France Travail déploie de nouveaux programmes pour aider les jeunes à s’insérer sur le marché du travail. Entretien avec Hélène Noblecourt, directrice de la mission Mobilisation pour l’insertion des jeunes à France Travail.
9questions à Hélène Noblecourt

Pouvez-vous présenter votre rôle ?

Hélène Noblecourt : Mon poste a été créé il y a un an et demi, dans le cadre de la mise en œuvre de la loi pour le plein emploi. Mon rôle est de déployer des actions pour favoriser l’accès à l’emploi des jeunes, avec une attention particulière pour les jeunes les plus fragiles, et renforcer les synergies avec les acteurs de l’insertion des jeunes, notamment les Missions Locales.

Quelles sont les principales difficultés rencontrées par les jeunes pour entrer sur le marché du travail ?

Hélène Noblecourt : Le taux de chômage des jeunes reste nettement plus élevé que celui du reste de la population. Il est environ 2,7 fois supérieur. Ce taux est très sensible aux fluctuations économiques : il peut augmenter très rapidement en période de ralentissement. Fin 2025, il atteignait par exemple 21,5 %.
Mais cette moyenne masque de fortes inégalités. Les jeunes diplômés ne rencontrent pas les mêmes difficultés que ceux qui sortent du système scolaire sans qualification. Il existe aussi des écarts importants selon les territoires. Dans certains quartiers prioritaires, le chômage des jeunes peut atteindre près de 30 %.

Pourtant certaines entreprises peinent à recruter… Est-ce une question de mauvaise orientation ?

Hélène Noblecourt : Oui aussi. Certains métiers restent mal connus ou souffrent d’une mauvaise image. Il y a donc un vrai enjeu à faire découvrir les secteurs et à élargir les horizons.
Et puis, en France, le temps qui s’écoule entre la fin des études et le premier emploi est plus long que dans d’autres pays européens. Les jeunes ne sont pas toujours préparés à cette transition.

Pour y faire face, le dispositif AvenirPro est en cours de déploiement dans les lycées professionnels. Comment fonctionne-t-il ?

Hélène Noblecourt : Avenir Pro a été expérimenté plusieurs années avant d’être généralisé. Concrètement, des conseillers de France Travail et des Missions Locales interviennent dans les classes de CAP et de terminale de bac professionnel. À travers des ateliers, ils font découvrir le fonctionnement du marché du travail, apprennent aux jeunes à identifier et valoriser leurs compétences, à rechercher des offres d’emploi et à préparer leurs candidatures.
En parallèle, les équipes organisent des job datings, des interventions de professionnels dans les classes, des visites d’entreprises… L’objectif est de multiplier les contacts avec le monde professionnel avant même la sortie du lycée.

Le dispositif porte ses fruits…

Hélène Noblecourt : Oui, il a été évalué deux années de suite par Sciences Po Paris. Les résultats sont très encourageants puisque le taux d’accès à l’emploi pour ces jeunes est supérieur de 28 % à celui des jeunes qui n’ont pas bénéficié d’Avenir Pro.

Comment se poursuit l’accompagnement après le lycée ?

Hélène Noblecourt : La seconde phase, appelée Avenir Pro +, se déroule entre septembre et décembre pour les jeunes qui n’ont pas encore trouvé de solution à la rentrée. Ils peuvent rester rattachés à leur lycée tout en étant accompagnés, ou bien intégrer les dispositifs du réseau pour l’emploi, comme le Contrat d’engagement jeune par exemple. L’idée est d’éviter les ruptures de parcours et de faire en sorte qu’aucun jeune ne reste seul face à sa recherche d’emploi.

Des actions similaires sont-elles envisagées dans l’enseignement supérieur ?

Hélène Noblecourt : Oui. Nous travaillons à un dispositif semblable pour les universités, que nous appelons pour l’instant AvenirPro Sup. Nous souhaitons tester ce modèle dans certains établissements. L’idée serait d’accompagner les étudiants qui arrivent sur le marché du travail mais aussi ceux qui interrompent leurs études, par exemple au cours de leur première année universitaire.

Vous développez également des programmes de mentorat. De quoi s’agit-il ?

Hélène Noblecourt : Nous travaillons avec le Collectif Mentorat pour faciliter les mises en relation des jeunes avec des professionnels qui vont les accompagner pendant plusieurs mois. Les mentors ne sont pas des conseillers emploi. Ils apportent un regard complémentaire, partagent leur expérience et aident le jeune à développer son réseau, à travailler sur la confiance en soi, à mieux comprendre les codes du monde professionnel…

Le 11 avril, France Travail co-organise un festival pour l’emploi des jeunes avec Webedia. De quoi s’agit-il ?

Hélène Noblecourt : C’est un événement inédit organisé à Paris (au Paris Event Center, Porte de la Villette) en partenariat avec le groupe Webedia et l’émission « MVP : Ma Vie Pro », animée par Samuel Étienne sur Twitch. L’idée est de parler d’orientation et d’emploi autrement, avec des formats qui parlent aux jeunes. Sur place, ils pourront découvrir des métiers grâce à des expériences immersives, tester des simulateurs ou des outils de réalité virtuelle, participer à des ateliers de coaching ou bénéficier de conseils personnalisés. Un grand job dating sera également organisé avec des entreprises et des associations partenaires. Nous voulons ouvrir le champ des possibles. Il y a forcément une solution, un avenir professionnel pour chacun. (NDLR : Le Festival est gratuit mais sur inscription préalable. Retrouvez toutes les infos sur : https://www.festival-maviepro.com/ )













