Dès la rentrée 2026, les bacheliers pourront suivre un cursus dédié au métier d’enseignant sur cinq ans, avec un concours avancé à bac+3 et deux années de master rémunérées. Derrière cette réforme qui promet plus d’attractivité, se dessine un nouveau modèle de formation : plus direct, plus professionnalisant, mais aussi plus engageant.
Devenir professeur des écoles suit désormais un parcours fléché sur Parcoursup. La nouvelle licence professorat des écoles (LPE) marque un tournant dans la formation des enseignants du primaire : trois ans de licence spécialisée, suivis d’un concours à bac+3, puis deux années de master en tant que fonctionnaire rémunéré. « Le principe général, c’est de créer une formation des enseignants de l’école primaire en cinq années. C’est vraiment quelque chose que le réseau des INSPE (Institut national supérieur du professorat et de l’éducation) demandait depuis longtemps », explique Alain Frugière, directeur de l’INSPE de l’académie de Paris et président du réseau des INSPE.
Un concours avancé et un salaire dès la première année de master
Le changement majeur ? Le concours passe du niveau master 2 au niveau licence 3. « Actuellement, le concours est au niveau M2. Là, il passe au niveau L3. C’est-à-dire que pendant deux années, après le concours, ils vont se former et être rémunérés 1 400 euros net par mois en M1 et 1 800 euros en M2 », précise Alain Frugière. Un argument de poids quand on sait que de nombreux étudiants renoncent à l’enseignement pour des raisons financières.
Mais attention : réussir le concours ne signifie pas devenir enseignant immédiatement. « Pour être titulaire de l’Éducation nationale, il faut avoir un master », insiste le directeur de l’INSPE. Les lauréats du concours entrent en première année de master avec le statut d’« élèves fonctionnaires », avant de devenir fonctionnaires stagiaires en M2, puis titulaires à l’issue de ces deux années.
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Une formation repensée sur cinq ans
La LPE se distingue des licences généralistes par son approche complètement dédiée au métier. Pendant trois ans, les étudiants acquièrent « une maîtrise des savoirs disciplinaires dans l’ensemble des disciplines enseignées à l’école, une première approche de la didactique de ces disciplines, et un premier contact avec le métier », détaille Alain Frugière. Le temps de stage en établissement double, de six à douze semaines en master 1, avec un tuteur pour accompagnement. En master 2, les étudiants glissent d’un tiers-temps à un mi-temps devant les élèves.
Cette professionnalisation progressive vise à corriger les faiblesses du système actuel. « Quelqu’un qui est passé par un master généraliste et qui arrive au concours a reçu au maximum 200, 220 heures de formation », regrette le directeur. « Quand on voit toutes les compétences nécessaires à l’enseignement : disciplinaires, didactiques, liées aux valeurs de la République, à la lutte contre les discriminations, à l’égalité entre les femmes et les hommes, à la prise en compte de la diversité des publics… une formation dédiée était nécessaire. »
Le pari de l’engagement précoce
À Paris, 210 places seront ouvertes via ce concours réservé pour les étudiants de LPE, réparties entre les cinq établissements partenaires de l’INSPE. Un nombre limité qui correspond à environ 60 % des postes ouverts au concours dans l’académie. « L’idée, c’est qu’il y ait toujours deux possibilités », précise Alain Frugière, confirmant que la voie classique (licence généraliste) reste ouverte. Mais le ministère crée ainsi un « concours réservé » spécifiquement pour les étudiants de LPE, avec des épreuves à mi-chemin entre le disciplinaire et le didactique, conçues pour « s’assurer qu’il n’y a pas eu d’erreur de casting ».
Et si on se rend compte que la fibre professorale n’est finalement pas là ? Des passerelles sont prévues, plutôt en L1, voire L2, vers d’autres licences disciplinaires qui pourront valider les acquis. Mais le directeur reste optimiste sur le taux de persévérance. « On se base sur d’autres licences professionnalisantes qui existent déjà : ce sont des formations dans lesquelles il y a un taux d’abandon plus faible que dans les licences généralistes », note Alain Frugière. L’idée : quand on choisit un cursus dédié à un métier précis dès le départ, on va plus souvent jusqu’au bout. « Il y aura toujours quelques étudiants mal orientés, ça arrive. Mais la très grande majorité de ceux qui s’engagent dans cette voie iront jusqu’au concours, puis jusqu’à la titularisation. »
Formation ou recrutement accéléré ?
Derrière l’argument de l’attractivité se cache aussi une urgence : pourvoir les postes vacants. Alain Frugière l’assume, la réforme vise bien à « recruter davantage de professeurs », mais pas à n’importe quel prix. « L’objectif, ce n’est pas d’avoir beaucoup de candidats au concours, insiste-t-il. C’est d’avoir des enseignants bien formés pour améliorer l’enseignement et la réussite des élèves. »
Reste à voir si les bacheliers seront au rendez-vous. « L’intérêt est là », assure le directeur, qui constate déjà « beaucoup de questions » lors des journées portes ouvertes et salons étudiants. Mais transformer cet intérêt en vocations durables, dans un métier en crise de reconnaissance, sera sans doute le véritable test de cette réforme ambitieuse.
NOTRE RÉSUMÉ EN
5 points clés
PAR L'EXPRESS CONNECT IA
(VÉRIFIÉ PAR NOTRE RÉDACTION)
Voici un résumé en cinq points clés de l’article sur le sujet : la nouvelle Licence Professorat des Écoles (LPE) et la réforme de la formation des enseignants du primaire.
Un nouveau parcours dédié dès Parcoursup
Dès 2026, les bacheliers pourront intégrer une Licence Professorat des Écoles (LPE), un cursus fléché sur cinq ans pour devenir professeur des écoles. Cette voie remplace le parcours plus indirect via une licence généraliste, avec une formation spécialisée dès la première année.
Un concours avancé à bac+3 et un master rémunéré
Le concours de recrutement passe du niveau master 2 à la licence 3 (bac+3). Les lauréats deviennent ensuite élèves fonctionnaires rémunérés : environ 1 400 € nets/mois en M1 puis 1 800 € en M2. Objectif : lever le frein financier et renforcer l’attractivité du métier d’enseignant.
Une formation plus professionnalisante et progressive
La LPE renforce fortement la dimension pratique du métier. Les étudiants bénéficient d’une formation disciplinaire, didactique et pédagogique dédiée à l’école primaire, avec davantage de stages : temps en classe doublé en M1 et passage progressif à un mi-temps devant élèves en M2.
Un engagement plus précoce… mais avec des passerelles
Ce parcours suppose de choisir très tôt le métier d’enseignant. Un concours réservé est créé pour les étudiants de LPE, en parallèle de la voie classique qui reste accessible. Des réorientations sont prévues en début de licence pour limiter les erreurs d’orientation.
Un levier d’attractivité… et de recrutement pour l’Éducation nationale
Derrière la réforme, l’objectif est clair : attirer plus de candidats et sécuriser les parcours dans un contexte de pénurie d’enseignants. Le ministère mise sur une formation plus solide et plus engageante pour former des professeurs des écoles mieux préparés, tout en répondant aux besoins urgents du système éducatif.













