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Faut-il en finir avec la dictature du savoir académique ? 

5 Min. de lecture
Mettre fin au dictat du savoir académique.

Le système éducatif français valorise avant tout les savoirs théoriques. Et si l’école intégrait davantage de pratiques concrètes comme le travail manuel pour s’adapter aux intelligences multiples des élèves ? 


Dans les années 1970, la prolongation de la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans a fait peu à peu disparaître la pratique artisanale au profit d’un enseignement purement académique. Plus récemment, l’annonce de la suppression des cours de technologie en 6e a suscité une vague de protestations de la part des professeurs et d’associations militantes. 

De nombreuses voix s’élèvent aujourd’hui en faveur d’une réintroduction de l’apprentissage manuel à l’école, soulignant son rôle dans le développement de la pensée complexe et la préparation aux défis écologiques et sociaux contemporains.

En 1882, la loi fixait l’importance des apprentissages matériels dès l’école maternelle afin de donner à l’enfant « le moyen d’acquérir cette dextérité de la main et cette justesse du coup d’œil qui, plus tard, lui seront si utiles et si profitables ; le mettre de bonne heure en contact immédiat avec la matière brute et lui apprendre à la façonner, afin de développer en lui l’instinct naturel qui le porte à exécuter des travaux matériels. »

Cette valorisation des savoirs pratiques a progressivement reculé au fil des décennies. Dans les années 1980, les politiques éducatives ont mis l’accent sur l’obtention du baccalauréat pour 80 % d’une classe d’âge, en parallèle d’une désindustrialisation massive. « On s’est dit que la France pourrait devenir une société de services, et qu’il était acceptable de délocaliser nos usines », analyse Gabrielle Légeret, présidente de l’association De l’or dans les mains. Aujourd’hui, les conséquences se font sentir : la souveraineté industrielle a été affaiblie et les métiers manuels dévalorisés.

Cette rupture dessert également le système éducatif, car la pratique manuelle nourrit les savoirs fondamentaux. Elle permet aux élèves de mieux assimiler certaines notions théoriques, notamment en mathématiques, histoire ou chimie, grâce à une approche concrète, que l’association De l’or dans les mains déploie dans les établissements scolaires. « Quand une céramiste anime un atelier, elle peut illustrer le programme d’histoire sur l’Antiquité ou aborder les concepts de chimie liés aux transformations de la matière, » explique-t-elle.

En parallèle, Vincent Berge, fondateur de United Crocos, une startup mêlant neurosciences et nouvelles Technologies pour détecter précocement les problèmes cognitifs chez les 6-12 ans, met en lumière un point alarmant : « 30 % des élèves ne rentrent pas dans l’équation actuelle de l’Éducation nationale et nécessitent une autre forme d’apprentissage. » Le système actuel, trop centré sur les savoirs théoriques, isole les élèves en difficulté. Pour ces jeunes, intégrer des pratiques concrètes comme le travail manuel pourrait être une solution efficace pour les aider à reprendre confiance, se découvrir une vocation ou mieux comprendre leur environnement. « Il suffit parfois de changer l’énoncé et la méthodologie pour que l’enfant comprenne très vite ce qu’on attend de lui », poursuit Vincent Berge. 

Les bienfaits des pratiques manuelles vont bien au-delà de la simple orientation professionnelle. Les neurosciences montrent que la manipulation et l’expérimentation favorisent l’apprentissage. Les travaux de Céline Alvarez, auteure des Lois naturelles de l’enfant, ont prouvé que les enfants apprennent mieux lorsqu’ils peuvent manipuler, se tromper et refaire.

Gabrielle Légeret observe également des bénéfices en termes de motricité fine, notamment chez les jeunes surexposés aux écrans. « De plus en plus d’enfants ont des difficultés à tenir un crayon, » déplore-t-elle. Le contact avec les matières, les outils et les gestes permet de développer des compétences motrices essentielles, mais aussi de renforcer la confiance en soi.

Les pratiques artisanales améliorent aussi les compétences psychosociales. « Les élèves travaillent en équipe, fabriquent un projet collectif, ce qui développe leur coopération et leur sens des responsabilités », poursuit Gabrielle Légeret. Ces ateliers sont également l’occasion pour les enseignants de découvrir leurs élèves sous un autre jour. « Les enseignants sont parfois surpris par les talents que leurs élèves révèlent dans ces contextes pratiques. »

Malheureusement, les filières professionnelles sont toujours perçues comme des voies de garage. Gabrielle Légeret insiste sur l’importance de changer cette perception : « Comment peut-on valoriser un Bac pro électricien ou un CAP Boulanger si, tout au long du parcours scolaire, ces métiers ne sont jamais présentés comme désirables ? » Il faudrait pour cela évaluer etreconnaître les compétences manuelles au même titre que les compétences académiques

Des initiatives comme celles de De l’or dans les mains permettent aux élèves de découvrir des métiers artisanaux, mais aussi d’acquérir une meilleure conscience matérielle du monde qui les entoure. « Aujourd’hui, les jeunes consomment à gogo sur Shein sans savoir comment sont fabriqués leurs vêtements. Pour en faire des citoyens responsables, c’est à nous de leur inculquer ce rapport avec la matière ; que les chaises, par exemple, ne poussent pas dans des forêts Ikea ! » ironise Gabrielle Légeret.

Ces ateliers pratiques permettent également de susciter des vocations, de lutter contre les stéréotypes et même l’échec scolaire. Les élèves découvrent une variété de métiers (plumassiers, tailleurs de pierre, céramistes), souvent méconnus ou dévalorisés. L’association souligne qu’en amont des ateliers, 47 % des élèves n’avaient jamais rencontré un artisan. Pour réintégrer cette figure dans l’imaginaire collectif des jeunes, le programme “Dans la peau d’un artisan” propose une demi-journée d’immersion avec un professionnel pour aider les élèves à mieux comprendre le lien entre enseignement général et métier manuel. Cette transmission du savoir-faire est essentielle, d’autant plus que de nombreux artisans approchent de la retraite. « Les artisans trouvent dans ces ateliers un moyen de transmettre leur savoir-faire et de pérenniser leur métier », explique Gabrielle Légeret.

Généraliser ces approches reste un défi : le manque de moyens, la disparition des enseignants qualifiés pour animer des ateliers pratiques freinent l’essor de la pratique manuelle dans les établissements scolaires. Vincent Berge pointe également du doigt l’absence de volonté politique : « Les solutions existent, mais elles ne sont pas activées. Le système reste bloqué par des lourdeurs administratives et un manque de soutien institutionnel aux initiatives innovantes. »

« On est capable d’équiper les écoles en tablettes, mais quand on parle de remettre en place des ateliers manuels, on nous répond que ça coûte trop cher », déplore de son côté Gabrielle Légeret. « Replacer la pratique manuelle au cœur de l’Éducation nationale doit faire partie d’un projet pédagogique ambitieux pour l’école de demain », conclut-elle. Et si c’était la clé pour réconcilier les jeunes avec l’école et leur donner les clés pour comprendre le monde ?

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