Le salaire d’un enseignant-chercheur peut aller de moins de 3 000 euros brut par mois dans une université publique française à plusieurs centaines de milliers de dollars par an dans certaines business schools américaines. Derrière un même métier se cachent en réalité des marchés du travail très différents. Le statut, l’ancienneté, le pays et surtout le type d’établissement jouent fortement sur la rémunération.
La discipline devient également déterminante dès que l’on sort de la fonction publique française. Un professeur de finance, de comptabilité ou de certaines disciplines quantitatives peut être payé beaucoup plus cher qu’un enseignant-chercheur en sciences humaines. Les grandes écoles de commerce internationales constituent un cas particulier, puisqu’elles recrutent leurs professeurs sur un marché académique mondial où HEC Paris, INSEAD, London Business School, Harvard ou Stanford peuvent être en concurrence pour les mêmes chercheurs.
Quel est le salaire d’un enseignant-chercheur en France ?
Dans les universités publiques françaises, la rémunération dépend principalement du corps et de l’ancienneté. Les deux principales fonctions sont celles de maître de conférences et de professeur des universités. Le salaire n’est donc pas directement négocié avec l’établissement comme il pourrait l’être dans une entreprise privée.
Bon à savoir
Les dernières données nationales détaillées publiées par le ministère de l’Enseignement supérieur portent sur 2023. Elles indiquent un salaire brut mensuel moyen de 4 866 euros pour les maîtres de conférences et assimilés, primes comprises. Les professeurs des universités et assimilés atteignent en moyenne 6 631 euros brut par mois. Tous enseignants-chercheurs confondus, la moyenne s’établit à 5 446 euros brut mensuels.
L’âge et l’avancement créent naturellement de forts écarts. Toujours selon les données ministérielles, les enseignants-chercheurs de moins de 35 ans percevaient en moyenne 3 882 euros brut mensuels en 2023, contre 5 107 euros entre 35 et 54 ans et 6 159 euros à partir de 55 ans. Ces moyennes incluent les primes et ne correspondent donc pas simplement au traitement indiciaire affiché sur les grilles administratives.
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Combien gagne un maître de conférences ?
Le maître de conférences est généralement le premier poste permanent obtenu après un doctorat et, souvent, plusieurs années de contrats temporaires ou de postdoctorat. En 2026, le traitement indiciaire brut de la classe normale commence autour de 2 358 euros mensuels et progresse avec les échelons. Il faut ensuite ajouter les primes et les éventuels compléments de rémunération.
Le salaire réellement perçu peut être sensiblement supérieur au traitement de base. Le régime indemnitaire des personnels enseignants et chercheurs, le RIPEC, ajoute différentes composantes liées au statut, aux fonctions exercées ou à la qualité des activités. Certaines responsabilités administratives ou pédagogiques peuvent également apporter des compléments.
La moyenne de 4 866 euros brut mensuels observée chez les maîtres de conférences ne correspond donc pas au salaire d’un débutant. Elle intègre des enseignants situés à différents stades de leur carrière ainsi que leurs primes.
Combien gagne un professeur des universités ?
Le professeur des universités se situe au-dessus du maître de conférences dans la carrière académique française. Son traitement indiciaire augmente avec la classe et l’ancienneté, auquel viennent s’ajouter les mêmes grandes familles de primes et de rémunérations complémentaires.
Les données du ministère font apparaître une rémunération brute moyenne de 6 631 euros par mois en 2023 pour les professeurs des universités et assimilés. Cela représente environ 79 600 euros brut par an en moyenne, avant de tenir compte des éventuels revenus obtenus en dehors du traitement universitaire.
La carrière peut néanmoins aller au-delà de cette moyenne. Les professeurs occupant des responsabilités de direction, bénéficiant de primes individuelles ou réalisant certaines activités complémentaires peuvent toucher davantage. À l’inverse, le salaire d’entrée dans le corps est sensiblement inférieur à la moyenne de l’ensemble des professeurs.
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La discipline change-t-elle le salaire d’un enseignant-chercheur ?
Dans une université publique française, beaucoup moins qu’on pourrait le penser. Un maître de conférences en finance et un maître de conférences en histoire appartenant au même corps suivent la même grille indiciaire. Le système français rémunère d’abord le statut et l’ancienneté plutôt que la valeur d’une discipline sur le marché du travail.
La situation change radicalement dès que l’enseignant quitte cette logique statutaire. Une école de commerce privée, une université étrangère ou un établissement recrutant sur le marché académique international peut adapter le salaire à la discipline. La rareté du chercheur et les possibilités de carrière dont il dispose en dehors de l’université commencent alors à peser fortement.
Pourquoi les professeurs de finance sont-ils souvent mieux payés ?
Bon à savoir
La finance constitue l’un des exemples les plus spectaculaires. Une étude de chercheurs de Harvard portant sur les salaires universitaires américains trouve un salaire de base moyen d’environ 170 000 dollars pour les universitaires en finance et comptabilité dans son échantillon historique, contre environ 122 000 dollars en économie, 94 000 dollars en mathématiques et 83 000 dollars dans les humanités. L’étude identifie une véritable prime salariale associée à la finance.
Cette différence s’explique en partie par le coût d’opportunité. Un chercheur disposant d’un doctorat très quantitatif en finance peut aussi travailler pour une banque d’investissement, un fonds, un gestionnaire d’actifs ou une entreprise technologique. Une business school doit donc proposer un niveau de rémunération suffisamment élevé pour attirer ce profil vers une carrière académique.
Le même mécanisme existe en comptabilité, fiscalité ou certaines spécialités quantitatives du management. L’AACSB consacre désormais une étude annuelle spécifique aux rémunérations des professeurs de business schools et constate d’importantes différences selon la discipline, le grade, le pays et le type d’école.
Combien gagnent les professeurs dans les écoles de commerce ?
Les écoles de commerce fonctionnent différemment des universités publiques. Les enseignants permanents peuvent être salariés de droit privé et leur rémunération est davantage individualisée. Le salaire dépend alors de la discipline, du niveau de publication scientifique, de la réputation internationale du chercheur, du grade académique et du pouvoir de négociation.
Les titres suivent généralement le modèle international. Un jeune chercheur commence comme assistant professor, peut devenir associate professor puis full professor. Dans les institutions les plus prestigieuses, obtenir la tenure, une forme de titularisation académique, représente une étape déterminante de la carrière.
Les écarts de salaire entre deux écoles de commerce françaises peuvent être importants, mais les établissements publient rarement leurs grilles complètes. Il faut donc se méfier des estimations extrêmement précises qui circulent en ligne pour un « professeur HEC » ou un « professeur ESSEC » : il n’existe pas de salaire unique correspondant à ces intitulés.
HEC Paris et INSEAD peuvent-ils rivaliser avec les salaires américains ?
INSEAD donne une réponse assez explicite dans ses offres de recrutement académique. L’école indique que les rémunérations proposées à ses professeurs sont compétitives avec celles des meilleures business schools américaines, avec des moyens de recherche et une charge d’enseignement également comparables.
HEC Paris illustre de son côté la valeur internationale de certains doctorats en management. Les diplômés du PhD Finance de l’école ont été recrutés notamment par Wharton, Harvard Business School, Princeton, Columbia, London Business School ou la London School of Economics. HEC annonce un salaire de départ moyen de 226 000 dollars pour les diplômés de ce PhD placés sur le marché du travail académique.
Ce chiffre ne correspond pas au salaire d’un professeur employé par HEC. Il montre en revanche le niveau auquel un jeune chercheur en finance issu d’une institution française de premier plan peut être valorisé par le marché académique international. En économie et sciences de la décision, HEC annonce par exemple un salaire de départ moyen de 139 000 euros pour ses diplômés du PhD sur les dix dernières années.
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Dans quels pays les enseignants-chercheurs sont-ils les mieux payés ?
Les États-Unis occupent une position particulière. Les universités disposent de ressources considérables, mais le niveau de rémunération varie fortement selon l’établissement, la discipline et le prestige du chercheur. Le marché américain fonctionne beaucoup plus comme un marché concurrentiel que comme une grille nationale.
À l’échelle de l’ensemble de l’enseignement supérieur américain, le salaire moyen atteignait 82 500 dollars pour un assistant professor, 95 900 dollars pour un associate professor et 135 300 dollars pour un professor en 2022-2023. Ces moyennes couvrent cependant toutes les disciplines et des établissements extrêmement différents. Elles sont donc très inférieures aux rémunérations observées dans certaines business schools d’élite.
Les écoles de commerce internationales constituent précisément la partie haute de cette distribution. Finance, économie, stratégie ou comptabilité peuvent y atteindre des niveaux de rémunération sans commune mesure avec ceux de l’université publique française.
Jusqu’où peuvent monter les salaires aux États-Unis ?
Les annonces de recrutement donnent une idée du haut du marché. Harvard propose actuellement pour un poste tenure-track en économie une fourchette annuelle comprise entre 210 000 et 290 000 dollars. Un simple changement de discipline ou d’école peut donc porter le salaire d’un jeune universitaire à plusieurs fois celui d’un débutant dans le supérieur français.
Ces montants correspondent souvent au salaire de base. Des financements d’été, responsabilités administratives, activités de recherche ou autres formes de rémunération peuvent s’y ajouter selon les règles de l’université.
Le niveau de vie et le système social sont évidemment différents. Comparer 250 000 dollars aux États-Unis à 80 000 euros en France uniquement par conversion monétaire serait trop simpliste. L’écart reste néanmoins suffisamment massif pour montrer que le marché académique américain valorise beaucoup plus fortement certains chercheurs.
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Et au Royaume-Uni ?
Les universités britanniques se situent généralement entre le modèle public français et le très haut marché américain. Oxford publie par exemple des grilles universitaires mais peut ajouter des compléments et mécanismes de rémunération pour certains enseignants. Les écoles de commerce disposent encore de davantage de souplesse.
London Business School indique explicitement que les rémunérations de ses enseignants en finance sont compétitives avec celles des meilleures business schools américaines. L’établissement applique également une charge d’enseignement comparable à celle des grandes écoles américaines, avec un allègement pour les jeunes professeurs durant leur première année.
Les comptes de London Business School montrent d’ailleurs la présence d’un nombre important de salariés dépassant 100 000 livres annuelles et plusieurs rémunérations de base dépassant 300 000 livres parmi ses hauts salariés. Ces données incluent différentes catégories de personnel senior et ne peuvent donc pas être attribuées automatiquement aux professeurs, mais elles donnent une idée de l’échelle salariale possible dans une institution de ce niveau.
Un enseignant-chercheur peut-il gagner plus que son salaire académique ?
Oui. Le traitement ou salaire versé par l’université ne représente pas nécessairement l’intégralité des revenus. Certains enseignants-chercheurs peuvent assurer des missions de conseil, participer à des conférences rémunérées, enseigner dans des programmes de formation continue ou d’Executive Education, écrire des ouvrages ou occuper des fonctions de direction.
Cette possibilité dépend fortement de l’établissement et de ses règles sur le cumul d’activités. Elle concerne particulièrement les professeurs de management, de finance, de stratégie ou d’économie dont l’expertise peut intéresser directement les entreprises.
Bon à savoir
Dans les business schools, l’Executive Education peut également jouer un rôle particulier. Un professeur reconnu internationalement peut intervenir auprès de cadres dirigeants et de grandes entreprises en plus de ses enseignements dans les programmes diplômants. Il faut donc distinguer salaire académique contractuel et revenus professionnels totaux.
Pourquoi les écoles de commerce paient-elles autant leurs meilleurs chercheurs ?
Les grandes écoles ne recrutent pas seulement des enseignants capables d’assurer des cours. Elles cherchent des chercheurs publiant dans les meilleures revues scientifiques internationales, car la qualité du corps professoral et de la recherche participe directement à leur réputation académique.
Un excellent chercheur en finance ou en stratégie peut recevoir plusieurs offres provenant d’écoles européennes, américaines ou asiatiques. Pour conserver un professeur susceptible de rejoindre une institution mieux dotée, l’école doit donc parfois aligner sa rémunération sur le marché international.
Les accréditations internationales renforcent également cette concurrence. AACSB et EQUIS examinent notamment la qualité du corps professoral et de la production scientifique. Recruter et retenir des chercheurs capables de publier dans les meilleures revues devient ainsi un investissement stratégique pour une business school.
Comment devenir enseignant-chercheur ?
La voie académique passe généralement par un doctorat, soit un diplôme de niveau bac+8. Le doctorant consacre plusieurs années à un travail de recherche original sous la direction d’un enseignant-chercheur avant de soutenir une thèse.
Dans l’université publique française, le titulaire d’un doctorat doit ensuite obtenir la qualification correspondant à sa discipline avant de candidater à des postes de maître de conférences. La concurrence peut être importante et de nombreux docteurs passent par des postes temporaires, des contrats d’ATER ou des postdoctorats avant d’obtenir un poste permanent.
Dans les business schools internationales, le recrutement suit davantage le « job market » académique. Les doctorants présentent leurs travaux, passent des entretiens puis sont invités à réaliser des séminaires de recherche devant les professeurs des établissements recruteurs. Les meilleurs candidats peuvent recevoir plusieurs offres et négocier leur salaire, leurs moyens de recherche ou leur charge d’enseignement.
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