De nombreuses femmes choisissent l’ENTPE, école d’ingénieurs située près de Lyon, pour y suivre leurs études. Loin des idées reçues, une grande partie d’entre elles s’orientent vers le génie civil et le bâtiment. C’est le cas d’Alizée, 22 ans. Rencontre avec l’étudiante et Antoine Le Blanc, directeur de la formation initiale.
43 % d’étudiantes dans son cycle ingénieur. C’est le taux enregistré par l’ENTPE, l’école de l’aménagement durable des territoires de Vaulx-en-Velin (Rhône), près de Lyon, à la rentrée 2025.
« Cette donnée est relativement constante depuis cinq ou six ans », relève Antoine Le Blanc, directeur de la formation initiale. Ici, « contrairement aux clichés », les jeunes femmes ne se tournent pas majoritairement vers les parcours environnement ou aménagement urbain, pointe-t-il.
Les futures ingénieures s’intéressent aux domaines liés aux sciences exactes, comme le génie civil et le bâtiment. « On est fiers de ça, on trouve que c’est important. Le double cursus ingénieur-architecte est lui aussi attractif pour les femmes, qui représentent la moitié des effectifs ».
« Je voulais faire du bâtiment »
Alizée, 22 ans, est en 2e année de cycle ingénieur. « Je voulais faire du bâtiment, assure-t-elle. Mon père est technicien. Il travaille sur des chantiers de réhabilitation : il s’occupe de la climatisation, du chauffage, de la pose de panneaux solaires… Quand il m’en parlait, ça m’intéressait beaucoup. Plus j’avance dans mes études, plus cet intérêt se confirme ».
Spécialisée dans ce domaine au sein de l’ENTPE, la jeune femme est notamment formée « aux techniques de construction, de structure ». « La particularité de la majeure ‘Bâtiment’, par rapport à ‘Génie civil’, c’est que l’on va également travailler sur le confort thermique, l’isolation, tout ce qui est consommation énergétique et qui impacte la vie à l’intérieur des logements », détaille l’étudiante.
Parmi la soixantaine d’élèves de sa classe, « un peu moins de la moitié sont des femmes », indique-t-elle.
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« Jeune fille, jeune garçon, traitement égal »
Alors que plusieurs écoles d’ingénieurs françaises peinent encore à attirer les étudiantes, comment l’ENTPE se démarque-t-elle ? « Il y a la diversification des filières de recrutement, explique Antoine Le Blanc. On recrute notamment en filière BCPST (biologie, chimie, physique et sciences de la Terre). Mais une fois que les personnes arrivent chez nous, il n’y a pas de distinction dans les choix de formations », appuie-t-il, rappelant la présence importante de femmes en génie civil et bâtiment.
« Par ailleurs, je pense qu’on est connus pour la féminisation de notre établissement, ce qui engendre un effet boule de neige. Sans oublier la vie étudiante et nos bons résultats en sport. L’équipe féminine de rugby a été récemment championne de France des écoles ! On valorise beaucoup l’engagement étudiant pour tous. Cela a contribué à désancrer l’image des écoles d’ingénieurs comme établissements très masculins, très ‘boys club’. Le taux élevé de femmes est un signal fort : jeune fille, jeune garçon, traitement égal, même parcours et mêmes opportunités ».
« De très bons taux d’emploi »
Qu’en est-il du marché du travail ? « Il y a encore un léger différentiel de salaire entre les femmes et les hommes en sortie d’école, souligne Antoine Le Blanc. Mais nous avons, comme souvent en écoles d’ingénieurs, de très bons taux d’emploi, autour de 80-90 % à quelques mois de la diplomation, sans différence entre les sexes ».
La moitié des étudiants ingénieurs de l’ENTPE deviennent fonctionnaires, précise-t-il. « Il y a quelques années, il s’agissait davantage de jeunes femmes que de jeunes hommes. Ça n’est plus vrai maintenant, c’est tout à fait équilibré. Cela influe forcément sur la diplomation, puisque nos élèves fonctionnaires ont directement un travail à la sortie et, par définition, des salaires identiques puisqu’il s’agit de la fonction publique ».
« Les jeunes femmes ne doivent pas s’auto-censurer »
Alizée, elle, envisage de travailler dans une entreprise de la construction à l’issue de ses études. Si son choix s’est porté vers l’ENTPE davantage pour la formation que pour la féminisation de l’établissement, elle se réjouit de la présence de camarades féminines. Et encourage celles qui n’oseraient pas franchir le cap à « ne pas se mettre de limites ».
« Il n’y a aucune raison pour qu’une fille ne puisse pas être ingénieure, affirme-t-elle. Le fait que de plus en plus de femmes soient représentées va aussi donner envie à d’autres de se lancer dans ce secteur-là, ce qui est une bonne chose », estime l’étudiante. Cette dernière prévoit de s’envoler pour Sao Paulo, au Brésil, lors de son année de césure. Son sujet de recherche portera sur la décarbonisation des favelas.
« Les jeunes femmes ne doivent pas s’auto-censurer. Il faut fonctionner à l’envie, elles seront bien accueillies, ajoute Antoine Le Blanc. Plus largement, leur présence dans des métiers traditionnellement masculins sont une richesse pour toute la société », conclut-il.
Crédit photo : ENTPE













