Ce mardi 6 octobre, à la Maison des initiatives étudiantes de Paris, c’est le deuxième jour d’école pour 80 étudiants de première année de master à emlyon business school. Ils viennent du MSc Management of Energy Transitions, du Master in Innovation ou encore du Master in Sports Entertainment and Lifestyle, et beaucoup arrivent de l’étranger. Au lieu d’un week-end d’intégration classique, l’école leur propose une journée de missions à impact, à vivre en petites équipes et en grande partie en anglais.
Bon à savoir
Ce rendez-vous parisien referme une séquence ouverte le 2 septembre, qui a réuni près de 4 000 nouveaux étudiants sur les campus de Lyon et de Paris. L’idée est alors d’apprendre à se connaître en agissant, dès les premiers jours, pour la biodiversité, la transition écologique et l’engagement citoyen.
Une journée de missions en autonomie autour de la vie terrestre
Pour imaginer cette journée, emlyon s’est rapprochée de makesense, une organisation qui accompagne l’engagement citoyen et déploie son format Impact Days dans de nombreuses écoles. Pour les étudiants, le principe est simple. Les équipes s’organisent comme elles l’entendent, choisissent parmi une vingtaine de missions et doivent atteindre au moins 300 points d’ici la fin de la journée. Les plus motivées visent bien plus haut. En bouclant toutes les missions, les trois équipes du podium peuvent dépasser les 1 700 points.
Chaque mission accomplie est justifiée par une preuve envoyée aux organisateurs. Les ateliers animés par les associations partenaires rapportent davantage de points, mais les places y sont comptées. « C’est une question de stratégie et de vitesse aussi », sourit Anaïs Charpin, assistante développement durable et environnemental à emlyon.
Toutes les missions tournent autour de l’objectif de développement durable (ODD) 15 des Nations unies, consacré à la vie terrestre. Certaines équipes ramassent des déchets dans l’espace public, d’autres distribuent des tracts pour la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) ou fabriquent des bombes à graines. D’autres encore interrogent des passants sur les incendies de l’été ou font le tour des vétérinaires du quartier pour collecter croquettes et accessoires au profit des animaux.
« Ce que nous avons en tête, c’est de leur montrer que l’engagement est très accessible, que le bénévolat peut leur apporter beaucoup de choses et qu’ils peuvent penser leur carrière dans l’impact », confie un coordinateur de makesense, qui accompagne l’école depuis plusieurs années. À la fin de la journée, les étudiants mesurent ce que pèsent, mis bout à bout, tous ces petits gestes.
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Des ateliers participatifs sur la mode et la consommation
Parmi les intervenants figure Catherine Dauriac, présidente de Fashion Revolution France, ONG qui défend les droits humains dans la chaîne textile. Elle en est à sa quatrième intervention depuis début septembre, devant des groupes d’une quinzaine d’étudiants, en majorité internationaux. Pas question de dérouler une masterclass. Elle préfère faire réfléchir les jeunes à partir de ce qu’ils savent déjà.
Combien de litres d’eau faut-il pour fabriquer un T-shirt ? Les estimations fusent, puis l’intervenante remonte avec eux toute la chaîne de fabrication, à partir de la culture du coton. Les étudiants s’aperçoivent alors qu’ils en savent souvent plus qu’ils ne le pensaient. Ce mardi, un étudiant canadien d’origine kazakhe, inscrit dans un master consacré à l’énergie, a ainsi évoqué l’assèchement de la mer d’Aral, lié à l’irrigation des champs de coton à l’époque soviétique. « Il y a toujours plein de surprises », s’enthousiasme Catherine Dauriac.
Ces échanges lui offrent aussi un regard précieux sur les habitudes de cette génération. Plusieurs étudiants lui ont expliqué préférer acheter leurs vêtements en boutique, pour toucher la matière et les essayer, et réserver leurs achats en ligne à la seconde main. « C’est vraiment très nouveau », observe-t-elle. Pour cette spécialiste du textile, la journée reste « une très belle façon de les intégrer ».
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Des étudiants entre curiosité et prise de conscience
Arrivé la veille, un étudiant français avoue avoir été surpris en découvrant le programme, avant de se prendre au jeu. « Je l’ai vu comme un événement d’intégration, mêlé à l’environnement, ce qui est plutôt sympa. » Au fil des missions, il a découvert à quel point certains restaurateurs transforment leur activité pour répondre aux nouvelles attentes des consommateurs. Il s’amuse aussi des défis plus décalés de l’après-midi, comme celui qui invite à reproduire la posture d’un animal en voie de disparition. Et dans une équipe composée surtout d’internationaux, il en a profité pour muscler son anglais.
Venue de New York, une autre étudiante découvre au passage la tradition française des week-ends d’intégration. Elle apprécie de faire connaissance « en faisant quelque chose qui a plus d’impact que simplement faire la fête ensemble », raconte-t-elle. Sa mission préférée l’a conduite dans une pharmacie, à repérer les produits vegan et ceux testés sur les animaux. « Je n’y avais jamais vraiment pensé. Maintenant, je vais y faire plus attention. »
Pour cette étudiante, la journée a surtout permis de tisser des liens avec les camarades qu’elle retrouvera en cours et d’avoir des conversations qui n’auraient sans doute pas eu lieu autrement. Son voisin de promotion, quant à lui, connaît déjà le bénévolat, pour avoir participé à des distributions de repas à Paris.
Une première graine plantée pour toute l’année
Placée dès le deuxième jour, la journée n’a rien d’une parenthèse. Chaque année, emlyon choisit un ODD qui sert ensuite de fil rouge dans les cours de chaque programme. Après la santé et le bien-être l’an dernier, la vie terrestre donne cette fois le ton, et la journée à impact en est la porte d’entrée.
Ce choix découle du statut de société à mission adopté en 2021. Sa raison d’être vise à « former et accompagner tout au long de leur vie des personnes éclairées qui transforment leurs organisations avec efficacité vers une société plus juste, solidaire et respectueuse de la planète ». Tout au long de leur vie, donc, et dès les premières heures.
Dans son atelier, Anaïs Charpin apprend justement aux étudiants à fabriquer des bombes à graines. L’image résume bien l’ambition de la journée, que makesense décrit comme une « petite graine » plantée dès la rentrée. En fin d’après-midi, en tout cas, les langues se sont déliées. « On les voit discuter bien plus qu’au début, affirme Anaïs Charpin. C’est aussi le but, et ça fonctionne. »















