Tribune – Marc-Henri DESPORTES, Président exécutif du groupe OMNES Education
L’inversion des générations : le changement de paradigme que personne n’a vu venir
Seulement 15 % des PME françaises ont engagé une intégration structurelle de l’intelligence artificielle. Dans les grands groupes, ce chiffre a atteint 58 %. Ce fossé se creuse, alors même que les dirigeants de PME sont convaincus que l’IA est en train de devenir un avantage compétitif indispensable. Ce qui leur manque, ce n’est pas l’envie d’essayer : c’est le temps pour apprendre, les ressources pour un passage concret à l’action.
Car l’IA reste en effet abstraite tant qu’elle n’a pas fait gagner cinq heures par semaine à un directeur commercial, automatisé les relances clients d’un dirigeant débordé, ou généré en quelques secondes une proposition commerciale qui réclamait jusque-là une demi-journée.
De l’autre côté de ce fossé : une génération d’étudiants qui manient ces outils avec une aisance naturelle, issue de leurs habitudes personnelles et surtout des nouveaux enseignements qu’ils ont reçus, et qui n’attendent que des cas réels pour transformer la théorie en impact. Pour la première fois dans l’histoire, les jeunes entrent en entreprise en sachant quelque chose que leurs managers n’ont pas encore. Cette inversion partielle où l’expérience du dirigeant rencontre l’agilité numérique de l’étudiant, est un levier de transformation économique sans précédent, et l’un des plus puissants que je connaisse contre le chômage des jeunes.
C’est tout le sens du Printemps de l’IA des PME que nous avons organisé à la veille de VivaTech : près d’une centaine de dirigeants, mentorés par nos étudiants, sont venus y partager des cas d’usage concrets. Il s’agit d’une transmission de savoir d’un nouveau genre, à travers le mentorat inversé, un véritable prototype appelé à être déployé à grande échelle !
L’enseignement supérieur privé, un rôle déterminant face à l’urgence des compétences
Ce rendez-vous n’aura lieu que si la formation s’adapte rapidement. Dans un monde où les usages de l’IA se réinventent tous les six mois, “suivre” ne suffit pas : il faut devancer. Réviser les contenus dès que les outils changent, outiller les enseignants, rester en prise directe avec ce que vivent réellement les entreprises : cela exige une agilité structurelle que peu d’acteurs peuvent revendiquer. C’est là que l’enseignement supérieur privé a un rôle déterminant à jouer.
Les établissements privés, parce qu’ils sont structurellement agiles et proches des employeurs, ont cette capacité d’aller vite là où les besoins en compétences sont devenus exponentiels. J’en fais une responsabilité : nous pouvons et devons aller vite, tout en visant l’impact le plus large possible, en nombre d’étudiants formés comme en innovation pédagogique.
Chez OMNES Education, 70 % de nos alternants sont aujourd’hui en poste dans des PME. Former ces étudiants aux usages métiers de l’IA, c’est armer le tissu économique français à l’endroit précis où il en a le plus besoin. Les PME représentent plus de la moitié de la richesse nationale : accélérer leur transition, c’est accélérer celle du pays tout entier.
IA éthique et souveraine : la fin de la naïveté
Je l’assume : je suis un optimiste. En France, on confond malheureusement souvent optimisme avec naïveté. Alors qu’en alliant lucidité et action, on peut rester optimiste.
L’actualité vient de nous le rappeler avec une brutalité salutaire. La demande soudaine de l’administration américaine de bloquer l’accès aux modèles d’Anthropic les plus puissants pour les utilisateurs non-américains a d’ailleurs provoqué un véritable séisme chez les experts en Europe et, espérons-le, un réveil face à nos dépendances technologiques. Et les autres risques de l’IA sont connus et réels : consommation de ressources, bulle spéculative, risque d’appauvrissement cognitif, perte de maîtrise de ses données et savoir confidentiels…
Connaître ces risques ne doit pas nous empêcher de faire, mais nous force à travailler davantage pour les maîtriser.
Prendre son destin en main, c’est choisir le discernement, privilégier une IA éthique, frugale, et autant que possible souveraine. C’est exactement ce que nous enseignons à nos étudiants : ne pas se contenter d’utiliser ces outils, mais les comprendre, les questionner, en évaluer les biais et les dépendances, connaître les questions de maîtrise des données, des failles de sécurité. Le discernement ne s’automatise pas. Une IA au service de la compétitivité des PME ne peut pas être celle qui détruit ce qui fait leur force : un savoir accumulé par l’effort, la relation de confiance, le jugement humain, l’indépendance.
Face à ce tsunami technologique qu’est l’IA, nous sommes à un point de bascule pour les PME françaises. Nous avons le devoir de ne pas manquer ce rendez-vous historique, à la fois pour nos étudiants, pour nos PME, et pour la compétitivité d’un pays.
Pour y parvenir, il est indispensable de favoriser une politique d’insertion de nos jeunes correctement formés aux usages de l’IA dans les entreprises via l’emploi, les stages et l’apprentissage. Nous avons la chance d’avoir en France tous les outils à notre disposition pour le faire, saisissons-là !
Qui est Marc-Henri Desportes ?

Marc-Henri Desportes est président exécutif du groupe OMNES Education, l’un des principaux acteurs français de l’enseignement supérieur privé. Le groupe rassemble plusieurs écoles couvrant le management, l’ingénierie, la communication, les sciences politiques et le digital, et forme des dizaines de milliers d’étudiants sur ses campus en France et à l’international. À travers cette tribune, il défend le rôle de l’enseignement supérieur privé dans l’accélération de la transition numérique des PME françaises.












