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Entreprendre en étant étudiant : le guide ultime, par l’incubateur de l’ESSEC Business School

11 Min. de lecture
Nicolas Landrin : entreprendre pendant ses études sans sélection à l'ESSEC

À la tête de l’Institut Entrepreneuriat & Innovation de l’ESSEC, Nicolas Landrin revendique deux engagements inédits dans le paysage des grandes écoles françaises : former 100 % des étudiants à l’entrepreneuriat et accompagner, sans sélection, 100 % de ceux qui veulent créer une entreprise pendant leurs études.

Ancien investisseur en capital-risque devenu architecte de la stratégie entrepreneuriale de l’école, il détaille pour L’Express Éducation un dispositif qui embrasse aussi bien la start-up digitale que la reprise de PME, et défend une vision décomplexée de l’échec comme du succès.

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Deux engagements fondateurs : former tous les étudiants, accompagner tous ceux qui veulent entreprendre

Nicolas Landrin définit la stratégie entrepreneuriale de l’ESSEC autour de deux engagements qui structurent l’ensemble du dispositif.

De ce double engagement découle une architecture dense : filières entrepreneuriat dans la Grande École, dans le BBA, dans l’ensemble des Masters spécialisés et des Masters of Science, sans oublier un Master of Science Entrepreneurship développé en partenariat avec CentraleSupélec. Mais aussi des spécialisations pointues, l’ESSEC a ainsi lancé une chaire de formation au scale-ups et aux enjeux d’hypercroissance, et des programmes transverses, comme un événement récemment organisé sur la santé mentale des entrepreneurs.

« Comment être à fond et prendre soin de soi dans la durée ? C’est un sujet que l’on touche dans tous les métiers, mais qui prend une acuité particulière en entrepreneuriat. »

Nicolas Landrin

Trois axes de création de valeur : start-up, industrie et deep tech, reprise d’actifs

L’Institut Entrepreneuriat & Innovation s’articule autour de trois axes, revendique Nicolas Landrin, qui couvrent l’intégralité du spectre entrepreneurial.

La création ex nihilo. De l’idée à l’introduction en Bourse, avec un accompagnement continu. « Je ne dis pas ça en exagérant : un projet de start-up créé il y a 15 ans dans l’incubateur s’introduit actuellement en Bourse. C’est un parcours logique. »

L’industrie et la deep tech. Un institut dédié vise à former les « futurs capitaines d’industrie » via un start-up studio co-créé avec l’Université de Cergy et le CNRS, financé par France 2030, une formation commune avec CentraleSupélec, et une filière dédiée dans la Grande École. L’école revendique une exigence scientifique et mathématique élevée qui, sans faire de ses étudiants des ingénieurs, leur donne la capacité d’aborder des sujets techniques pointus.

La reprise d’actifs. Reprise-transmission de PME, entreprises familiales : plutôt que de créer à partir de zéro, racheter une entreprise existante et la confronter aux enjeux du XXIe siècle (IA, ESG, culture d’entreprise, internationalisation).

La toute nouvelle pitch-room de l’ESSEC, dans laquelle les incubés peuvent présenter leur projet à des investisseurs, à des clients, aux autres étudiants, etc.

La PME et la reprise : sortir l’entrepreneuriat du seul imaginaire start-up

Nicolas Landrin. Je ne pose pas de hiérarchie, on a besoin des deux. Une entreprise qu’on reprend aujourd’hui, il y a dix, vingt ou cinquante ans, c’était aussi une idée. C’est un continuum. Ce qui a changé dans l’écosystème, c’est que jusqu’à récemment il y avait énormément d’offres en capital ; il était très facile de lever rapidement et de dérisquer. Aujourd’hui l’argent existe toujours pour les projets bons ou très bons, mais il y en a moins, tandis que le financement par la dette est davantage disponible. Cela redevient donc opportun, si l’on veut lancer par exemple une activité d’équipement de bureau, de racheter une entreprise déjà en place plutôt que de tout reconstruire depuis zéro. C’est une autre manière d’être entrepreneur, avec son propre projet, ou en reprenant le projet de quelqu’un d’autre. Et l’un de nos enjeux, c’est de montrer qu’il est tout aussi cool de reprendre une PME de 5, 10, 50 ou 200 salariés que de créer ex nihilo.

« Le learning by doing par excellence dans une business school, c’est créer un business »

Nicolas Landrin. Ce n’est pas une question binaire : il faut de la théorie et de la pratique. Nos étudiants ont une capacité d’apprentissage considérable, donc la connaissance est essentielle. Mais elle est décuplée, transcendée, par la pratique. Quand on crée un business, on est vendeur, CFO, développeur en même temps. L’étudiant qui suit un cours de compta le matin et qui, l’après-midi, remplit un formulaire de TVA pour son entreprise, sait pourquoi il apprend. Sur la vente précisément, nous avons plusieurs cours, B2B, Go-to-Market B2C, etc. assurés à la fois par des enseignants-chercheurs et des praticiens, et ce dans la Grande École, dans le BBA et dans le Master Entrepreneurship. C’est une composante essentielle.

« Il n’y a aucun profil-type d’entrepreneur »

Nicolas Landrin. Il n’y a pas de profil-type, vraiment pas. Il y a probablement des stéréotypes, mais pas de profil. Dans l’incubateur, nous avons toutes les origines, toutes les personnalités, toutes les visions du monde. Rien de prédictif non plus : on ne peut pas dire « celle-là, celui-là va faire entrepreneur ». C’est en se lançant qu’on le découvre. Il faut aussi rappeler qu’entreprendre, ce n’est pas seulement être fondateur : on peut l’être au sein d’une équipe ou dans un grand groupe. C’est un mindset, une capacité à transformer le monde par la méthode entrepreneuriale.

Sur les secteurs, Nicolas Landrin décrit un incubateur « totalement généraliste », traversé par des effets de mode limités, « on a eu des start-up dans la crypto et la blockchain, mais rien d’écrasant en termes de modes ». La tendance de fond, en revanche, est l’omniprésence de l’intelligence artificielle, qui bouleverse l’économie de la création d’entreprise :

« Cela ne coûte pratiquement plus rien de créer une start-up aujourd’hui. Pour un produit digital, ce ne sont plus des mois qui sont nécessaires, plus des semaines, plus des jours, ce sont des heures. Nous organisons des hackathons où un produit est live en quelques heures. Le coût s’est complètement effondré.»

Nicolas Landrin

Femmes entrepreneures, boursiers : un enjeu d’accompagnement renforcé

Sur la question des femmes entrepreneures, Nicolas Landrin ne cache pas que l’ESSEC, comme l’ensemble de l’écosystème, observe un déficit de vocations féminines. L’école y répond par un accompagnement renforcé, notamment à travers le programme Lead’Hers, un parcours immersif dédié aux entrepreneuses, développé en partenariat avec 21st by CentraleSupélec. Cette sensibilisation se traduit aussi concrètement sur le campus, notamment via une dizaine de panneaux installés à Cergy.

« Si tu es une femme au lycée, en prépa et que tu veux entreprendre, il faut y aller. C’est un effort collectif et tout l’écosystème doit le dire haut et fort. »

Nicolas Landrin

Sur la question, connexe, des étudiants boursiers et de l’accès aux grandes écoles, l’ESSEC revendique une antériorité historique : le programme « Une grande école, pourquoi pas moi ? », mis en place par l’école il y a plus de vingt ans, a inspiré le dispositif national des Cordées de la réussite. Des lycéens issus de territoires défavorisés y sont tutorés par des étudiants de l’ESSEC pour préparer l’accès aux grandes écoles, et pas nécessairement l’ESSEC.

« Je n’ai jamais vu un entrepreneur qui ne voulait que devenir riche »

Nicolas Landrin. Avant d’arriver à l’ESSEC, j’ai passé dix-huit ans dans le capital-risque : j’ai dû voir des milliers d’entrepreneurs, au stade de l’idée comme au-delà. Je n’ai jamais vu un seul entrepreneur qui le faisait uniquement pour être riche. Pas un seul. S’enrichir, c’est le résultat d’avoir bâti une activité économique florissante, qui a créé des emplois, qui répond à un besoin. Pour y arriver, il faut s’épanouir dans ce qu’on fait, porter une innovation et être capable de travailler dix, douze, quatorze heures par jour. La richesse est une conséquence, ce n’est pas le moteur.

Cela n’empêche pas, insiste-t-il, de recevoir et d’accompagner tous les étudiants, quelle que soit leur motivation initiale :

« Ce qu’on veut, c’est qu’il y ait une étincelle. Si cette étincelle, pour un jeune, passe par « je vais gagner de l’argent », très bien, vas-y. Mais ce qu’il faut capter, c’est l’étincelle : parce que ce qui lui fera vraiment plaisir dans dix ans, ce ne sera probablement pas d’être riche, ce sera d’avoir travaillé sur un concept original.»

Nicolas Landrin

Apprendre à échouer, ou la métaphore du vélo

Nicolas Landrin. Tout le monde ne doit pas devenir entrepreneur, mais tout le monde devrait avoir un mindset entrepreneurial et l’opportunité d’expérimenter à un moment. J’utilise la métaphore du vélo : si vous montez votre entreprise pendant vos études (une start-up digitale, une activité de conseil, de la restauration, une association avec un vrai business model) vous apprenez ce qu’est réellement être entrepreneur. Et ça, vous ne pouvez plus le désapprendre. Vous pouvez ne pas faire de vélo pendant dix ou quinze ans, vous savez toujours en faire. Si, après cinq, dix ou vingt ans de salariat, vous décidez de vous lancer, vous allez retrouver les réflexes, les émotions, les marques.

Corollaire : à l’incubateur, l’obligation de résultat n’existe pas.

Trois étages, zéro sélection à l’entrée : comment fonctionne l’ESSEC Student Incubator

Au-delà du discours, le dispositif repose sur un cadre physique et un cadre méthodologique. Côté physique, l’incubateur désormais tout simplement baptisé « ESSEC Student Incubator », et non plus « Ventures », dispose d’un espace réservé exclusivement aux étudiants entrepreneurs sur le campus de Cergy. Lieu de travail, salles de réunion pour recevoir clients et prospects, modularité des espaces : Nicolas Landrin revendique un benchmark préalable des meilleurs incubateurs pour en concevoir l’aménagement.

Côté méthodologique, le parcours s’articule en trois étages :

Exploration : ouvert à tous, sans sélection. De l’idée au prototype. C’est cet étage qui matérialise l’engagement des 100 %.

Incubation : sélectif. Du prototype au premier client payant.

Accélération : du premier client à un début de validation du business model.

Une équipe de start-up managers accompagne les projets à chaque étage. L’incubateur accueille deux cohortes par an ; l’année académique passée, l’ESSEC a accompagné 200 projets de création de startups, portés par 600 cofondateurs étudiants. L’accompagnement repose sur plusieurs piliers : des conseils personnalisés dispensés par des coachs et experts, des ateliers dédiés aux enjeux de gestion et de développement, ainsi qu’un accès à un réseau de partenaires, d’entrepreneurs et d’investisseurs. L’école ne finance pas directement les start-up : elle organise la mise en relation avec des réseaux de business angels, notamment l’ESSEC Business Angels, et des investisseurs en capital-risque. « C’est la voie que l’on a privilégiée », précise Nicolas Landrin, qui connaît bien l’écosystème pour y avoir évolué pendant près de vingt ans.

CentraleSupélec, partenaire stratégique : la passerelle business-ingénieur

Parmi les partenariats qui structurent l’offre entrepreneuriale de l’ESSEC, celui avec CentraleSupélec occupe une place singulière. Au-delà du double diplôme de la Grande École et du Master of Science Entrepreneurship commun, les deux écoles ont créé le « Mix and Match Start-up » : un événement de mise en relation entre étudiants entrepreneurs et étudiants intéressés par l’aventure entrepreneuriale des deux institutions.

« Un speed dating de la start-up. Cinquante étudiants participent à chaque édition, deux à trois fois par an. Très grand succès. »

Nicolas Landrin

Une partie du « hall of fame » de l’ESSEC Student Incubator

Le mindset plutôt que le statut : vers des carrières hybrides

La conviction qui traverse l’ensemble de la stratégie de Nicolas Landrin, c’est que la frontière entre salarié et entrepreneur s’estompe. Ce qu’il cherche à former, ce sont des « profils hybrides » capables de passer de l’un à l’autre.

« Quand vous êtes dans une grande entreprise et que vous avez besoin de transformer une business unit, sur cinq personnes, vous choisissez celui ou celle qui a fait l’ESSEC parce qu’il a eu une expérience entrepreneuriale, et que cela se voit au quotidien. C’est ce qui permet de devenir un agent de transformation y compris en entreprise.»

Nicolas Landrin

Et d’ajouter, avec une pointe d’optimisme revendiqué : « On est en France, et même en Europe, dans un paradis pour entrepreneurs. Un environnement économique très favorable, un dispositif de financement et d’innovation unique au monde, un écosystème d’accompagnement dense dans les écoles et au-delà. Les entrepreneurs ne sont pas seuls. »

L’Institut Entrepreneuriat & Innovation en quelques mots

  • Un des quatre instituts stratégiques de l’ESSEC (avec IA, sustainability et géopolitique).
  • Trois axes : création ex nihilo, industrie et deep tech, reprise d’actifs (transmission de PME et entreprises familiales).
  • 100 % des étudiants diplômés formés à l’entrepreneuriat ; 100 % des étudiants porteurs de projet accompagnés, sans sélection à l’entrée.
  • L’ESSEC Student Incubator structuré en trois étages : exploration, incubation et accélération.
  • Dispositifs complémentaires : incubateur alumni à Station F, programme dédié aux femmes entrepreneures, start-up studio industriel co-financé par France 2030 (avec l’Université de Cergy et le CNRS).
  • Partenariat stratégique avec CentraleSupélec : double diplôme, Master of Science Entrepreneurship, 80 événements par an, tels que les Mix & Match startup.

Bon à savoir

À lire aussi : l’ESSEC se retrouve à la deuxième place du classement L’Express Education 2026 des grandes écoles de commerce préférées des dirigeants.

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