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Quels leviers contre le harcèlement dans l’enseignement supérieur ?

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Une femme tend la main sur laquelle il est écrit Stop.

Le 6 novembre est la Journée nationale de lutte contre le harcèlement scolaire. Les établissements de l’enseignement ne sont évidemment pas épargnés par ce phénomène. Alors ils prennent le taureau par les cornes. Cas d’école. 


Le Baromètre 2023 mené par L’Observatoire Étudiant des Violences Sexuelles et Sexistes dans l’Enseignement Supérieur dressait un état des lieux de 12 violences, allant de l’outrage sexiste au viol en passant par l’injure LGBTQIA+phobe. Au total, 6 étudiants (femmes et hommes) sur 10 déclarent avoir été victimes et/ou témoins d’au moins l’une des 12 violences citées. Et plus d’un quart d’entre eux déclarent avoir été victimes d’au moins un fait de violence sexiste, sexuelle ou LGBTQIA+phobe. 9% ont été victime de violence sexuelle depuis leur arrivée dans l’enseignement supérieur. Et 1 sur 10 a subi une agression sexuelle en école de commerce. Une victime de viol sur 4 l’a été plusieurs fois. La moitié des viols rapportés ont eu lieu lors de la première année d’études des répondants, dont 16 % durant les événements d’intégration. « Contrairement aux établissements publics qui doivent mettre en place des chargés de mission égalité et des cellules de veille et d’écoute, ceux du privé n’ont pas l’obligation de se mobiliser sur ces sujets. Leur implication est donc plus ou moins forte », constate Gaëlle Berton, président de l’Observatoire des VSS dans l’enseignement supérieure. 

Sur ses 4 campus, cette école de commerce n’échappe au harcèlement, violences sexuelles et sexistes (VSS), violences physiques… Pour permettre aux victimes d’être entendues, Kedge Business School a donc mis en place un dispositif baptisé Alert. « Via un mail générique ou une plateforme sécurisée en ligne, les étudiants concernés, témoins et victimes, peuvent relater les faits subis. Chaque année, on dénombre en moyenne 35 signalements mais c’est sans doute loin de la réalité », explique Ophélie Gaugain, responsable des dispositifs Wellness et Prévention de l’école.

Ces situations se déroulent en général dans trois types de contexte : durant les évènements organisés par les associations de l’école, en cours ou sur le campus mais aussi dans des situations plus personnelles. Une fois, le signalement déposé, les étudiants sont reçus en priorité par la cellule d’écoute composé d’un psychologue et d’un collaborateur volontaire de l’établissement. Les agresseurs sont aussi entendus. « Certains étudiants ne souhaitent pas aller plus loin par peur des conséquences académiques. Ils craignent le tribunal populaire. Quand les faits sont avérés, on convoque un conseil de discipline », ajoute-t-elle.

En soirée, un nom de code a été défini pour signaler immédiatement une situation qui pose problème. « Or, il se trouve que parfois ce code est utilisé pour faire de mauvaises blagues. On réfléchit donc avec nos associations étudiantes à un autre dispositif type safe place pour isoler immédiatement les personnes », précise-t-elle. 

En plus d’une plateforme de signalement anonyme, l’école de management bretonne Rennes School of Business incite ses 4 000 étudiants à passer un module VSS. Au programme, des explications sur ce que recouvrent les VSS, sur les outils à leur disposition pour dénoncer ces comportements et sur les réactions à adopter s’ils en sont victimes ou témoins. À date, 800 étudiants ont validé ce module. « Dès que l’on communique sur le sujet des VSS, on constate une hausse des signalements car les étudiants se sentent davantage légitimes pour en parler. À noter que depuis le début de l’année, les signalements émanent autant des étudiantes que des étudiants.

Dans un premier temps, la parole est libérée mais quand on veut rentrer dans les détails, certains ne souhaitent pas aller plus loin. Si on veut que cela change, on doit leur montrer qu’ils peuvent nous faire confiance et que leur anonymat sera préservé tout le long de la procédure », insiste Guénola Angot, directrice de la scolarité et des services support aux étudiants de cet établissement. L’an passé, l’école a exclu deux jeunes pour comportements inadaptés. 

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L’école d’ingénieurs 3IL a mis en place une sensibilisation au harcèlement et VSS par l’intermédiaire d’un théâtre interactif auquel tous les nouveaux étudiants participent. «Le procès de King-Kong » est une pièce de théâtre interactive qui invite le public à prendre place dans un Tribunal magique et populaire. Le juge de cette institution un peu particulière, fait appel au public pour l’aider à comprendre et juger.

Le scénario ? Trois affaires dans lesquelles les coupables se prennent pour les victimes, mais plus grave encore, les victimes se pensent coupables. Aucun d’eux n’arrive à voir quand ils ont été coupables, victimes, complices ou simplement innocents. Ce tribunal extraordinaire présente un avantage puisque les protagonistes jouent en direct les différents moments incriminés. Et le public, par un débat, peut clairement se positionner dans l’espace et modifier sa position à mesure des échanges et des arguments partagés. Le rôle de l’animateur-acteur ? Sensibiliser, permettre la réflexion et ouvrir le dialogue avec les étudiants.

Cette école de management innove avec un nouveau dispositif de prévention en milieu étudiant : Flashbacks. C’est quoi ? Un serious game immersif qui vise à sensibiliser les jeunes adultes aux comportements à risque en contexte festif et associatif (harcèlement, alcool, consentement, sécurité routière, bizutage, drogues, etc). À travers neuf scénarios réalistes inspirés de témoignages et d’études, les participants endossent le rôle d’enquêteurs pour reconstituer une soirée marquée par un incident. Ils recoupent indices, émotions et faits, puis doivent qualifier juridiquement les situations, identifier les risques et proposer collectivement des solutions. Ce dispositif immersif, accessible en atelier de 2 heures environ, favorise l’intelligence collective et l’expression des étudiants.  Après son déploiement auprès de plus de 1 000 étudiants de l’ESSCA à la rentrée 2025, Flashbacks affiche des résultats très encourageants : 92 % des participants recommandent le jeu à leurs pairs, 85 % se déclarent plus conscients des risques et 86 % identifient de nouveaux leviers d’action

Alors que le Plan national de lutte contre les violences sexistes et sexuelles (VSS) dans l’enseignement supérieur (2021-2025) arrive à son terme, le Projet de loi de finances (PLF) 2026 confirme la pérennisation de son budget à hauteur de 3,5 millions d’euros. Sur ce montant, 1,8 million d’euros sont spécifiquement consacrés à la lutte contre les VSS, auxquels s’ajoutent 900 000 euros pour le dispositif national d’écoute et 800 000 euros destinés au financement des postes créés dans les rectorats. « Si cette continuité constitue un signal encourageant, elle ne s’accompagne toutefois d’aucune orientation nouvelle, laissant présager une politique de reconduction plutôt que de progression », conclut-on à l’Observatoire des violences sexuelles et sexistes dans l’enseignement supérieur.

AI Summary

NOTRE RÉSUMÉ EN

5 points clés

PAR L'EXPRESS CONNECT IA

(VÉRIFIÉ PAR NOTRE RÉDACTION)

Voici un résumé en cinq points clés de l’article sur le sujet : les violences graves et systémiques dans l’enseignement supérieur.

  • Des violences persistantes

    Le Baromètre 2023 de l’Observatoire des Violences Sexuelles et Sexistes révèle que 6 étudiants sur 10 ont été victimes ou témoins d’au moins une violence (sexuelle, sexiste ou LGBTQIA+phobe). Plus d’un quart des étudiants déclarent avoir subi des faits de violences et 9 % ont été victimes de violences sexuelles depuis leur arrivée dans le supérieur. Les faits se concentrent souvent en première année, notamment lors des événements d’intégration.

  • Des établissements inégalement mobilisés

    Les écoles publiques ont l’obligation de mettre en place des cellules d’écoute et de veille, contrairement aux établissements privés où la mobilisation reste volontaire et inégale. Selon Gaëlle Berton, présidente de l’Observatoire, cette absence de cadre commun crée des disparités fortes dans la prise en charge des victimes.

  • Des dispositifs internes qui se multiplient

    Certaines écoles prennent les devants : Kedge Business School a lancé le dispositif “Alert”, permettant des signalements via mail ou plateforme sécurisée, avec 35 cas traités par an. Rennes School of Business impose un module VSS obligatoire pour sensibiliser ses 4 000 étudiants et protéger l’anonymat des victimes. 3IL Ingénieurs utilise un théâtre interactif pour faire réfléchir les étudiants sur leur rôle de témoins ou complices. L’ESSCA innove avec “Flashbacks”, un serious game immersif déjà adopté par plus de 1 000 étudiants, plébiscité par 92 % d’entre eux.

  • Sensibiliser pour libérer la parole

    Les écoles observent une hausse des signalements dès qu’elles communiquent sur les VSS : les étudiants, désormais mieux informés, se sentent plus légitimes à témoigner. Mais beaucoup hésitent encore à aller au bout des démarches, par peur des conséquences académiques ou du “tribunal populaire”. La clé du changement repose sur la confiance et la confidentialité.

  • Un budget national maintenu mais sans ambition nouvelle

    Le Plan national de lutte contre les VSS (2021-2025) arrive à son terme, mais le Projet de loi de finances 2026 reconduit son budget de 3,5 millions d’euros. Si cette pérennisation est saluée, elle ne s’accompagne d’aucune orientation nouvelle, laissant craindre une stagnation des politiques publiques face à un phénomène encore largement sous-estimé.

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