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Évaluer la culture G à l’école, vraie ou fausse bonne idée ?

5 Min. de lecture

Greta Thunberg, inventrice de l’imprimerie ? Marie Stuart, une souris de dessin animé ? Quand on interroge des étudiants sur l’histoire ou les grands noms de la culture, certaines réponses donnent le vertige. Et posent une question de fond : faut-il enfin évaluer la culture générale à l’école, comme on le fait pour les maths ou les langues ? Deux enseignants de culture générale, Marc Lefrançois (ESPL Angers) et Floriane Zagar (UPEC), y sont favorables. À condition de dépoussiérer la manière de faire.


« Gutenberg, c’est elle qui a inventé l’imprimerie ? Je croyais que c’était la petite écolo ? » demande un étudiant, étonné. Un autre confond Marie Stuart avec “Stuart Little”, la souris. Floriane Zagar pourrait écrire un recueil de perles. Elle en rit, désormais. Et pourtant, derrière ces bévues se cache une alarme répétée par les enseignants du supérieur : la culture générale des étudiants de première année frôle le niveau 3e.

Marc Lefrançois, auteur de livres de vulgarisation historique et professeur de culture G, fait le même constat : « À la fac, j’ai déjà eu des étudiants qui me demandaient ce qu’était un adjectif. » Alors, faut-il se résoudre à éduquer des élèves de moins en moins cultivés ou rebattre les cartes dès le collège ? Selon lui, c’est là que tout se joue. « Une évaluation de culture G en fin de troisième et de terminale, pourquoi pas, dans le cadre du brevet et du bac, permettrait de poser des bases. Et de détecter les lacunes avant l’arrivée au lycée, puis dans le supérieur. »

Évaluer, oui, mais à la condition de ne pas tomber dans le piège du QCM géant. « Ce serait une erreur de limiter la culture générale à une série de dates et de noms à recracher, tranche Marc Lefrançois. Ce n’est pas un quiz, c’est un terrain d’éveil. » Selon lui, la culture G s’apparente à un socle commun de repères en histoire, géographie, littérature, art, société, mais comprend surtout la capacité à faire des liens entre ces domaines, à réfléchir, à questionner.

Floriane Zagar complète : « La critique, ils savent faire. Mais l’esprit critique, c’est autre chose. » La culture, dit-elle, permet justement de prendre de la hauteur, de dépasser les opinions immédiates. Elle ne se résume pas à une somme de connaissances, mais à une disposition d’esprit, une curiosité active et cultivée.

Dès lors, comment l’évaluer ? Marc Lefrançois imagine une série d’épreuves étalées dans le temps, dès la 3e puis au lycée et dans le supérieur, avec une place pour l’oral, la réflexion, le croisement des disciplines. Floriane Zagar plaide pour une intégration souple dans le contrôle continu, avec des modules transversaux, où l’on ferait dialoguer sciences, histoire, arts — toujours à partir de ce qui a été vu en classe, pour éviter de pénaliser les élèves qui ne bénéficient pas d’un environnement familial culturellement favorisé. « Ce n’est pas la culture comme distinction, c’est la culture comme point d’entrée dans le monde. »

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Avant d’évaluer la culture générale, encore faut-il donner envie de s’y plonger. Sur ce point, les deux enseignants se rejoignent : inutile d’imposer des corpus austères. Mieux vaut surprendre, intriguer, faire rire, raconter. Bref, faire passer la culture par la porte d’à côté.

Marc Lefrançois fonctionne par anecdotes, faits divers, citations, pour attaquer des sujets plus complexes. Il raconte Churchill cancre ou les enfances chaotiques de grands personnages pour créer de l’identification. Puis vient le contexte, l’analyse, le lien avec l’histoire. Il parle de « parenthèses heureuses » dans un cursus trop normé, et milite pour redonner le goût de la lecture, en laissant de côté les fiches obligatoires et les lectures imposées.

Floriane Zagar, elle, commence ses cours par une info culturelle liée à l’actualité. Puis viennent les exposés, choisis librement. « Le seul interdit en première année, c’est le foot. Sinon j’ai le droit à Mbappé et la Coupe du monde à chaque exposé. » Elle rit, mais l’intention est sérieuse : ouvrir les élèves à autre chose, leur montrer qu’ils peuvent aimer ce qu’ils ne connaissent pas encore. « La culture, ça s’acquiert toute une vie. Mais il faut un déclencheur. Et parfois, c’est juste une anecdote, un spectacle, un livre qui peut provoquer ce déclic », ajoute-t-elle.

Le sujet est sensible. Peut-on évaluer équitablement une matière que certains enfants découvrent au musée le week-end, quand d’autres n’y ont jamais mis les pieds ? Marc Lefrançois refuse une vision trop déterministe : « J’ai vu des élèves de milieux très modestes, passionnés de lecture, surpasser largement les autres. » Pour lui, la curiosité est gratuite, les bibliothèques sont ouvertes à tous, et Internet peut aussi éveiller des passions.

Floriane Zagar nuance sans contredire : « C’est vrai qu’on n’a pas tous les mêmes chances de départ. Mais c’est justement pour ça qu’il faut repartir de zéro. Je reprends le B.A.BA avec tous mes étudiants : la base doit être la même pour tous, et c’est là le rôle de l’école. » Et de conclure : « Quelqu’un de cultivé sera plus ouvert, plus créatif, plus confiant. Et ce n’est pas réservé à une élite. »

À l’heure où l’intelligence artificielle répond à tout, encore faut-il savoir poser les bonnes questions. C’est précisément ce que la culture permet : exercer son jugement, prendre du recul, penser contre soi-même. Autant de réflexes que ni ChatGPT ni Google ne pourront jamais inculquer à leur place.

AI Summary

NOTRE RÉSUMÉ EN

5 points clés

PAR L'EXPRESS CONNECT IA

(VÉRIFIÉ PAR NOTRE RÉDACTION)

Voici un résumé en cinq points clés de l’article sur le sujet : Évaluer la culture générale à l’école, vraie ou fausse bonne idée ?

  • Un niveau alarmant chez les étudiants

    Les enseignants observent une baisse drastique du niveau de culture générale des étudiants en première année, certains confondant Gutenberg avec Greta Thunberg ou Marie Stuart avec une souris de dessin animé. Cette situation alarme les enseignants, qui plaident pour une meilleure formation dès le collège.

  • Évaluer, oui, mais intelligemment

    Plutôt qu’un simple QCM, la culture générale devrait être évaluée à travers des épreuves orales, des réflexions interdisciplinaires et des mises en contexte. Il s’agit de mesurer la capacité à faire des liens, à penser, à interroger — et non à réciter mécaniquement des faits.

  • La culture comme outil d’ouverture, pas de distinction

    La culture ne doit pas être réservée à une élite. Elle permet de développer l’esprit critique, la curiosité, la créativité. Intégrée de manière vivante et progressive dans le cursus, elle peut devenir un levier d’émancipation et de confiance pour tous les élèves.

  • Inégalités sociales : un faux obstacle ?

    Si tous les élèves n’ont pas les mêmes accès à la culture en dehors de l’école, les enseignants insistent sur l’importance de partir du même socle en classe. La curiosité se transmet et s’éveille, même sans capital culturel familial, à condition que l’école joue pleinement son rôle.

  • Transmettre autrement pour susciter l’envie

    Les enseignants recommandent d’abandonner les corpus figés au profit d’approches ludiques : anecdotes historiques, faits divers, actualités culturelles, exposés libres. Il s’agit de provoquer des « déclics » durables, en donnant goût à la culture avant même de l’évaluer.

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