Thimoté Polet, étudiant et skipper de 25 ans : « Je tiens à aller au bout de mon master ! »

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Thimoté Polet, étudiant et skipper.
Crédit photo : Patrick Deroualle

Thimoté Polet, skipper et étudiant à la Grenoble École de management, a terminé sa troisième Transat Café l’OR mercredi 19 novembre 2025. Au quotidien, le jeune homme au parcours impressionnant jongle entre la navigation, la gestion de son projet d’entrepreneur sportif, et les cours en distanciel. Il partage son expérience avec les autres camarades de sa promotion, tous sportifs de haut niveau.


« Je suis le seul étudiant de la course, et je tiens à aller au bout de mon master ! ». À seulement 25 ans, Thimoté Polet vient de boucler sa troisième Transat Café l’OR (ex-Transat Jacques-Vabre) en binôme avec Pierrick Letouzé. Il a mis pied à terre en Martinique mercredi 19 novembre dernier. 

Le top départ de cette dix-septième édition avait été donné le 26 octobre 2025 au Havre, en Seine-Maritime. Les deux skippers du Class40 ZEISS se sont hissés à la 14e place du classement (20j 16h56mn 22s), un résultat décevant pour le jeune marin. « L’objectif était clairement un top 10. C’était faisable. Pas facile, mais faisable, explique-t-il. D’autant plus que l’on avait fait une super avant-saison. Cela peut remettre en question le fait de faire autant de choses en même temps : être étudiant, gérer mon projet et être skipper. C’est difficile d’être bon partout. Même si je ne pense pas que cela soit le moment idéal pour prendre des décisions, après une course éprouvante ». 

Après un départ réussi, les choses se sont compliquées pour les deux hommes lors de la deuxième étape, débutée le 1er novembre et marquée par une tempête au large des côtes espagnoles. « On savait que les trois jours qui arrivaient allaient être costauds, à cause du vent, mais surtout des orages et des éclairs, raconte Thimoté Polet. On a vécu deux nuits vraiment violentes, le bateau cassait des vagues dans la nuit noire. Ça maintenait éveillé… C’est la première fois que j’ai eu une petite boule au ventre, où je me suis dit que la situation pouvait empirer », confesse le Havrais. 

Les marins « s’accrochent, prient, attendent ». « Il y en a un qui essaie de se reposer à l’intérieur pendant que l’autre est dehors en train d’essayer de régler les voiles pour ne pas se retourner. On se tient, parce que le bateau va tellement vite. Il rebondit, ça frappe dans tous les sens. On a du mal à se déplacer, on ne peut plus manger ». Les skippers se sont d’ailleurs très peu alimentés lors de cette période, où la perte d’énergie s’est faite sentir. Dormir aussi est un luxe. « C’est hyper dur, mais il faut tenir. C’est dur pour tout le monde. Il faut aussi espérer ne pas avoir trop de casse matérielle ». Plusieurs participants ont été obligés d’abandonner. « Certains ont perdu leur mât, des voiles ont explosé, des bateaux se sont ouverts ». 

Qu’en est-il de la sécurité des coureurs ? « On suit des formations, détaille l’étudiant. Là, on est proches des côtes espagnoles. C’est vraiment lorsqu’on est au milieu de l’Atlantique que ça peut être dangereux ». Thimothé Polet s’est lui-même retrouvé en difficulté en 2024, lors d’une course en solitaire, la Transat New York Vendée. « Mon mât m’est tombé sur la main, j’ai eu deux doigts cassés, dont le petit doigt en deux. J’ai essayé de le remettre en place, en vain. C’était une douleur terrible. J’étais au large de New York, à portée d’hélicoptère, mais j’ai dû attendre 6h avant qu’il arrive ». 

Thimoté Polet sur son voilier.
Crédit photo : Roland Grard

Une expérience qui n’a pas découragé le jeune skipper, inscrit dans un club de voile dès ses 6 ans. « Faire de la voile en Optimist (petit dériveur pour les enfants, ndlr) au Havre au mois de janvier plutôt que d’aller à l’anniversaire d’un copain, je peux vous dire que ce n’est pas tout le temps facile ! Mais ça forme », estime le marin, soulignant « une ville très dynamique dans le monde du nautisme ».

Cette dernière accueille, tous les deux ans, le départ de la Transat Café l’OR, événement incontournable de la course au large. « On a accueilli l’université du Havre et les personnes qui y travaillent pour lancer un futur SUAPS (Service Universitaire des Activités Physiques et Sportives) dans la ville, mais aussi les directeurs des écoles supérieures du Havre. Cela montre à quel point le côté étudiant est important », souligne le principal intéressé. Son nouveau bateau a été baptisé par le maire, Edouard Philippe. « Il y avait une ambiance incroyable ! s’enthousiasme-t-il. Le village de la Transat rassemble environ 600 000 personnes qui viennent du Havre, de la Normandie, et de bien plus loin ». 

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Toute cette effervescence ne déconcentre cependant pas Thimoté Polet, actuellement en Master spécialisé Finance à la Grenoble École de management (GEM), déterminé à décrocher son diplôme. L’école lui permet de suivre ses études à distance, et « d’étaler » son cursus sur cinq ans. « Si j’avais eu cours en présentiel, je ne sais même pas si j’aurais pu continuer la voile », souligne-t-il. 

Sa promotion est composée en totalité de sportifs de haut niveau. « Il y a des athlètes qui ont fait les Jeux Olympiques, comme Capucine Viglione en escalade, des personnes qui font de l’aviron, de l’athlétisme, beaucoup de skieurs, évidemment, parce qu’on est à Grenoble (Isère). On connait les mêmes doutes, les mêmes difficultés, le même stress avant une compétition, la même façon de se préparer mentalement, nutritionnellement, physiquement… On a le même engagement, toutes ces rencontres sont passionnantes ». 

Au quotidien, le Havrais jongle entre ses cours, la gestion de son projet d’entrepreneur sportif et la navigation. Ce qui englobe notamment un gros travail auprès de ses partenaires. « On n’est pas juste skipper, tient-il à préciser. On doit faire beaucoup plus. Le skipper, c’est évidemment le navigateur, le pilote du bateau, celui qui traverse d’un point A à un point B, qui sait prendre des décisions en mer… Mais c’est aussi savoir se vendre, savoir créer un projet collectif et un projet à impact ». 

Du haut de ses 25 ans, Thimoté Polet « dépasse les 35h le mercredi soir ». « Il y a deux types de projets. Ceux, comme le mien, où c’est le skipper qui navigue et gère le projet, et ceux qui prennent la forme d’écurie. Dans ce cas, un chef de projet recrute un skipper qui ne fait que naviguer. Un jour, j’aimerais bien passer de ce côté-là pour me consacrer uniquement au bateau. Mais pour l’instant, j’ai envie de créer mon projet, y apporter ma touche ». 

Le jeune homme, entrepreneur sportif depuis son adolescence, ne s’est pas tourné vers une école de commerce par hasard. « Je fais beaucoup de relationnel. J’ai compris très tôt qu’il fallait trouver des partenaires. Si je voulais continuer ma passion, il fallait que je trouve des sources de financement. Ce n’était pas à mes parents de devoir supporter ma volonté de faire du bateau, et ça, c’était très important pour moi ».

Il était âgé d’à peine 16 ans lors de son premier déjeuner d’affaires. « Je me demandais comment il fallait que je tienne mes couverts, si je devais mettre une chemise, un costume. Puis finalement, ça s’est très bien passé, ils m’ont mis à l’aise. Maintenant, j’ai des rendez-vous avec les partenaires une fois par mois. C’est devenu une habitude ». 

À ses sponsors, le skipper propose de la visibilité. « Là, il y a le logo ZEISS sur les voiles. On prend l’identité de l’entreprise. explique-t-il. Je propose aussi des navigations avec les salariés ou les clients
de mes sponsors en retour. Chez ZEISS par exemple, on navigue une demi-journée puis on partage un repas. Cela crée énormément de liens dans l’entreprise, ce que j’affectionne particulièrement. J’ai une relation hyper forte avec mes partenaires. Je leur dis vraiment tout et eux peuvent tout me dire. C’est une super aventure, mais à côté de ça, il faut que ce soit rentable. Lors de mon accident au large de New York, ils étaient là, y compris sur le plan financier. Ce n’est pas le cas de tout de le monde, c’est important de le dire ». 

Un rythme effréné qui impacte fortement sa vie personnelle. « J’arrive à prendre maximum dix jours de vacances dans l’année. Je suis quasiment tout le temps en train de travailler, pour l’école, sur le projet. Mais c’est mon choix, je pourrais en faire beaucoup moins, affirme-t-il. Être jeune, c’est le meilleur moment pour créer des choses, que l’on réussisse ou que l’on se plante ! ».

Prochaine étape, et pas des moindres : la mythique Route du Rhum, une course en solitaire reliant Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe. Une première pour le jeune sportif professionnel, qui s’élancera le 1er novembre 2026. Il sera alors encore étudiant, la fin de son master étant prévue en avril 2027.

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NOTRE RÉSUMÉ EN

5 points clés

PAR L'EXPRESS CONNECT IA

(VÉRIFIÉ PAR NOTRE RÉDACTION)

Voici un résumé en cinq points clés de l’article sur le sujet : Thimoté Polet, étudiant et skipper de 25 ans : « Je tiens à aller au bout de mon master ! »

  • Un double parcours hors norme

    À 25 ans, Thimoté Polet vient de terminer sa troisième Transat Café l’OR tout en poursuivant un master en finance à GEM. Seul étudiant de la course, il jongle entre compétitions, gestion de projet et cours à distance.

  • Une course marquée par des conditions extrêmes

    Si son objectif de top 10 n’a pas été atteint, c’est notamment en raison d’une tempête violente lors de la deuxième étape. Vagues, orages, manque de sommeil et alimentation réduite : les skippers ont affronté des conditions éprouvantes qui ont conduit plusieurs concurrents à abandonner.

  • Une expérience forgée par les défis et la résilience

    Victime d’un grave accident en 2024 et habitué depuis l’enfance à naviguer dans des conditions difficiles, le jeune marin a développé une grande maturité. Il rappelle l’importance de la sécurité en mer et de la formation, tout en poursuivant sa passion sans se laisser décourager.

  • Un étudiant pleinement intégré au monde du sport de haut niveau

    Au sein de sa promotion composée uniquement d’athlètes, Thimoté partage les mêmes contraintes et les mêmes codes que ses camarades. Grâce au format adapté de GEM, il peut étaler son cursus et maintenir ses ambitions sportives.

  • Un entrepreneur sportif déjà aguerri, tourné vers l’avenir

    Depuis ses 16 ans, Thimoté gère ses propres partenariats, construit un projet professionnel complet et entretient un lien fort avec ses sponsors. Malgré un rythme intense, il assume ce choix et se prépare désormais pour son prochain défi : la Route du Rhum 2026, qu’il courra en solitaire tout en finalisant son master.

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