Ils ne sont pas nés avec une cuillère en argent dans la bouche et n’avaient pas nécessairement les codes pour monter une entreprise, et pourtant ils se sont lancés ! Portraits de trois jeunes que rien ne prédestinait à l’aventure entrepreneuriale.
« Le réel problème ce n’est pas trouver de l’argent mais la volonté de faire »
Ibrahim Magassa, 25 ans, gérant de Vitro Pro IDF, Aubervilliers (93)
À 17-18 ans, Ibrahim Magassa n’était pas vraiment « un élève modèle » comme il dit. Pour subvenir aux besoins de sa famille, il enchaîne les petits boulots de livreur, d’ouvrier du BTP et d’agent d’entretien. Mais rapidement des problèmes au genou et au dos lui imposent d’en rester là. Il se forme alors au développement web. « J’ai bossé deux ans dans un chantier d’insertion et j’y ai rencontré des personnes extraordinaires », se souvient-il.
Mais Ibrahim veut être son propre patron. Contre l’avis de sa mère (notamment) qui pense que la sécurité passe par « un CDI avec un salaire qui tombe tous les mois », le jeune homme décide de se lancer dans le lavage de vitres dans son quartier d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). Il achète le matériel de base et démarche tous les commerçants de proximité. Les bars à thé, les restaurants, les supérettes… « Parfois, je nettoyais une à deux vitres par jour, parfois zéro », raconte celui qui s’est d’abord lancé comme autoentrepreneur.
Galvanisé par ses premières missions, Ibrahim décide d’étendre son activité à des prestations de ménage. Pour acheter du matériel (autolaveuse, karcher, véhicule professionnel notamment), il sollicite les associations de sa ville. À la clé, deux bourses d’un total de 4 000 euros. Et un micro-crédit de 5 000 euros remboursable sur 3 ans décroché auprès de l’Adie. « Pour entreprendre, le réel problème ce n’est pas trouver de l’argent mais la volonté de faire. Il faut bosser et accepter quand les gens vous tendent la main. Dans le quartier, on reste entre nous, on n’accepte pas facilement l’aide des autres », regrette-t-il.
Aujourd’hui Ibrahim Magassa qui affirme n’en être encore « qu’au début de son aventure », est prêt à servir de modèle « aux petits » de son quartier. Ils leur donnent par exemple des missions d’une heure par-ci par-là. Pour un chiffre d’affaires mensuel compris entre 4 000 et 5 000 euros, il effectue la plupart des missions lui-même et emploie un salarié à temps partiel. « J’ai une certaine liberté financière et je subviens également aux besoins de ma famille », insiste-t-il.
La prochaine étape pour déployer son business sera de faire l’acquisition d’un drone nettoyeur de vitres. « Mon rêve ? Lancer un chantier d’insertion ou en tout cas une structure dédiée aux jeunes de mon quartier. En fait, ce n’est pas un rêve mais bel et bien mon objectif », conclut le jeune homme qui a transformé sa micro-entreprise en SARL début octobre 2025.

« Foncez et surtout de ne pas écouter les gens qui pensent savoir mieux que vous »
Lia Godfrey, 19 ans, auto-entrepreneure, L’Instant 3L, Marseille (13)
L’onglerie, c’est la passion de Lia Godfrey depuis toujours. « À 14 ans, j’accompagnais déjà ma grand-mère à ses rendez-vous en institut. J’étais fascinée », raconte volontiers la jeune fille. Alors, durant ses années collèges, elle fait les ongles aux copines et à celles qui entendent parler de son travail. Lors de son année de seconde, elle suit une formation en perfectionnement sur les techniques d’onglerie. « Quand j’avais cours à 14 h, je faisais des ongles le matin avant de filer à l’école. Le rythme était intense. Au moment de remplir les vœux sur Parcoursup, ma mère voulait que je me lance dans un BTS. Je n’en avais aucune envie. Alors je lui ai montré des annonces pour des locaux en vue de monter mon propre institut.
À l’époque, j’étais mineure (ndlr : 17 ans) donc pas facile de convaincre l’agent immobilier. Mais ma motivation a fait la différence », témoigne Lia. À 18 ans, donc, en avril 2024, elle monte son auto-entreprise et cherche des fonds pour financer les travaux, la caution et les loyers. Elle contracte un micro-crédit de 3 000 euros auprès de l’Adie. Et ouvre son institut en juillet 2024.
Près de 18 mois plus tard, Lia n’a pas encore levé le pied. De 9h30 à 21h30, elle enchaine les prestations pour des clientes qui se passent le bon plan de bouche à oreille. « L’été dernier, j’ai perdu 6 kilos car je ne prenais même pas le temps de déjeuner. Mon affaire marche très bien, je suis satisfaite. Mais pour préserver ma santé, désormais je m’octroie deux jours de repos par semaine », souligne-t-elle.
Celle qui ne se voit pas du tout embrasser le monde du salariat est heureuse de pouvoir gérer son temps et son argent à sa guise. Mais elle reconnait qu’être entrepreneure si jeune « c’est beaucoup de pression à gérer. Entre le loyer, l’Urssaf, la gestion des stocks, les remboursements… ». Son entourage amical ne comprend pas toujours les raisons d’un tel investissement en temps. « Je ne vais pas à la plage avec mes copines quand elles le souhaitent mais j’ai trouvé un job qui me plait. Je vis de ma passion », résume-t-elle.
À tous ceux qui hésiteraient à se lancer, Lia Godfrey recommande « de foncer et surtout de ne pas écouter les gens qui pensent savoir mieux que vous. J’ai entendu “mais tu es trop jeune”, “il y a beaucoup de concurrence”. Moi, j’ai toujours cru en moi même si je suis partie de rien ».

À LIRE AUSSI
« Montrer aux décideurs clés que l’on est malin et débrouillard »
Thibaut Camus, 20 ans, créateur de Natur’Apéro, Crépy-en -Valois (60)
Après l’obtention de son bac pro électrotechnique, Thibaut Camus n’a toujours pas envie d’en faire son métier. Il réalise donc un service civique dans la communication mais ne perd pas de vue son principal objectif. « Mes parents ont toujours été commerçants dans le secteur de la poissonnerie. Bien que ce domaine ne m’attirait pas, l’idée de devenir mon propre patron m’a toujours animé. Sportif et soucieux de mon alimentation, j’ai constaté qu’il existait peu d’alternatives saines pour l’apéro. C’est ainsi qu’est née l’idée de Natur’Apéro », témoigne le jeune homme.
Son credo : le pop-corn éclaté à l’air chaud et pas passés dans l’huile. « Une méthode plus saine, très utilisée aux États-Unis », assure-t-il. Au départ, il contacte plusieurs laboratoires pour élaborer sa recette, mais les coûts requis sont trop élevés (des dizaines de milliers d’euros). Bien décidé à réaliser son projet, Thibaut réalise donc ses propres tests chez lui dans l’Oise pour réduire les dépenses. « J’ai également tenté de me financer via une campagne Ulule, qui n’a malheureusement pas aboutie. C’est en cherchant d’autres solutions que j’ai découvert l’Adie.
À l’époque, mon entreprise était déjà immatriculée. J’avais besoin de 2 000 euros pour finaliser mon plan de financement. L’Adie m’a octroyé un microcrédit de 1 000 euros, complété par une prime jeune de 1 000 euros. Ce soutien m’a permis de concrétiser mon idée et de lancer mes premières productions », résume-t-il.
Le Prix coup de cœur Hauts-de-France/Picardie de l’Adie doté de 2 500 euros lui a aussi permis de mettre de l’air dans ses pop-corn. Aujourd’hui installé dans le labo d’une entreprise spécialisée dans la production d’aliments déshydratés, Thibaut produit 3 000 à 5 000 sachets de pop-corn par mois. Et ses snacks healthy sont distribués dans 50 points de vente. « Pour moitié dans des épiceries fines. Et pour le reste au sein du réseau Biocoop », détaille-t-il. C’est d’ailleurs l’un des membres du jury du Prix Coup de Cœur de l’Adie, un patron de Biocoop qui l’a aidé à être référencé dans cette enseigne.
Près de deux ans après le lancement de sa marque, Thibaut Camus voudrait passer la vitesse supérieure car la demande est belle et bien là mais il n’arrive pas à fournir. « Ma production est trop artisanale. Je cherche donc à lever des fonds pour financer l’achat d’une ligne de production complète qui accélèrerait la cadence d’emballage. Mais elle coûte plusieurs dizaines de milliers d’euros », précise-t-il. Acheter cette machine ou sous-traiter cette opération, Thibaut est toujours en pleine réflexion. Son conseil aux très jeunes entrepreneurs ? « Il faut montrer aux décideurs clés que l’on est malin et débrouillard en étant visible sur LinkedIn, par exemple ». Et surtout ne pas compter ses heures.

NOTRE RÉSUMÉ EN
5 points clés
PAR L'EXPRESS CONNECT IA
(VÉRIFIÉ PAR NOTRE RÉDACTION)
Voici un résumé en cinq points clés de l’article sur le sujet : Ascenseur social : ces très jeunes entrepreneurs qui réussissent
La volonté avant l’argent
Pour Ibrahim, Lia et Thibaut, la clé n’est pas la disponibilité des financements mais la détermination à agir, à accepter l’aide et à persévérer malgré les débuts précaires ou les obstacles familiaux.
Des parcours atypiques mais une même ambition
Qu’il s’agisse d’un ancien livreur devenu gérant de société de nettoyage, d’une lycéenne passionnée d’onglerie devenue auto-entrepreneure ou d’un diplômé de bac pro lançant sa marque de snacks sains, tous ont transformé leur passion ou leur situation en opportunité entrepreneuriale.
Le rôle décisif du microcrédit et de l’accompagnement
Les trois jeunes ont bénéficié de microcrédits et primes de l’Adie, parfois complétés par des aides locales. De petites sommes (entre 1 000 et 5 000 euros) ont suffi à débloquer leurs projets et à structurer leurs activités.
Une réalité exigeante : travail intense et responsabilités toutes jeunes
Horaires interminables, pression financière, gestion des stocks, charges ou production artisanale : leurs témoignages rappellent que l’entrepreneuriat très jeune exige discipline, endurance et autonomie, loin des clichés de liberté totale.
Inspirer les autres et viser plus loin
Chacun porte une ambition supplémentaire : créer un chantier d’insertion, préserver sa santé en structurant mieux son activité, ou lever des fonds pour industrialiser sa production. Tous souhaitent montrer l’exemple aux jeunes de leur milieu et partager un message : oser, croire en soi et ne pas écouter les freins extérieurs.













