À l’occasion de ses 20 ans et de l’élection de Jonathan Amar à sa présidence, Talents du numérique appelle à renforcer l’enseignement de l’informatique en France, du collège au lycée, au nom de la compétitivité, de l’inclusion et de la souveraineté.
La mue de Talents du numérique
Vingt ans après sa création, Talents du numérique change de présidence et hausse le ton sur un sujet qu’elle juge désormais décisif pour l’avenir du pays. Réunie le 25 mars 2026 au Conservatoire national des arts et métiers de Paris pour son assemblée générale annuelle, l’association, qui fédère 60 établissements d’enseignement supérieur et près de 2 850 entreprises du secteur, a élu Jonathan Amar à sa tête. Entrepreneur et fondateur de l’entreprise de services numériques DELETEC, il veut faire de la structure un acteur davantage audible dans le débat public sur les compétences numériques.
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Le message porté à l’occasion de cet anniversaire est clair. Dans un contexte marqué par la montée en puissance de l’intelligence artificielle, des enjeux de cybersécurité et des questions de souveraineté technologique, l’éducation au numérique ne peut plus être traitée comme une variable d’ajustement. Talents du numérique estime que la France accuse encore un retard préoccupant. Une étude réalisée pour l’association souligne que les élèves français reçoivent en moyenne 216 heures d’enseignement informatique, quand leurs homologues britanniques en suivent 468 et les élèves polonais 418.
Bon à savoir
Ce décalage nourrit, selon l’association, une faiblesse structurelle bien identifiée depuis sa création. Fondée en 2006 à l’initiative de Syntec Informatique, devenu depuis Numeum, et d’écoles d’ingénieurs, Talents du numérique s’est construite autour d’un constat simple : la France ne forme pas suffisamment de professionnels dans les métiers techniques et scientifiques du numérique. Vingt ans plus tard, ce diagnostic demeure, mais il s’inscrit dans un paysage plus large où la question des compétences numériques touche à la fois l’économie, l’emploi, l’orientation scolaire et la capacité du pays à garder la main sur ses choix technologiques.
Une réforme de l’enseignement de l’informatique appelée de ses vœux
La feuille de route présentée par Jonathan Amar repose sur une idée centrale : la bataille des talents se joue bien avant l’entrée dans l’enseignement supérieur. C’est au sein même du système scolaire que doit être construit un vivier plus large, plus solide et plus diversifié. « Il est nécessaire d’agir en amont, avec l’Éducation nationale, pour mieux former les citoyens de demain et élargir le vivier de talents », explique le nouveau président, qui estime que les avancées récentes ne suffisent plus face à l’accélération des usages numériques.
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L’association plaide d’abord pour la reconnaissance pleine et entière de l’informatique comme discipline scientifique autonome dès le collège. Dans sa lecture, l’enjeu ne consiste pas seulement à ajouter quelques notions techniques dans des enseignements existants, mais à bâtir un véritable parcours, distinct des mathématiques et de la technologie, afin de donner à cette matière une place identifiée dans la formation des élèves.
Bon à savoir
Cette ambition suppose un second chantier, celui du recrutement des enseignants. Talents du numérique relève que les capacités actuelles restent limitées, avec entre 50 et 85 places au CAPES selon les années, et une vingtaine à l’agrégation. À ce rythme, juge l’association, la constitution d’un corps professoral dédié prendra encore du temps. Elle demande donc une hausse de 25 % des places au CAPES et à l’agrégation à partir de 2027, ainsi qu’un renforcement de la formation professionnelle des enseignants déjà en poste, jugée trop insuffisante au regard de l’évolution rapide des technologies.
Le lycée constitue l’autre maillon clé de cette stratégie. L’enseignement de spécialité numérique et sciences informatiques, ou NSI, n’est proposé aujourd’hui que dans un peu plus de la moitié des lycées, avec de fortes disparités selon les territoires. En 2025, seuls 4 % des lycéens l’avaient choisie en terminale. Talents du numérique fixe un objectif de généralisation à 100 % des lycées. L’association s’inquiète aussi des décrochages : près de 50 % des élèves abandonneraient la spécialité entre la première et la terminale, souvent faute de visibilité sur les débouchés ou parce que les parcours scientifiques plus traditionnels continuent de s’imposer. Elle défend, dans ce contexte, le maintien de la possibilité de conserver trois spécialités en terminale pour préserver de véritables marges de choix.
Jonathan Amar veut élargir le vivier et faire du numérique un levier d’inclusion
Le choix de Jonathan Amar n’est pas anodin. À la tête de DELETEC, entreprise créée il y a vingt-cinq ans et qui compte aujourd’hui plus de 300 collaborateurs, il incarne un profil d’entrepreneur étroitement lié aux enjeux de compétences. Son parcours l’a conduit du conseil en stratégie et en finance à l’entrepreneuriat dans les services numériques. Il siège depuis plus de treize ans au conseil d’administration de Numeum et en est actuellement vice-président de la commission formation.
Sa feuille de route ne se limite pas à la seule question des programmes scolaires. Elle met aussi en avant la mixité, la diversité sociale et l’inclusion territoriale. Dans de nombreux établissements membres de l’association, les femmes représentent encore moins de 20 % des effectifs. Pour Talents du numérique, ce déséquilibre n’est pas seulement une question de représentation : il pèse sur la capacité du secteur à élargir son recrutement et à renouveler ses profils.
L’association annonce donc vouloir intensifier ses actions de sensibilisation, notamment en donnant davantage de visibilité aux parcours féminins dans ses propres initiatives et en développant des rencontres avec des professionnels. Un partenariat avec My Job Glasses a ainsi été lancé en mars 2026. Des ambassadeurs étudiants formés par l’association doivent intervenir auprès des collégiens et des lycéens, avec une attention particulière pour les territoires sous-représentés dans les Trophées NSI, les quartiers prioritaires de la politique de la ville, les zones rurales et les jeunes filles.
Bon à savoir
Au-delà de la mixité, Talents du numérique veut faire du numérique un outil de mobilité sociale. L’alternance est présentée comme un levier d’égalité des chances, capable d’accompagner vers les formations et les métiers du secteur des publics aujourd’hui moins présents. La ligne défendue par Jonathan Amar consiste à faire converger davantage les mondes de l’éducation et de l’entreprise, dans une logique de continuum plutôt que de juxtaposition.
Des actions de terrain pour peser dans le débat public
Ce repositionnement s’appuie aussi sur des dispositifs déjà installés. Talents du numérique revendique un rôle dans plusieurs évolutions de l’enseignement français, comme la création de l’enseignement Sciences numériques et technologie en seconde, celle de la spécialité NSI au lycée, ainsi que la mise en place du CAPES d’informatique en 2019 et de l’agrégation en 2022. L’association entend désormais prolonger cette influence par une production de connaissances et par des actions plus visibles sur le terrain.
Parmi elles, la plateforme Destination Numérique occupe une place importante. Pensée comme un support pédagogique et interactif, elle s’adresse aux lycéens, aux enseignants, aux personnels d’orientation et aux familles. Son objectif est d’accompagner les élèves dans la découverte des filières numériques, depuis le choix des spécialités au lycée jusqu’aux vœux sur Parcoursup et à la recherche de stages. La plateforme regroupe des données clés sur le secteur, des présentations de métiers, des parcours de formation selon les profils et plusieurs ressources complémentaires, dont des tests de personnalité et des témoignages vidéo. Son déploiement national doit se poursuivre en 2026, avec l’envoi de documentation dans 9 000 collèges, lycées et CIDJ, un partenariat avec le CIDJ, la formation de nouveaux intervenants et l’organisation d’une quinzaine de webinaires gratuits.
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L’autre vitrine de l’association reste les Trophées NSI, concours qui récompense les projets informatiques réalisés par des lycéennes et lycéens suivant la spécialité numérique et sciences informatiques. Ouvert aux lycées publics, aux établissements privés sous contrat et aux lycées français à l’étranger, le concours s’appuie sur des équipes de deux à quatre élèves, encadrées par leurs professeurs. Après une phase territoriale, les lauréats accèdent à une finale nationale où sont remis plusieurs prix, parmi lesquels le Prix du Meilleur Projet, le Prix de l’Originalité, le Prix du Meilleur Jeu et, pour la première fois en 2026, le Prix du Public. Le thème de l’édition 2026 sera « Nature et informatique ».
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