En France et au-delà, la gestion de l’eau est un défi majeur pour l’ensemble des populations. Un large choix de formations, y compris post-bac, permet d’accéder à une multitude de métiers liés à ce secteur.
« Il y a deux enjeux majeurs autour de l’eau : la qualité et la quantité ». C’est aujourd’hui le constat dressé par de nombreux experts, confirme Delphine Krieger, directrice du Pôle Aquanova. Ce dernier accompagne la transition hydrique des territoires et des entreprises en France septentrionale, dans un contexte d’accélération du changement climatique.
« On se rend compte qu’il y a eu un certain nombre de polluants pendant des décennies, avec un impact que l’on n’aurait pas forcément imaginé. Certaines collectivités sont obligées de limiter la consommation de l’eau au robinet, ou de faire appel à des gros programmes de nettoyage, de filtration de l’eau, parce qu’il y a de plus en plus de micropolluants, de microplastiques. La qualité de l’eau affecte tout le monde, avec un effet direct sur la santé. L’eau est d’ailleurs le facteur principal de transmission de maladies », ajoute la spécialiste.
La quantité de l’eau est elle aussi « extrêmement importante ». « Les entreprises, notamment les grandes utilisatrices d’eau, ont un véritable rôle à jouer dans la modification de leur mode de fonctionnement et de production pour réduire à la fois l’eau consommée directement des réseaux, mais aussi l’eau prélevée en milieu naturel, explique Delphine Krieger. Dans le Nord, l’autre sujet de la quantité est le risque d’inondation. Dans certaines régions, ce phénomène est récurrent et a un impact sur les populations et sur le secteur économique ».
« C’est un vrai enjeu qui, avec le changement climatique, se cumule à l’enjeu qualitatif », confirme Joël Robin, écologue des milieux aquatiques et enseignant-chercheur à l’Isara, école d’ingénieurs en agronomie, agroalimentation et environnement. Lui pointe des zones où la sécheresse devient chronique, comme l’ouest de l’arc méditerranéen. « Si l’on regarde les Pyrénées-Orientales, on constate déjà des problèmes à ce niveau-là. Le fait de couper l’eau dans une zone, ça n’arrivait pas si souvent que ça dans les années 80, 90 ou début 2000. Depuis 15 ans, cela se produit de plus en plus souvent, dans de plus en plus d’endroits. C’est bien qu’il y a un souci, sans vouloir être alarmiste ».

Un large éventail de métiers
Les métiers pour répondre à ces enjeux, eux, sont nombreux. « On parle aussi bien des techniciens de terrain en charge de la relève des compteurs que des chimistes qui analysent la qualité de l’eau grâce à des technologies très poussées, détaille Delphine Krieger. On dit qu’il y a deux cycles de l’eau. Un grand, celui qui permet l’évaporation de l’eau, qui retombe, qui ruisselle, qui s’infiltre et qui retourne vers la mer. Le petit est le cycle technique, d’assainissement de l’eau.
L’idée, c’est que plus on va être en capacité de préserver la ressource dans le milieu naturel, de permettre la ré-infiltration de la ressource pour que les nappes soient propres, plus il sera facile naturellement d’avoir un petit cycle de l’eau de qualité. Tous les gens qui travaillent sur cette chaîne-là sont des acteurs de la filière de l’eau et des métiers de l’eau ».
Joël Robin évoque quant à lui les métiers relatifs à la « transition agroécologique ». « Par exemple, les solutions que l’on peut mettre en place pour que les cultures de céréales soient moins gourmandes en eau. En agriculture, c’est le domaine qui consomme le plus d’eau à l’échelle d’un territoire, davantage que la distribution d’eau potable », indique le chercheur.

« L’eau, c’est une infrastructure invisible qui fait tenir notre territoire et notre économie. Dès qu’il en manque, ou dès qu’il y en a trop, on a forcément un problème ». Pour Guillaume Carpentier, Directeur des Relations Internationales et de l’ingénierie de BUILDERS École d’ingénieurs, les métiers évoluent vite : « On ne se limite plus à construire. Il faut penser système : intégrer réglementation, calculs de structure, hydrologie, qualité de l’eau, et même les solutions fondées sur la nature. On va vers une ingénierie plus hybride, très recherchée par les employeurs ».
La réglementation, justement, est un des pans suivis de près par IMT Atlantique, école d’ingénieurs généralistes et centre de recherche. « Une combinaison importante » selon Yves Andres, professeur et responsable du département systèmes énergétiques et environnement (DSEE). « Dans le cadre de nos projets de recherche, nous sommes obligés d’être à jour sur différentes problématiques, dont la réglementation sur l’eau. Il peut s’agir du traitement des eaux usées ou de la qualité des nappes souterraines. Cela nous permet d’alimenter nos cours par une connaissance assez approfondie de la réglementation et des évolutions réglementaires ».
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L’eau, un sujet central dans de nombreuses formations
Si les formations proposées à IMT Atlantique ne sont pas spécifiques à l’eau, ces dernières, plus généralistes, « vont intégrer l’énergie, l’eau, l’analyse du cycle de vie et tout ce qui est en relation avec les transitions énergétiques et environnementales », ajoute Yves Andres. « En écologie industrielle par exemple, on se concentre sur l’optimisation des ressources pour la décarbonisation des entreprises ».
Chez BUILDERS École d’ingénieurs, l’eau irrigue plusieurs parcours. « L’eau est omniprésente dans nos formations, explique Guillaume Carpentier. Nous proposons des spécialisations dédiées, dont le Mastère Spécialisé® Infrastructures de Gestion de l’Eau, qui forme des cadres capables de concevoir, dimensionner et moderniser les infrastructures d’eau potable, d’assainissement et de gestion des risques ». L’école s’appuie aussi sur des formations liées au maritime et au littoral, avec le Mastère Spécialisé Smart Port and Marine Environment et des semestres internationaux orientés « cycle de l’eau » et « coastal management ». « L’objectif est de former des professionnels opérationnels, capables d’agir sur des enjeux très concrets, du terrain jusqu’à la donnée ». Un échantillon de ce qu’offre l’école, également accessible post-bac.
« À l’Isara, tous les domaines de spécialisation en fin de cursus, en quatrième et cinquième année, vont parler directement ou indirectement de l’eau, indique quant à lui Joël Robin. Que ce soit pour les filières agroalimentaires, pour l’agriculture, pour les territoires ou pour les entreprises en général, cette thématique n’est jamais très loin ». Les étudiants, eux, « sont tous très impliqués sur ces questions », affirme l’enseignant-chercheur. « Ils sont nombreux à arriver dans l’école, et plus globalement dans les domaines de l’écologie, avec une envie de faire bouger les choses ».
« Accéder aux métiers liés à l’eau n’exige pas forcément de longues études, relève Delphine Krieger. Il existe des CAP, des BTS dans les métiers de l’eau et de l’assainissement qui n’arrivent pas à remplir leur promotion faute de visibilité ». Sur le marché du travail, le domaine de l’eau représente « 125 000 emplois, dont entre 13 000 et 15 000 postes à pourvoir à l’horizon 2030 ».

« Il faut continuer à faire de la recherche et à améliorer les solutions »
En France comme dans le reste du monde, le chemin est encore long pour répondre aux principaux enjeux de la gestion de l’or bleu. « Il faut continuer à faire de la recherche et à améliorer les solutions parce que les défis vont être immenses », assure Delphine Krieger.
L’Aquathon by Aquanova, ou l’Hackathon de l’eau pour un monde durable, travaille notamment sur des projets en ce sens. « L’idée, c’est de développer une communauté dédiée à l’innovation pour la ressource en eau. Pendant 48h, on rassemble des gens de tous horizons qui élaborent des solutions pour mieux gérer l’eau face au changement climatique. Les étudiants peuvent aussi participer, qu’ils soient issus des domaines de l’eau ou non ». Parmi les lauréats de l’édition 2025, Swag, une unité capable de générer de l’eau à partir de l’air ambiant pour fournir un accès à l’eau potable dans les zones isolées. « On est sur du pré-prototypage, des idées suffisamment avancées pour qu’elles puissent, à un moment donné, intégrer un incubateur », précise Delphine Krieger.
Parmi les solutions déjà imaginées par les chercheurs, Joël Robin évoque « des couverts végétaux », utilisés soit en intercultures (pendant la phase où les cultures ne sont pas implantées), soit en inter-rangs de la culture concernée, pour conserver le plus d’humidité possible dans le sol. « On s’en sert déjà en céréaliculture par exemple. Mais aussi en viticulture, où l’on a souvent des substrats caillouteux, et dans d’autres productions plus méditerranéennes, comme la lavande ».
Sans oublier la dimension internationale, pointée par Guillaume Carpentier : « Il y a plusieurs solutions, mais elles correspondent à un lieu et un temps précis. En revanche, les grandes lignes de la gestion de l’eau – protéger la ressource, sécuriser les infrastructures, s’adapter au climat – sont communes. Nous travaillons avec plusieurs pays sur ces sujets », rappelle-t-il, soulignant que l’eau demeure avant tout un bien commun.

NOTRE RÉSUMÉ EN
5 points clés
PAR L'EXPRESS CONNECT IA
(VÉRIFIÉ PAR NOTRE RÉDACTION)
Voici un résumé en cinq points clés de l’article sur le sujet : Métiers de l’eau, quelles formations pour répondre aux enjeux de l’or bleu ?
Une ressource sous double pression, qualité et quantité
La gestion de l’eau est devenue un enjeu stratégique avec l’augmentation des pollutions (micropolluants, microplastiques), des risques sanitaires et la multiplication des sécheresses et inondations liées au changement climatique.
Des métiers de l’eau en forte diversification
Le secteur recouvre un large éventail de professions, des techniciens de terrain aux chimistes, en passant par les écologues, ingénieurs hydrauliques et spécialistes de l’agroécologie, notamment pour réduire la consommation d’eau en agriculture.
Des formations accessibles dès le post-bac
Du CAP aux BTS jusqu’aux écoles d’ingénieurs, de nombreuses filières intègrent les enjeux de l’eau, avec des cursus spécialisés en génie civil, gestion du cycle de l’eau, traitement des eaux usées et hydrologie.
Un secteur créateur d’emplois d’avenir
La filière de l’eau devrait représenter 125 000 emplois d’ici 2030, avec 13 000 à 15 000 postes à pourvoir, offrant de réelles opportunités dans un secteur en tension.
L’innovation et la recherche au cœur de la transition hydrique
Hackathons, projets de recherche et solutions innovantes (récupération de l’eau dans l’air, réutilisation des eaux industrielles, solutions fondées sur la nature) accélèrent l’émergence de technologies pour une gestion durable de l’eau.

















