Pour la première fois, le Concours Entrepreneuriat à Impact de l’École supérieure des agricultures s’adresse à l’ensemble des étudiants-entrepreneurs français. Une évolution qui accompagne la montée en puissance d’un dispositif dédié aux transitions agricoles et environnementales.
Pensé à l’origine comme un outil pédagogique interne, le Concours Entrepreneuriat à Impact de l’École supérieure des agricultures (ESA) franchit une nouvelle étape de son développement. Pour sa quinzième édition, le dispositif s’ouvre pour la première fois à l’ensemble des étudiants-entrepreneurs en France, dépassant ainsi le cadre historique de l’établissement angevin.
Créé en 2007, ce concours vise à accompagner l’émergence de projets entrepreneuriaux conciliant performance économique et impact positif mesurable, qu’il soit environnemental, social ou sociétal. Agriculture, agroalimentaire et environnement constituent les principaux champs d’application des initiatives présentées, en cohérence avec les domaines d’expertise de l’école.
Cette ouverture nationale marque une évolution stratégique pour un programme qui s’est progressivement imposé comme un espace d’expérimentation entrepreneuriale. « Lancé en 2007 à l’ESA, le Concours Entrepreneuriat à Impact Positif est né d’une ambition claire : sensibiliser et encourager nos étudiants à entreprendre avec sens et responsabilité », rappelle Driss Elothmani, enseignant-chercheur et responsable du pôle entrepreneuriat de l’ESA. Selon lui, cette nouvelle étape « confirme la maturité et l’attractivité de ce concours, désormais reconnu comme un rendez-vous entrepreneurial à impact au-delà du territoire ligérien ».
Une sélection structurée autour de la viabilité et de l’impact
L’édition 2025 a suscité l’intérêt de jeunes porteurs de projets issus d’établissements variés. Dix-sept projets ou intentions de projets ont été déposés, parmi lesquels quinze dossiers complets ont été officiellement enregistrés. Une première phase d’évaluation écrite a été menée par un jury de présélection réunissant des représentants de l’ESA, de la Chambre de commerce et d’industrie et du réseau Pépite, dédié à l’entrepreneuriat étudiant.
À l’issue de cette étape, dix projets ont été retenus. Six finalistes doivent présenter leur initiative lors de soutenances orales organisées le jeudi 5 mars au matin devant un Grand Jury chargé de désigner les lauréats.
Des innovations entre santé, agriculture et filières durables
Les projets sélectionnés illustrent la diversité des approches entrepreneuriales liées aux transitions agricoles et alimentaires.
- BioSoltics, porté par Mohamed, étudiant à l’université d’Angers, se positionne comme une agence de conseil spécialisée dans l’analyse des biosolutions agricoles. L’objectif consiste à accompagner PME et startups agritech dans l’optimisation de leurs produits, depuis la recherche et développement jusqu’à la mise sur le marché.
- Autre initiative, L’Atelier Cicer, développé par Magdalena, Lisa et Cloé, étudiantes à l’ESA Angers, propose un couscous déshydraté composé exclusivement de pois chiche. Destiné à la restauration collective, le produit se décline en plusieurs granulométries et entend constituer une alternative végétale et sans gluten aux féculents traditionnels.
- Le projet Lait Délices, porté par Katell, étudiante à La Germinière, s’inscrit quant à lui dans une logique de valorisation agricole locale. Il prévoit la création d’un atelier de transformation du lait issu de l’exploitation familiale en glaces et sorbets artisanaux commercialisés en circuit court. L’initiative répond notamment à la volatilité persistante des prix du lait en permettant aux exploitants de reprendre la maîtrise de la valeur ajoutée.
Plusieurs projets témoignent également de la porosité croissante entre disciplines scientifiques et enjeux agricoles ou sociétaux.
- Cicatriz’ette, imaginé par Mélanie, Gautié et Léa, étudiants à Polytech et à l’université d’Angers, prend la forme d’un dispositif médical destiné à soulager l’inconfort lié aux aphtes. Conçu sous la forme d’une sucette, il cible les enfants et jeunes adultes âgés de 5 à 20 ans.
- Dans une perspective internationale, le projet Clova, porté par Chloë et Valentine, étudiantes à l’ISTOM, ambitionne d’importer en France et en Europe de la pâte de copoazu. Sa production artisanale contribue à préserver des savoir-faire agricoles traditionnels tout en créant des débouchés économiques durables pour des communautés rurales souvent marginalisées.
- Le projet Azur Ferti, développé par Marc-Florent et Joseph, étudiants à HEC, explore quant à lui les enjeux liés à la souveraineté agricole et énergétique. Leur ambition consiste à concevoir de petites unités locales capables de produire un engrais azoté dit vert à partir d’eau, d’air et de biométhane. Une solution qui permettrait aux exploitants agricoles de réduire leurs coûts tout en limitant leur dépendance aux intrants industriels.
Au terme des soutenances, trois projets seront distingués et se partageront une dotation globale de 4 000 euros destinée à soutenir la poursuite de leur développement.
Quinze ans d’accompagnement entrepreneurial
Au-delà de la compétition elle-même, l’événement se veut aussi un moment de transmission entre générations d’entrepreneurs. Une table ronde intitulée « De l’audace à l’impact : 15 ans d’entrepreneurs qui ont osé » réunira sept anciens lauréats du concours. L’objectif consiste à partager retours d’expérience et conseils pratiques autour de la structuration, du financement et de la pérennisation de projets à impact.
Depuis sa création, le concours s’inscrit dans une approche pédagogique fondée sur l’expérimentation et l’apprentissage par l’action. L’accompagnement entrepreneurial y est envisagé comme un prolongement direct de la formation académique, permettant aux étudiants de confronter leurs idées aux réalités économiques et opérationnelles.
Pour l’ESA, cette ouverture nationale traduit aussi une évolution du rôle des écoles d’ingénieurs et d’agronomie face aux transformations des filières agricoles et alimentaires. L’entrepreneuriat apparaît désormais comme un levier central pour répondre aux défis environnementaux, économiques et sociaux qui traversent ces secteurs.
« Depuis quinze ans, j’ai eu le privilège d’accompagner des générations d’étudiants à oser entreprendre, non seulement pour créer des entreprises, mais surtout pour développer une posture fondée sur l’innovation, l’engagement et la contribution aux transitions agricoles, environnementales et sociétales », souligne Driss Elothmani.
En élargissant son concours à l’échelle nationale, l’établissement entend ainsi renforcer les passerelles entre formation, innovation et engagement entrepreneurial, tout en consolidant un écosystème dédié aux projets à impact issus de l’enseignement supérieur français.














