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« Il faudrait former entre 60 000 et 100 000 ingénieurs de plus par an » : l’Institut Montaigne tire la sonnette d’alarme 

6 Min. de lecture
Il faut former 100 000 ingénieurs de plus par an.

C’est l’objet d’un rapport d’une centaine de pages paru en mai : la France forme trop peu de jeunes aux métiers de l’ingénieur alors que les besoins pour ces profils ne cessent de croître. Dans une perspective de réindustrialisation modérée, qui comprend les enjeux de transition écologique et de croissance numérique, l’Institut Montaigne fixe pour objectif la création de 40 000 postes d’ingénieurs et 60 000 techniciens chaque année. Mais est-ce seulement possible ? 


Selon Éric Labaye, président d’Ekimetrics, ancien président de l’école Polytechnique et de l’Institut Polytechnique de Paris et co-auteur du rapport, ce constat découle d’un double impératif : un besoin quantitatif critique et une urgence culturelle profonde. « Nous avons choisi un scénario modéré avec une réindustrialisation autour de 12 % du PIB. Mais même si on garde une hypothèse de stabilité à 10 %, les besoins en ingénieurs et techniciens restent massifs. Car l’intensité technologique augmente partout : dans les services, la finance ou encore la R&D. »

La tâche est colossale, d’autant plus que la France fait face à un obstacle démographique : la taille d’une classe d’âge va diminuer de 20 % à l’horizon  2035. « Cela signifie que sur une génération plus réduite, nous devrons pourtant former davantage de profils scientifiques pour maintenir notre compétitivité », analyse Éric Labaye.

Un autre frein vient compliquer cette ambition : l’image que les jeunes ont du métier d’ingénieur. Le rapport pointe ainsi une attractivité en berne liée à des clichés tenaces. « Le métier d’ingénieur souffre encore d’une vision vieillotte de l’industrie, celle de l’usine à cheminée, bruyante et polluante. Cette image est très éloignée de la réalité actuelle, où les sites de production sont robotisés, extrêmement propres, intégrés à des processus de développement durable comme la captation du CO₂ », insiste Éric Labaye.

Pourtant, les ingénieurs ne se destinent pas exclusivement aux industries traditionnelles. « Aujourd’hui, un très grand nombre d’entre eux travaillent dans les services, qui regroupent des secteurs très demandeurs de compétences technologiques. Il faut dépasser l’idée selon laquelle l’ingénierie se limite à l’automobile ou à l’aéronautique », précise-t-il.

Pour briser ces stéréotypes, l’Institut Montaigne recommande une action dès le plus jeune âge. « Dès le collège, il faut faire découvrir concrètement les métiers scientifiques et techniques, montrer aux jeunes la diversité des débouchés, de la santé à la transition écologique. »

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Le second axe de recommandation du think tank concerne les écoles d’ingénieurs elles-mêmes. L’Institut Montaigne propose d’élargir considérablement les critères d’entrée en acceptant des étudiants issus de filières variées comme l’économie ou les sciences humaines. À cet égard, l’Université Technologique de Compiègne fait figure de modèle en ayant réussi à doubler la proportion de femmes dans ses promotions grâce à une sélection basée sur le potentiel et une remise à niveau scientifique.

Enfin, il faut angliciser les cursus pour attirer les étudiants étrangers : « Quand les cursus sont proposés entièrement en anglais, comme c’est le cas du Bachelor ou des Masters of Science à Polytechnique, la proportion d’étudiants internationaux monte immédiatement autour de 70 %. Mais dans le cursus ingénieur classique, enseigné principalement en français, ce taux redescend à 30 %. »

Enfin, le troisième volet concerne l’université. Le rapport propose une réallocation partielle des ressources des formations généralistes moins professionnalisantes vers celles directement demandées par les employeurs locaux. Cette mesure, certes clivante, se ferait en concertation directe entre universités et acteurs locaux pour coller au plus près des besoins réels des territoires.

Vient enfin la douloureuse question du financement. Pour accueillir ces dizaines de milliers d’étudiants supplémentaires, le rapport de l’Institut Montaigne propose trois leviers concrets. 

Premièrement, une réallocation pragmatique des ressources, en transférant environ 5 % des budgets des filières moins porteuses vers celles répondant directement aux besoins du marché du travail. Deuxièmement, des gains de productivité internes aux établissements, évalués entre 5 et 10 %, en optimisant l’utilisation des infrastructures ou en augmentant légèrement la taille des classes. 

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Enfin, une hausse modérée des frais d’inscription est envisagée, comprise entre 1 000 et 3 000 euros selon les formations, ce qui pourrait générer jusqu’à 880 millions d’euros supplémentaires. Éric Labaye précise cependant qu’au moins 30 % des étudiants, notamment boursiers, seraient exemptés de cette augmentation. Il souligne que cette mesure, délicate, n’a pas pour but de restreindre l’accès social, mais de garantir la qualité des formations, à l’image du modèle anglo-saxon qui associe augmentation des frais et aides financières accrues.

« Regardez les écoles de commerce françaises : elles affichent aujourd’hui des frais d’inscription autour de 15 000 euros par an, mais figurent parmi les meilleures mondiales selon des classements du Financial Times », fait-il remarquer. « Pourquoi comptent-elles 28 % d’étudiants internationaux ? Parce que leurs cursus sont en anglais et elles attirent des étudiants du monde entier, avec des tarifs qui reflètent leur positionnement haut de gamme. Lorsque les étudiants internationaux voient des frais d’inscription à seulement 1 000 euros, certains parents doutent même du sérieux de la formation. »

Cependant, cette proposition heurte frontalement un principe sacro-saint en France : celui d’une éducation supérieure quasi gratuite, profondément ancrée dans l’idéal républicain. Peut-on y renoncer, même partiellement, au nom de la souveraineté technologique et de l’urgence économique ? L’avenir y répondra.


(Vérifié par notre rédaction)

Voici un résumé en cinq points clés de l’article sur le besoin urgent de former davantage d’ingénieurs en France :

Un déficit critique d’ingénieurs : La France doit former entre 60 000 et 100 000 ingénieurs supplémentaires chaque année pour répondre aux besoins liés à la réindustrialisation, à la transition écologique et à la croissance numérique. Même avec une industrie stable, la demande reste massive.

Une démographie défavorable : La diminution de 20 % des effectifs d’une classe d’âge d’ici 2035 complique la tâche : il faudra former plus de profils scientifiques malgré un vivier d’étudiants en baisse.

L’image du métier à moderniser : Le métier d’ingénieur souffre encore de stéréotypes dépassés liés à une industrie sale et bruyante. Pourtant, 81 % des ingénieurs travaillent aujourd’hui dans les services. L’Institut Montaigne recommande de sensibiliser les jeunes dès le collège.

Ouvrir et internationaliser les écoles : Le rapport préconise d’élargir l’accès aux écoles d’ingénieurs à des profils variés (économie, sciences humaines) et d’angliciser les cursus pour attirer davantage d’étudiants étrangers, comme le font déjà les formations Bachelor et MSc.

Financer la formation de masse : Trois solutions sont avancées : réallouer 5 % des budgets des formations peu porteuses, améliorer la productivité des établissements et augmenter modérément les frais d’inscription (1 000 à 3 000 €), tout en protégeant les étudiants boursiers. Ce point soulève un débat sur le modèle français d’éducation quasi gratuite.

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