première université verticale d’Espagne, pour ne pas dire du continent. Tous les trois étages de salles de classe, des espaces à double hauteur créent des places intérieures, des zones de rencontre qui sont le véritable cœur social du campus. Le roi Felipe VI a inauguré le bâtiment, le signal était clair : l’architecture éducative est bien plus qu’un simple enjeu de cosmétique.

À Milan, la Bocconi a pris le chemin inverse. Plutôt que de monter, elle s’est étendue. Le nouveau campus signé SANAA déploie ses volumes sinueux et translucides à deux kilomètres du Duomo, avec une peau ondulée d’aluminium anodisé, des cours intérieures héritées des palais milanais et un système de chauffage et refroidissement alimenté par les eaux souterraines de la ville. Mais là où la Bocconi dissout la frontière entre campus et parc public à l’horizontale, un bâtiment de l’autre côté de l’Atlantique a choisi, lui aussi, une approche radicalement verticale !

Sur Commonwealth Avenue, l’artère la plus passante de Boston, une tour de 19 étages empile ses volumes comme des pièces de Jenga au-dessus de la Charles River. Les étudiants l’appellent ainsi, le « Jenga Building ». Les architectes de KPMB, le cabinet torontois qui a remporté la compétition en 2013 face à 49 autres agences, préfèrent y voir une pile de livres. Le président de Boston University, Robert Brown, tranche : il préfère la pile de livres. Mais au-delà du débat esthétique, l’essentiel se joue sous terre, invisible depuis la rue : 31 puits géothermiques forés à 450 mètres de profondeur chauffent et refroidissent 32 000 mètres carrés de salles de classe, de bureaux et d’espaces collaboratifs sans qu’un seul tuyau de gaz ne soit raccordé au bâtiment !
Inauguré le 8 décembre 2022 et ouvert aux étudiants en janvier 2023, le Duan Family Center for Computing & Data Sciences est le plus grand bâtiment sans combustible fossile de la ville de Boston et de toute la Nouvelle-Angleterre. Il a obtenu la certification LEED Platinum, le plus haut niveau existant, que seuls 8 % des bâtiments de Boston atteignent. Depuis, les prix s’accumulent : Best Tall Building of the Americas 2024 (CTBUH), finaliste du World Architecture Festival, Kyoto Global Design Award, New England Architecture Award, et une vingtaine d’autres distinctions.
Sam Moller, qui supervise les visites du bâtiment pour l’équipe sustainability de BU, nous a guidés dans cette cathédrale verticale de la data science lors du press trip organisé fin mars 2026. Récit d’une visite qui commence par un ascenseur et finit par un vertige, au propre comme au figuré.
La terre comme batterie thermique : le pari géothermique de Boston University
Le cœur énergétique du Duan Center est enterré bien plus profond que les fondations. Trente-et-un forages en boucle fermée descendent à 1 500 pieds (environ 457 mètres) sous la surface, soit la profondeur équivalente à deux fois la hauteur du John Hancock Tower, le plus haut gratte-ciel de Boston. C’est deux à trois fois plus profond que les installations géothermiques commerciales classiques, qui se situent généralement entre 180 et 240 mètres.
Le principe est celui des pompes à chaleur géothermiques (ground source heat pumps). En hiver, le système extrait la chaleur naturellement stockée dans le sous-sol, où la température reste stable entre 10 et 15°C à cette profondeur. En été, il inverse le processus et rejette la chaleur du bâtiment dans la terre. Dennis Carlberg, vice-président associé pour la sustainability de BU, résume le concept d’une formule : « La terre est essentiellement une grosse batterie thermique pour nous. »
L’équilibre est fondamental : la quantité d’énergie extraite du sol en hiver doit être compensée par l’énergie restituée en été, ce qui garantit un cycle théoriquement illimité. Le système fournit plus de 300 tonnes de capacité de chauffage et de refroidissement, couvrant environ 90 % des besoins opérationnels du bâtiment.
Pour les pics de demande les plus extrêmes, des chaudières électriques à condensation (en hiver) et des refroidisseurs à air (en été) prennent le relais. Ces derniers sont utiles dans la mesure où le climat nord-américain est bien plus susceptible de faire preuve de variations climatiques plus extrêmes, le Gulf Stream radoucissant l’Europe n’existant pas de ce côté-ci de l’Atlantique !
Bon à savoir : Le design initial prévoyait 100 forages. Mais le site, coincé entre les rues de Back Bay, un ancien marais de marée, ne le permettait pas. Les ingénieurs ont donc réduit le nombre à 31, compensant par une profondeur bien supérieure à la norme. Seuls quatre puits se trouvent directement sous le bâtiment ; les 27 autres sont forés sous une ruelle adjacente. Le forage a été réalisé avant même l’obtention du permis de construire, un risque financier de 10 à 12 millions de dollars assumé par l’université, convaincue que la ville et l’État, fermement engagés dans la transition énergétique, approuveraient le projet ! Le positionnement démocrate de la ville de Boston et du Massachusetts aidant…
Ce pari s’est avéré rentable à plusieurs niveaux. Le système géothermique se remboursera en une décennie grâce aux économies d’énergie. Et surtout, l’empreinte mécanique réduite des pompes à chaleur par rapport aux systèmes HVAC traditionnels a libéré un étage entier d’espace utilisable, argument décisif auprès du conseil d’administration.
La géothermie ne fait pas tout. Le Duan Center déploie un arsenal complet de technologies d’efficacité énergétique qui fonctionnent en cascade :

Distribution thermique par eau, pas par air. Contrairement à la plupart des bâtiments qui poussent de l’air chauffé ou refroidi dans des conduits, le Duan Center utilise l’eau pour distribuer l’énergie thermique à chaque étage. Il s’agit d’un mode de transfert nettement plus efficace dans la mesure où l’eau est 1 000 fois plus dense que l’air ! Des « poutres froides actives » (active chilled beams) sont intégrées dans les plafonds de chaque bureau et salle de classe, permettant un contrôle individuel de la température par zone. Des boîtiers à ventilateur (fan-powered boxes) augmentent la capacité de chauffage et de refroidissement des poutres sans augmenter la ventilation.
Récupération de chaleur. Le système de ventilation central utilise un dispositif à double roue enthalpique (dual enthalpy wheel) qui transfère l’énergie thermique de l’air sortant vers l’air entrant sans mélanger les flux. Ce système réduit à la fois les charges de chauffage et de déshumidification.
Enveloppe triple vitrage. Les fenêtres sont à triple vitrage avec double revêtement à faible émissivité, atteignant une valeur U de 0,21, un niveau d’isolation exceptionnel pour un bâtiment de cette taille. L’effet est double : la chaleur reste à l’intérieur en hiver, et la vitre adjacente à un occupant n’est jamais froide au toucher.
Façade à brise-soleil en bronze. Les lamelles diagonales extérieures en bronze, ces « movers » que l’on aperçoit depuis la rue, sont orientées pour réduire le gain solaire tout au long de la journée. Des éléments verticaux en dents de scie (sawtooth blades) complètent le dispositif en reflétant le ciel, donnant au bâtiment ses reflets changeants selon la météo et la saison.
Matériaux bas carbone. Le béton a été formulé avec des temps de cure prolongés et un remplacement partiel du ciment Portland par des matériaux cimentaires supplémentaires, réduisant de 6 % le carbone incorporé. Les colles et finitions intérieures sont quasi exemptes de composés organiques volatils, un choix délibéré de qualité d’air intérieur.
Électricité 100 % renouvelable. L’intégralité de la consommation électrique du bâtiment, y compris l’énergie nécessaire au fonctionnement des pompes géothermiques, est compensée par un contrat d’achat d’énergie (power purchase agreement) à long terme avec une ferme éolienne située dans le Dakota du Sud. Evidemment, elle en consomme pas directement l’énergie éolienne du Dakota du Sud en circuit fermé, mais dans de tels cas, la mécanique est la suivante : BU achète 205 000 MWh d’énergie éolienne et revend l’électricité à des consommateurs du Midwest, obtenant en retour des certificats d’énergie renouvelable (REC) qui compensent ses propres émissions à Boston. Ce bâtiment géothermique n’est qu’une pièce d’un dispositif universitaire plus large : BU vise la neutralité carbone totale d’ici 2040.
Résilience climatique. Le bâtiment est surélevé de trois pieds (environ 90 cm) au-dessus du barrage de la Charles River, et de cinq pieds (1,50 m) au-dessus des recommandations de la ville de Boston pour la montée des eaux, un choix de conception motivé par la proximité du fleuve.
Même la restauration joue le jeu : les cuisines du dining service fonctionnent intégralement à l’électricité, sans gaz !
Un campus vertical « conçu de l’intérieur vers l’extérieur »
A l’heure où les data centers occupent le devant de la scène économique, le Duan Center n’héberge pas sa propre infrastructure de calcul dans la mesure où la quasi-totalité de la puissance de compte est hébergée à 150 kilomètres de là, à Holyoke, dans un complexe alimenté par l’hydroélectricité que BU partage avec plusieurs autres universités.
Le bâtiment abrite la Faculty of Computing & Data Sciences, les départements de mathématiques et statistiques, de computer science, l’incubateur BU Spark! et le Rafik B. Hariri Institute for Computing and Computational Science & Engineering. Des départements auparavant dispersés sur tout le campus, que cette construction a réunis sous un même toit.
La forme en Jenga n’a d’ailleurs rien à voir avec le jeu. Elle découle de l’idée de quartiers verticaux : tous les deux ou trois étages, les volumes se décalent d’une travée structurelle de 7 mètres en tournant dans le sens horaire autour du noyau central, créant à chaque rotation une terrasse accessible sur le toit du bloc inférieur. Le bâtiment compte ainsi huit terrasses végétalisées, chacune avec son microclimat propre et ses plantations adaptées ! Lors de notre visite en avril, nous n’avons malheureusement pas pu en profiter mais on se doute que cet environnement doit être des plus agréables lorsque le climat doux pointe le bout de son nez.

Les escaliers hélicoïdaux en acier noir et chêne qui traversent la tour créent ce que notre hôte Sam Moller appelle « un ruban de mouvement », encourageant la circulation piétonne entre les étages plutôt que l’usage systématique des ascenseurs. Les « escaliers irrésistibles » (irresistible staircases), baignés de lumière naturelle, sont conçus pour favoriser l’activité physique et les rencontres informelles, tout en réduisant la consommation électrique liée aux ascenseurs.
Pas de bureau d’angle : une philosophie spatiale radicale
Sam Moller le martèle : il n’y a que deux bureaux d’angle dans tout le bâtiment de 19 étages. L’un appartient à celui dont le portrait trône dans le hall, « parce qu’il a rendu ce bâtiment possible ». Tous les autres angles sont restitués à la communauté sous forme d’espaces collaboratifs, de petites salles de réunion ou de zones de travail ouvertes. Le mobilier y est codé par couleur pour faciliter l’orientation dans un bâtiment où chaque étage a un plan différent : jaune au sud-ouest, vert, bleu et violet aux autres coins, rouge au centre, la couleur de BU.
Les bureaux des professeurs et du personnel sont entièrement vitrés, un choix de transparence délibéré qui rompt avec la tradition académique américaine du bureau fermé. L’objectif affiché : montrer que les enseignants sont accessibles, abaisser la barrière symbolique entre l’administration et les étudiants.
Le bâtiment dispose de 4 700 mètres carrés de surface de tableau blanc en libre accès, répartis sur l’extérieur des noyaux d’ascenseur à chaque étage. Les étudiants y griffonnent des équations, des notes de révision, des projets artistiques… ou toute autre idée farfelue qui leur passerait par la tête. C’est un espace d’expression spontanée que la gestionnaire du bâtiment doit régulièrement rafraîchir quand les inscriptions restent trop longtemps !
Les « sit steps », ces gradins de transition entre les étages, sont intentionnellement dépourvus de prises électriques. Le pas est volontairement inconfortable (on atterrit toujours sur le même pied), et l’absence de recharge limite le séjour à la durée d’une batterie de laptop. L’idée est de transformer un espace normalement sous-utilisé en architecture, un simple escalier, en zone de passage vivante entre deux cours ou deux réunions.
Plus de la moitié des étudiants qui occupent quotidiennement les espaces communs du Duan Center n’y suivent aucun cours. Ils viennent d’autres facultés de BU, attirés par la qualité de l’espace. Le bâtiment accueille environ 3 000 personnes par jour. Toutes les salles de cours sont réservables par n’importe quel département de l’université.
BU Spark! : la data science au service de la cité
Au cœur du podium (les cinq niveaux de base du bâtiment), l’incubateur BU Spark! occupe un espace privilégié. Ce programme, piloté par les étudiants et encadré par quelques enseignants, conduit environ 50 projets de data science par semestre, avec un accent sur les problématiques à impact social et à temporalité courte.
Sam Moller cite deux projets marquants : un partenariat avec l’entreprise de collecte et recyclage des déchets de BU pour analyser les flux de matières, et une collaboration avec la station affiliée NPR (radio publique, équivalent de France Bleu) de Boston, voisine du Metropolitan College, qui a produit une enquête primée sur les subventions de santé pour les populations à faibles revenus du Massachusetts. Les équipes étudiantes ont analysé l’intégralité des données de l’État pour ce rapport, qui a remporté plusieurs prix.
Le choix de donner à Spark! un espace central et visible, plutôt que de le reléguer dans un sous-sol, reflète la philosophie du bâtiment : les espaces les plus prestigieux sont pour les étudiants, pas pour les cadres supérieurs ou les auditoriums institutionnels !
Duan Family Center : un budget de 314 millions de dollars pour un pari tenu
Le coût total de la construction s’élève à 314 millions de dollars d’après Sam Moller, soit environ 1 000 dollars le pied carré (11 pieds carrés = 1 m²), un tarif standard pour la construction dans le nord-est des États-Unis.
Le chantier, prévu pour démarrer le 15 mars 2020, a été retardé de deux à trois mois par le moratoire municipal sur la construction lié au Covid-19. La construction s’est étalée sur environ trois ans. Le bâtiment a été renommé Duan Family Center en décembre 2024, en l’honneur de Duan Yongping et de son épouse Liu Xin, dont la fille étudiait à BU au moment du don. La famille a attendu sa graduation pour rendre le geste public, afin de lui préserver son anonymat sur le campus. La donation couvre une part substantielle de la construction, mais aussi des fellowships pour les professeurs et doctorants du centre (les « Duan Fellows ») et des initiatives de recherche portées par les jeunes chercheurs.
Le nom de Duan Yongping est peu connu du grand public, mais son empire l’est : il est le fondateur de BBK Electronics, le conglomérat chinois maison mère d’OPPO, Vivo, OnePlus et Realme. Sam Moller le décrivait lors de la visite comme le propriétaire de « la deuxième plus grande entreprise de télécoms de Chine continentale ». Duan Yongping est un philanthrope récurrent de l’enseignement supérieur : 37 millions de dollars à l’université de Zhenjiang où il a étudié l’ingénierie, 30 millions à Renmin University pour son alma mater de master, et une notoriété acquise en 2006 en payant 620 000 dollars pour déjeuner avec Warren Buffett au profit d’une fondation caritative de San Francisco.
La donation couvre non seulement une part substantielle du financement de la construction (CapEx), mais aussi des fonds programmatiques destinés aux activités hébergées dans le bâtiment (OpEx).
A noter : l’université n’a bénéficié d’aucun financement public fédéral pour ce projet. BU a même manqué la fenêtre de candidature aux crédits d’impôt de l’Inflation Reduction Act, ce qui lui aurait potentiellement fait économiser plusieurs millions de dollars. Le soutien est venu du niveau local et régional : la maire de Boston Michelle Wu et le gouverneur du Massachusetts ont visité le bâtiment à plusieurs reprises et organisé des événements pour le présenter comme un modèle pour le reste de l’État.
Un fonds de dotation de 4 milliards au service d’un projet hors normes
Ce don spectaculaire s’inscrit dans un écosystème financier sans équivalent en Europe. Le fonds de dotation (endowment) de Boston University atteint environ 4 milliards de dollars : un capital permanent, investi sur les marchés, dont seuls les rendements annuels (environ 5 % de la valeur) sont distribués pour financer les opérations courantes. Le capital ne diminue jamais, il grossit au fil des dons et de la performance des placements. De l’autre côté de la Charles River, Harvard détient 56,9 milliards de dollars d’endowment au 30 juin 2025, le plus important du monde universitaire, qui a distribué 2,5 milliards pour ses seules opérations de l’exercice 2025, dont 784 millions en bourses et aides financières !
En France, la Fondation HEC est la plus avancée dans cette logique. Sa campagne « Impact Tomorrow » 2019-2024 a levé 213 millions d’euros, un record pour une grande école française, dont 100 millions ont alimenté son fonds d’endowment. La Cour des Comptes, dans son premier rapport sur l’organisme en 2024, relevait que les fonds propres comprenaient notamment plus de 42 millions d’euros de parts sociales de l’EESC HEC et plus de 80 millions de valeurs mobilières de placement en 2022.
La fondation vise désormais 300 millions d’euros sur 2026-2031. Ces chiffres sont historiques pour la France, mais l’endowment de BU représente environ 35 fois le fonds capitalisé de HEC. Celui de Harvard, 500 fois.
Les intérêts annuels du seul endowment de Harvard dépassent la totalité des fonds jamais levés par la Fondation HEC en cinquante ans d’existence ! La conséquence se lit dans le béton bas carbone du Duan Center : quand un seul philanthrope peut nommer le plus grand bâtiment zéro fossile de Boston et financer des fellowships de recherche pour les décennies à venir, la capacité d’investissement dans l’infrastructure pédagogique et la transition énergétique atteint un niveau que le modèle français ne peut pas encore répliquer.
Un campus à la disposition géographique atypique dans une métropole de 250 universités
Le Duan Center s’inscrit dans un campus qui ne ressemble à aucun autre aux États-Unis. Boston University s’étire sur deux miles (3,2 km) de long et environ 400 yards (365 m) de large le long de Commonwealth Avenue. Contrairement à la plupart des universités américaines, où la ville s’est construite autour du campus, ici c’est le campus qui s’est inséré dans le tissu urbain existant. Sam Moller le compare spontanément aux campus européens : « Si vous marchiez ici sans être en visite, vous ne sauriez pas si vous êtes sur un campus ou simplement dans la ville de Boston. »
L’université compte 40 000 étudiants, 10 000 employés et un endowment d’environ 4 milliards de dollars. Plus de 20 % des étudiants sont internationaux (parmi eux, 12 % viennent de Chine continentale, 8 % d’Inde, 5 à 6 % de Corée). La quasi-totalité des étudiants se déplacent en transport en commun, à pied ou à vélo, le tramway (Green Line) traversant le campus de part en part.
Bon à savoir : Dans un rayon de 80 kilomètres autour de Boston, on compte 250 établissements d’enseignement supérieur. Le marché immobilier est le deuxième plus cher du pays : un studio se loue en moyenne 3 000 dollars par mois dans la ville. L’université est le plus grand propriétaire foncier de Boston après la municipalité, ce qui contraint toute expansion à se faire en hauteur plutôt qu’en surface. Le Duan Center, construit sur un ancien parking, en est l’illustration parfaite !
Ce que ce bâtiment dit de l’Amérique universitaire
Au seizième étage, la vue embrasse quatre ou cinq villes au nord, au sud et à l’ouest de Boston. On aperçoit Fenway Park (fief de l’équipe de baseball des Boston Red Sox qui partage le même propriétaire que Liverpool), la Christian Science Church, le Prudential Building, les toits de Brookline et de Cambridge. En aparté, Sam Moller pointe du doigt chaque repère avec la fierté modeste de quelqu’un dont le grand-père et le père ont fréquenté cette université, à une époque où elle n’était qu’une commuter school, une fac de banlieusards du Massachusetts.

Le Duan Family Center raconte une folle histoire du développement de l’enseignement supérieur outre-Atlantique : celle d’une université qui investit 314 millions dans un bâtiment d’enseignement, qui fore à 450 mètres sous terre avant même d’avoir le permis de construire, qui donne les espaces les plus prestigieux aux étudiants plutôt qu’aux doyens. Et qui, dans un pays où l’administration fédérale recule sur les engagements climatiques, reçoit le soutien actif de ses élus locaux pour transformer un ancien parking en laboratoire de la construction durable !
À l’heure où les universités françaises peinent à financer la rénovation thermique de bâtiments des années 1960-1970, le Jenga Building de BU pose une question simple : faut-il perpétuer notre modèle français du tout gratuit ? Les quelque 300 étudiants d’Audencia qui sont venus étudier à BU depuis le début de l’accord en 2009 ont trouvé leur réponse…
Reportage réalisé lors du press trip Boston le 31 mars 2026, organisé par Audencia. Visite guidée par Sam Moller, BU Sustainability.













