3iL Ingénieurs déploiera à la rentrée 2026 un dispositif avec Thales pour garantir une alternance aux étudiantes intégrant son cycle ingénieur à Nantes. Une initiative pensée pour agir sur la féminisation des métiers du numérique.
La féminisation des filières scientifiques
La féminisation des filières scientifiques reste un angle mort persistant de l’enseignement supérieur. C’est sur ce terrain que 3iL Ingénieurs a choisi d’avancer avec une annonce qui dépasse le simple cadre d’un partenariat entreprise école. L’établissement a signé le 25 février 2026, un accord avec Thales afin d’offrir à chaque étudiante intégrant le cycle ingénieur sur son campus de Nantes une alternance sécurisée dès la rentrée de septembre 2026. Derrière cette mécanique très concrète, l’ambition est claire : agir à la fois sur l’accès aux formations, sur la projection professionnelle et sur la place des femmes dans les métiers du numérique.
L’enjeu n’est pas marginal. En France, les femmes ne représentent aujourd’hui que 28 % des diplômés en ingénierie. Dans le numérique, la proportion est parfois encore plus faible selon les spécialités. À l’échelle de 3iL Ingénieurs, les étudiantes pèsent actuellement 18 % des effectifs, toutes formations confondues (prépa intégrée également). Ce double constat structure l’initiative présentée par l’école. Il ne s’agit pas seulement d’ouvrir davantage la porte à des profils féminins, mais de rendre le parcours plus lisible, plus accessible et surtout plus sécurisé au moment charnière de l’insertion professionnelle.
Une alternance garantie comme levier d’attractivité
Le cœur du dispositif repose sur un engagement fort. À Nantes, chaque étudiante intégrant le cycle ingénieur bénéficiera d’une alternance au sein de Thales. Dans un contexte où la recherche d’une entreprise d’accueil peut devenir un facteur de sélection implicite, voire de découragement, cette garantie change la nature du parcours. Elle transforme l’alternance en point d’appui, non en obstacle, et permet à l’école de présenter une trajectoire complète articulant formation académique et immersion en environnement technologique.
L’accord conclu avec Thales donne aussi un contenu particulier à cette promesse. Le groupe est présent dans des secteurs à forte intensité technologique, qu’il s’agisse de la défense, de l’aérospatial, du cyber ou du digital. Pour une école qui forme notamment aux enjeux de cybersécurité, d’intelligence artificielle, de robotique ou encore de santé numérique, l’association prend une dimension structurante. Elle relie directement la pédagogie à des univers industriels où la demande en compétences reste soutenue.
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L’objectif affiché par 3iL Ingénieurs est triple. Il s’agit de favoriser l’accès des étudiantes aux formations scientifiques, de sécuriser leur insertion professionnelle dans des environnements technologiques à forte valeur ajoutée, et de renforcer la féminisation du secteur numérique. Cette articulation entre recrutement, formation et débouchés mérite attention. Beaucoup d’initiatives en faveur de la mixité se concentrent sur l’amont, avec des opérations de sensibilisation. Ici, l’école agit sur l’ensemble de la chaîne, jusqu’à l’entrée dans l’entreprise.
Une promotion à dominante féminine, sans rupture académique
Pour accompagner ce partenariat, 3iL Ingénieurs lance une promotion à dominante féminine au sein de son cycle ingénieur. L’idée est assumée. L’école veut créer un cadre favorable au développement de la confiance, de l’ambition et de la posture d’ingénieure, tout en renforçant la cohésion entre étudiantes. La mesure répond à plusieurs freins identifiés de longue date dans les parcours féminins : l’autocensure, le manque de représentations et l’isolement dans des promotions très majoritairement masculines.
Le choix peut susciter le débat, mais l’école insiste sur un point central : il n’est pas question d’abaisser les exigences ni de créer une voie parallèle. Dominique Baillargeat, directrice générale de 3iL Ingénieurs, rappelle que cette promotion s’inscrit pleinement dans la continuité du cycle ingénieur et qu’elle en respecte « rigoureusement les exigences académiques, le même niveau d’excellence ainsi que le diplôme délivré ». Ce qui change, explique-t-elle, relève du cadre d’accompagnement, pensé pour encourager les vocations féminines dans le numérique et soutenir l’affirmation du leadership comme de l’ambition professionnelle.
Bon à savoir
Cette précision n’est pas secondaire. Toute politique de mixité dans les formations d’excellence se heurte à une critique récurrente, celle d’un éventuel traitement différencié synonyme de moindre exigence. En posant noir sur blanc le maintien du même diplôme et des mêmes standards académiques, l’école cherche à neutraliser ce soupçon. Elle présente ce cursus comme une déclinaison singulière, mais pleinement intégrée à son offre de formation.
Au fond, 3iL Ingénieurs tente de répondre à une question simple et souvent laissée sans solution concrète : comment faire venir davantage d’étudiantes dans des filières où elles restent minoritaires, sans attendre que l’équilibre se corrige de lui-même ? La réponse proposée passe ici par un environnement identifié, un accompagnement spécifique et un débouché immédiatement visible.
Un partenariat pensé pour le territoire nantais
L’autre dimension du projet tient à son ancrage local. Le campus nantais de 3iL Ingénieurs s’inscrit dans un écosystème numérique en croissance, porté par un tissu industriel et technologique dense. Pour l’école, le partenariat avec Thales s’inscrit donc aussi dans une logique territoriale : rapprocher formation et besoins des entreprises, tout en consolidant des liens avec un acteur stratégique implanté dans des secteurs de pointe.
Baptiste Loirat, directeur du campus de Nantes, insiste sur cette convergence entre diversité, inclusion et excellence technologique. Le partenariat, dit-il, traduit une volonté commune d’agir concrètement au service des grandes transitions numériques et industrielles. La formule dit bien ce que l’établissement cherche à installer : une politique de mixité qui ne soit pas périphérique, mais connectée aux enjeux de compétitivité et de transformation du tissu productif.
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Chez Thales, le discours est du même ordre. Hélène Bringer, directrice générale des activités services numériques du groupe, présente la diversité comme un levier d’innovation et de performance. Elle insiste sur la nécessité de permettre aux étudiantes de se projeter, de développer leurs compétences, d’affirmer leurs ambitions et de prendre confiance dans un secteur en mutation rapide.
Bon à savoir
Là encore, la rhétorique n’est pas seulement institutionnelle. Elle traduit une évolution plus large du discours des grandes entreprises technologiques, qui associent désormais davantage la diversité à la capacité d’innover et de recruter durablement.












