Sur les réseaux sociaux, il s’appelle Pierre Chartier. À la ville, Zarch ou Ziyad El Yaagoubi de son vrai prénom est un ancien trader et est le fondateur du groupe Advance, qui réunit DERIVATIVES, IB Prep et Case Prep, trois organismes de formation spécialisés dans les métiers de la finance et du conseil. Avec son personnage caustique et attachant, il tourne en dérision les codes des salles de marché tout en démystifiant, pour de vrai, un secteur réputé opaque. Il revient, sans langue de bois, sur les études, le recrutement et le quotidien du métier, en répondant aux questions que se posent les étudiants qui rêvent d’y entrer.
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Quelles études faire pour intégrer la finance de marché ?
Quel a été votre parcours, du lycée jusqu’à vos débuts en finance de marché ?
J’ai suivi un cursus assez classique sur le papier. Je viens de Corse, et là-bas, le parcours le plus valorisé, c’est la médecine. Jusqu’en terminale, je pensais d’ailleurs partir dans cette voie. Mais au vu de mes résultats, notamment en maths et en physique où j’étais dans les trois premiers de ma classe, je me suis dit qu’une classe préparatoire était envisageable. Le plus difficile a été de trouver une prépa suffisamment cotée pour prétendre à de bonnes écoles ensuite. Je me suis beaucoup fié aux classements, j’ai postulé dans plusieurs établissements et j’ai fini par intégrer la CPGE Masséna à Nice, en PCSI.
J’ai choisi la voie scientifique plutôt qu’économique pour me concentrer sur les maths et la physique, sans les matières annexes qui comptent beaucoup en filière éco. Et contre toute attente, je n’ai pas terminé en école d’ingénieurs.
Comment expliquez-vous ce virage vers l’EDHEC plutôt qu’une école d’ingénieurs ?
Pour des raisons personnelles, je n’ai pas pu passer les concours d’ingénieur. J’avais en revanche déjà passé le concours de l’EDHEC, qu’on présente souvent comme un bon entraînement pour les concours d’ingé. Finalement, c’est cette école que j’ai intégrée et j’y suis entré avec l’idée déjà bien ancrée de faire de la finance.
Pourquoi la finance de marché plutôt que le M&A, qui attire pourtant davantage les étudiants d’écoles de commerce ?
À l’EDHEC, beaucoup de mes camarades se dirigeaient vers le M&A. C’est un secteur assez cyclique, très dépendant de la santé économique, avec des journées longues et des semaines qui débordent largement du cadre classique. Ça ne me correspondait pas, je préférais des journées plus courtes, mais plus intenses. La finance de marché m’a aussi permis de retrouver une approche mathématique qui me manquait. Le problème, c’est que les informations sur ce secteur étaient très difficiles à obtenir. C’est un monde opaque, et c’est exactement ce qui m’a donné, plus tard, l’idée de créer du contenu sur le sujet, sous les traits de Pierre Chartier, mon personnage sur les réseaux.
Avec le recul, quelles expériences de vos études se sont révélées les plus utiles une fois en poste ?
Je crois beaucoup au socle construit dans les premières années d’études, que ce soit en prépa ou à l’université. D’un côté, il y a les hard skills : être à l’aise avec les chiffres, jongler avec les formules, des choses qu’on aborde en terminale mais qu’on approfondit tellement en prépa qu’elles deviennent naturelles. De l’autre, il y a les soft skills, la rigueur, le raisonnement logique, l’autonomie. On est des milliers à chercher un stage en finance, il faut savoir se débrouiller seul, contacter des professionnels, aller vers eux. L’école de commerce ajoute une couche sociale à ce socle, avec un vrai esprit de camaraderie entre étudiants qui visent tous la même chose. Contrairement à une école d’ingénieurs spécialisée où l’on serait presque seul à vouloir partir en finance, ici on en parle en permanence. Les bases de micro et macroéconomie comptent aussi, même si je les trouvais personnellement un peu sous-développées dans mon cursus.
Existe-t-il des voies d’accès à la finance de marché en dehors des écoles de commerce et d’ingénieurs classiques ?
Assez peu. Au-delà de ces deux filières, certaines universités parisiennes comme Dauphine, Panthéon-Assas ou la Sorbonne s’en sortent plutôt bien. En province, c’est en revanche beaucoup plus compliqué. Il faut aussi nuancer, des postes en middle office, par exemple, restent accessibles par d’autres voies.
Quelles écoles mènent aujourd’hui le plus naturellement à la finance de marché ?
Côté écoles d’ingénieurs, sans prétendre à l’exhaustivité, on retrouve sans surprise Polytechnique, CentraleSupélec, les Mines de Paris ou l’ENSAE, ainsi que les autres Centrale (Lille, Lyon, Nantes), même si peu de leurs étudiants visent réellement ce secteur. Les ENS d’Ulm, Lyon et Cachan sont également très recherchées, mais peu de candidats s’y dirigent spécifiquement vers la finance, c’est le même constat. D’autres écoles moins sélectives, comme l’ESILV, envoient aussi des étudiants dans le secteur.
Côté écoles de commerce, HEC, l’ESSEC, l’ESCP, emlyon et l’EDHEC dominent. On peut affiner en trois strates, un top 3 où EDHEC et emlyon se situent à un niveau équivalent, puis un top 10 SIGEM, dans lequel SKEMA se positionne nettement au-dessus des autres écoles, hors top 5. Au fond, une école reconnue en finance est avant tout une école qui compte beaucoup d’anciens élèves déjà en poste dans le secteur. Quand un CV arrive sur un desk et qu’on reconnaît l’école du bureau voisin, ça rassure. C’est ce mécanisme qui construit la réputation des écoles.
Césure, réseau et recrutement : comment décrocher un poste en finance de marché ?
Quel rôle a joué la césure dans votre parcours et pourquoi pèse-t-elle autant dans ce secteur ?
Après ma deuxième année à l’EDHEC, j’ai fait ma césure chez BNP Paribas puis à la Société Générale. Quand on sort d’une école de commerce, la finance de marché paraît difficile d’accès, les postes de trader, de quant ou de structureur demandent une approche mathématique poussée, plutôt associée aux écoles d’ingénieurs. Sauf exception comme Polytechnique, la césure compte presque autant que le diplôme dans une grande école. C’est elle qui permet de construire un réseau et d’apprendre les codes du métier. Quelqu’un qui sort de l’EDHEC avec une très bonne césure peut décrocher un poste solide et multiplier ses opportunités. L’école d’origine reste importante, mais une bonne césure peut vraiment changer la trajectoire.
Le réseau a-t-il été déterminant dans votre parcours, notamment pour votre départ à Hong Kong ?
Complètement. C’est grâce à un contact noué à la Société Générale que je suis parti à Hong Kong. Cette personne m’a recontacté quand elle a eu besoin de profils sur place. Je n’avais pourtant pas de réseau au départ. Mes parents n’avaient aucun contact dans ce secteur, et mes frères et sœurs étaient partis en médecine. Le réseau, dans la finance, ne tombe pas du ciel. Il se construit, s’entretient et se développe avec le temps.
À quoi ressemble concrètement un processus de recrutement pour un poste de trader, de sales ou de structureur ?
Avec The Finance Games et le personnage de Pierre Chartier, j’ai justement essayé de reproduire ces processus de recrutement, entouré de profils expérimentés issus de grandes écoles, des personnes difficiles d’accès qui acceptent de se prêter à un format YouTube à mi-chemin entre le divertissement et le sérieux.
Sur le fond, il existe deux types de process. Le process en ligne, avec des questions de type « fit » puis, selon les banques, des tests psychotechniques suivis des entretiens techniques classiques. Et une réalité plus informelle qu’on l’imagine, une offre peut très bien être postée directement par un desk sur LinkedIn plutôt que sur le site officiel de la banque. Avoir une présence sur ce réseau et pouvoir justifier d’un vrai intérêt pour la finance devient donc essentiel, en plus des candidatures spontanées et standardisées. Le nombre d’entretiens varie selon les banques et selon qu’il s’agit d’un stage ou d’un CDI, mais on tourne le plus souvent autour de trois à quatre entretiens, avec la nécessité de convaincre une bonne partie de l’équipe.
Quelles erreurs voyez-vous le plus souvent chez les étudiants qui préparent ces entretiens ?
La plupart des candidats sont brillants, issus de prépas et de grandes écoles. Le vrai problème, ce n’est pas le niveau intellectuel, c’est le décalage entre ce qu’ils ont révisé et ce qui est réellement attendu. Il faut savoir quoi réviser, et à quel niveau de profondeur. Ce n’est écrit dans aucun manuel, et les écoles ne l’enseignent pas, alors que c’est précisément le plus important. Je reçois énormément de messages de gens qui me remercient de leur donner les questions et les informations réellement demandées en entretien. Il y a aussi une erreur de méthode. Beaucoup oublient l’importance de LinkedIn ou de la candidature spontanée, et ne savent pas comment capter l’attention d’un recruteur. Arriver en pensant que la recette qui a toujours fonctionné à l’école, bien travailler, être un bon élève, suffira, c’est une erreur, il y a un vrai décalage entre l’envie d’aller en finance et la maturité nécessaire pour y entrer. Et ça se paie plein tarif, car contrairement à d’autres secteurs où l’on a le temps de mûrir, en finance, si l’on n’est pas prêt, quelqu’un d’autre prend la place. Il y a peu de postes et beaucoup de candidats.
Trader, sales, structureur : à quoi ressemble le métier au quotidien ?
À quoi ressemble une journée type de trader, une fois en poste ?
Ça dépend beaucoup de l’équipe et de l’activité du desk. Sur le mien, la journée démarrait à 8 heures et il y avait une réunion à 8h30 où les seniors du desk revenaient sur la veille et sur l’état du book, c’est-à-dire l’ensemble des positions détenues sur le marché, pour donner une vision globale avant l’ouverture. Ensuite, la journée de trading commence vraiment, l’ouverture et la clôture des marchés sont les moments sont souvent les moments les plus intenses. On travaille en open space, donc tout le monde peut vous solliciter à tout moment. Le principe d’une banque, c’est de vendre des produits. Les sales les vendent, les structureurs les construisent et les traders les font vivre, avec pour objectif de monétiser le risque pris par la banque. Le reste de la journée se partage entre le suivi du book et des projets plus long terme, quand on est junior trader sur un desk, on développe beaucoup d’outils, sans être là pour prendre des positions, mais pour faciliter la vie de l’équipe.
Quelles différences essentielles distinguent les métiers de sales, structureur et trader, que le grand public confond souvent ?
Ce ne sont pas les mêmes compétences. Le sales vend les produits de la banque, mais son vrai rôle va au-delà, établir une relation de confiance avec le client et anticiper ses besoins, un peu comme un supermarché qui sait qu’il vendra plus de saumon et d’huîtres avant Noël et adapte son marketing en conséquence. Le structureur, quant à lui, construit le produit. C’est la part la plus créative du métier, celle de l’ingénieur financier qui invente quelque chose qui n’existe pas encore chez la concurrence, pour capter un flux de clients que la banque n’aurait pas eu sinon, avec une marge plus confortable à la clé. Le trader, enfin, fait vivre ces produits. Son rôle central, c’est de gérer et de couvrir le risque que la banque prend en les vendant. Certains font aussi du market making, c’est-à-dire qu’ils cotent en continu des prix à l’achat et à la vente pour apporter de la liquidité au marché. Il existe aussi le prop trading, qui consiste à prendre des positions pour le compte propre de la banque, mais c’est une activité aujourd’hui très encadrée.
Quels aspects du métier sont, selon vous, les plus sous-estimés par les jeunes diplômés qui s’y projettent ?
La rigueur et la fiabilité. On pense, en tant qu’étudiant, qu’il suffit d’être bon techniquement, mais la confiance et la réputation comptent tout autant. Dans ce milieu, on ne se rachète pas, la finance est un tout petit village, et la réputation y est réellement l’actif numéro un. La capacité à être fiable et digne de confiance est un soft skill primordial, avec une vraie vision de long terme.
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Derivatives et Pierre Chartier : pourquoi transmettre plutôt que trader ?

C’est en constatant ce fossé entre écoles et banques que vous avez créé DERIVATIVES, qui a ensuite donné naissance au groupe Advance ?
Oui. En master 2, beaucoup d’étudiants me contactaient pour savoir comment j’avais obtenu mon stage en structuration à la Société Générale. Ça m’a fait réaliser qu’il existait un vrai fossé entre ce qu’attendent les banques et ce qu’enseignent les écoles. Le problème, c’est aussi le timing, la plupart des étudiants ont déjà fait leur césure et leurs stages avant même d’entrer en spécialisation. Se former en M2, c’est déjà trop tard. Le bon moment, c’est avant le premier stage, donc en M1. Au fond, la problématique d’un étudiant se résume à deux choses, décrocher un entretien, puis le réussir. Et les écoles ne forment pas vraiment à ça, ni en M&A ni en finance de marché.
Aujourd’hui, nous avons construit un véritable écosystème autour de la préparation aux métiers les plus sélectifs, qui repose sur trois piliers : l’expertise de professionnels du secteur, des contenus pédagogiques spécialisés et un accompagnement individualisé.
Nous avons ensuite décliné cette approche à travers plusieurs expertises : DERIVATIVES pour la finance de marché, IB Prep pour le M&A et Case Prep pour le conseil en stratégie. Trois marques réunies au sein du groupe Advance avec un seul et même objectif, celui de construire des carrières d’excellence.
Comment est né le personnage de Pierre Chartier ?
Après avoir lancé DERIVATIVES, nous avons fait évoluer le projet pour créer le groupe Advance, où j’ai assez vite occupé un rôle de coordination et de management, ce qui m’a laissé du temps pour explorer un terrain que je ne connaissais pas du tout, la création de contenu. J’ai extrapolé la hiérarchie des écoles, les tics de langage, les travers du milieu, mais toujours avec beaucoup de bienveillance. Beaucoup de mes amis travaillent encore dans la finance et l’idée était simplement d’apporter un peu de fun, avec un personnage à la fois attachant et détestable. Le succès a largement dépassé ce à quoi je m’attendais, Pierre Chartier a dépassé la niche finance pour toucher un public bien plus large.
Qu’est-ce qui vous a fait quitter le trading pour vous consacrer à la formation et aux réseaux sociaux ?
Le goût de l’entrepreneuriat, et surtout la certitude de pouvoir revenir en finance si je le souhaitais. Grâce à mon réseau, j’avais en quelque sorte une option gratuite pour explorer un domaine qui m’intéressait beaucoup, avec la possibilité de reprendre un poste en finance derrière si besoin. Je me suis dit que si j’arrivais à aider d’autres personnes à décrocher un poste, je pourrais moi-même en retrouver un ensuite. Il n’y a rien de négatif dans cette décision, je ne suis pas dégoûté du secteur, j’ai simplement voulu tenter l’entrepreneuriat en début de carrière, avec l’idée d’y revenir plus tard si je le souhaite.
Quel conseil donneriez-vous à un lycéen ou un étudiant qui vise sincèrement une carrière en finance de marché aujourd’hui ?
Je lui dirais surtout deux choses, le travail et la curiosité. Les connaissances techniques et le réseau sont essentiels, mais être au niveau pour les entretiens ne tombe pas du ciel, il faut travailler. Les supports pour s’y préparer manquent et personne ne dit vraiment aux étudiants qu’il faut s’y mettre tôt, ce qui explique qu’on n’y pense pas assez. La finance est un secteur moins académique qu’on l’imagine, il faut donc savoir se différencier. Et surtout, rester curieux. Sans curiosité, on arrête d’apprendre et de se questionner. La finance évolue en permanence, un peu comme la physique, et il faut toujours se demander pourquoi on fait les choses, et de quelle manière. Avec du travail et de la curiosité, je pense qu’on peut vraiment tout affronter dans ce secteur.













