Numerus clausus, numerus apertus, loi Neuder… Ces notions reviennent souvent lorsqu’on parle des études de santé en France, sans toujours être bien comprises, notamment par les étudiants en PASS ou en LAS. Elles illustrent pourtant une grande transformation du système de formation des professionnels de santé. La disparition du numerus clausus, après près de cinquante ans d’existence, marque un tournant vers un modèle plus ouvert, mais aussi plus exigeant en termes d’organisation et de moyens. L’enjeu est désormais clair : former davantage de soignants tout en garantissant la qualité des études.
Le numerus clausus : un système de sélection en médecine longtemps dominant
Le numerus clausus, littéralement “nombre fermé” en latin, a été instauré en 1971. Il s’agissait d’un dispositif national fixant chaque année un nombre précis d’étudiants autorisés à poursuivre en deuxième année dans les filières de santé, notamment médecine, pharmacie, odontologie et maïeutique. Pendant des décennies, ce système a structuré l’accès aux études médicales en France.
Concrètement, les étudiants devaient passer par une première année extrêmement sélective, longtemps connue sous le nom de PACES. À l’issue de cette année, seuls les mieux classés au concours pouvaient poursuivre leurs études de santé, dans la limite du numerus clausus. Le taux de réussite variait selon les universités et les filières, mais restait globalement faible, généralement compris entre 10 % et 20 %, ce qui rendait cette première année particulièrement stressante et compétitive.
À l’origine, la mise en place du numerus clausus répondait à une logique économique. L’État cherchait à maîtriser les dépenses de santé en limitant le nombre de médecins formés. Toutefois, cette régulation s’est révélée problématique à long terme. En maintenant des quotas bas pendant plusieurs décennies, la France a progressivement créé une pénurie de professionnels de santé. Cette situation est aujourd’hui visible à travers les déserts médicaux, où l’accès aux soins devient de plus en plus difficile.
La fin du numerus clausus et l’arrivée du numerus apertus
Face à ces constats, le numerus clausus a été officiellement supprimé en 2020 dans le cadre de la réforme “Ma Santé 2022”. Cette réforme visait à moderniser l’accès aux études de santé et à diversifier les profils des étudiants.
C’est dans ce contexte qu’ont été introduits deux nouveaux parcours :
- Le PASS (Parcours d’Accès Spécifique Santé) ;
- La LAS (Licence avec Accès Santé).
L’objectif était de mettre fin à une sélection unique basée sur un concours et d’ouvrir davantage de possibilités de réorientation.
Le numerus clausus a alors été remplacé par le numerus apertus, un système censé être plus souple. Contrairement à l’ancien dispositif, il n’existait plus de quota national unique. Chaque université définissait désormais le nombre d’étudiants admis en deuxième année, en concertation avec l’Agence Régionale de Santé. Cette décision reposait sur deux critères principaux : les capacités d’accueil de l’établissement et les besoins en santé du territoire.
Ce changement a permis d’augmenter progressivement le nombre d’étudiants admis. En quelques années, les effectifs ont nettement augmenté, ce qui a été perçu comme une avancée. Toutefois, cette évolution n’a pas suffi à résoudre les déséquilibres du système.
Le numérus apertus, un système plus flexible… mais toujours limité
Si le numerus apertus a apporté plus de flexibilité, il n’a pas supprimé la logique de sélection. Concrètement, les universités restaient contraintes par leurs moyens. Le nombre de places dépendait toujours des infrastructures disponibles, du nombre d’enseignants et des capacités d’accueil en stage.
Pour les étudiants, la réalité n’a donc pas radicalement changé. L’accès en deuxième année restait conditionné par plusieurs critères : valider son année, obtenir un bon classement et, dans certains cas, réussir des épreuves orales. Même avec de bons résultats, un étudiant pouvait être recalé s’il n’était pas suffisamment bien classé.
Cette situation a entretenu une forte pression sur les candidats. Malgré la suppression du numerus clausus, la sélection demeurait importante, simplement sous une forme différente. Par ailleurs, les universités ont rapidement été confrontées à une hausse des effectifs sans moyens supplémentaires suffisants. Les amphithéâtres se sont remplis, les terrains de stage sont devenus plus difficiles à trouver, et les équipes pédagogiques ont été mises sous tension.
La loi Neuder de 2025 : une nouvelle étape dans la réforme
Face aux limites du numerus apertus, une nouvelle réforme a été adoptée avec la loi du 27 juin 2025, portée par Yannick Neuder. Cette loi marque un tournant et met fin à la logique de quotas, qu’ils soient nationaux ou locaux.
Le principe est désormais le suivant : ce sont les besoins du système de santé qui doivent guider le nombre de professionnels formés, et non plus uniquement les capacités des universités. Cette inversion de logique constitue une évolution majeure dans l’organisation des études médicales.
La loi prévoit également plusieurs mesures complémentaires, comme le développement d’antennes universitaires dans les zones sous-dotées, la création de passerelles pour les étudiants issus de filières paramédicales, ou encore des dispositifs facilitant le retour en France des étudiants partis se former à l’étranger.
Pour les étudiants, cette réforme ne supprime pas la sélection, mais elle la change. L’évaluation est désormais plus globale : elle prend en compte le parcours, les compétences et le projet professionnel, au lieu de reposer uniquement sur un classement strict.
Quels sont les principaux enjeux de la réforme du numerus clausus ?
Un défi pour les universités et la qualité des formations
Cette réforme est porteuse d’espoirs, toutefois elle suscite également des inquiétudes. Les facultés de médecine alertent sur le risque de voir la qualité de la formation se dégrader si les moyens ne suivent pas.
Former davantage d’étudiants nécessite en effet des ressources importantes : enseignants, infrastructures, terrains de stage, encadrement hospitalier… Or, ces éléments sont déjà sous tension dans de nombreux établissements. Sans investissement supplémentaire, l’augmentation des effectifs pourrait fragiliser l’ensemble du système.
La mise en œuvre de la réforme reste progressive, et de nombreux aspects doivent encore être précisés par des textes réglementaires. La période actuelle est donc une phase de transition, au cours de laquelle les universités doivent s’adapter à ces nouvelles orientations.
Un enjeu européen : limiter le départ des étudiants à l’étranger
Un autre aspect important de cette réforme concerne la dimension européenne. Depuis plusieurs années, de nombreux étudiants français choisissent de partir étudier la médecine à l’étranger, notamment en Europe de l’Est ou en Espagne. Ce choix est souvent motivé par la difficulté d’accéder aux études de santé en France.
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Ce phénomène pose plusieurs problèmes. D’une part, il représente une forme de contournement du système français. D’autre part, le retour en France peut être compliqué pour ces étudiants, notamment en raison des différences de formation et des exigences des examens.
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La réforme vise donc aussi à limiter cet exil étudiant en offrant davantage de perspectives en France. En augmentant le nombre de places et en assouplissant les conditions d’accès, l’objectif est de retenir les étudiants sur le territoire national et de mieux répondre aux besoins en professionnels de santé.
Une réponse partielle aux déserts médicaux
La suppression des quotas s’inscrit également dans une volonté de lutter contre les déserts médicaux. En formant davantage de médecins, l’État espère améliorer l’accès aux soins dans les zones les plus touchées.
Cependant, cette mesure ne suffira pas à elle seule. La répartition des professionnels dépend de nombreux facteurs, comme les conditions de travail, l’attractivité des territoires ou encore les perspectives de carrière.
Former plus de médecins ne garantit pas automatiquement qu’ils s’installeront dans les zones où les besoins sont les plus importants. La réforme doit donc s’accompagner d’autres politiques publiques pour être pleinement efficace.













