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Alternance, le coup de froid après l’âge d’or ?

5 Min. de lecture
Un CV entre les mains d'un recruteur.

Pendant cinq ans, tout roulait presque trop bien : records de signatures, entreprises ravies, étudiants financés. Et puis, soudain, la marche arrière. Selon l’Insee, près de 65 000 postes d’alternants pourraient s’évaporer d’ici fin 2025. Pointée du doigt, la baisse des aides aux entreprises et le contexte économique incertain sont-ils les seuls coupables ?


Il ne se passe pas un jour sur Linkedin sans un post d’alternant qui confie les difficultés de sa recherche de poste. Et du côté des entreprises, on fait grise mine depuis le 1ᵉʳ juillet 2025 : l’aide à l’embauche est tombée à 2 000 € pour les entreprises de plus de 250 salariés (contre 5 000 auparavant), et une participation forfaitaire de 750 € est désormais demandée aux employeurs pour chaque contrat à partir de bac+3. Autrement dit : l’alternance coûte un peu plus cher qu’hier, pile au moment où le marché de l’emploi ralentit.

« On observe un gel des offres d’alternance dans les fonctions support : RH, finance, communication, marketing », témoigne Sophie Chabasse, directrice des écoles ISFOGEP à Limoges. « Beaucoup d’entreprises nous disent clairement : “Pas cette année, nous n’avons aucune visibilité économique”. »

Sur le terrain, les signes s’accumulent : moins d’offres publiées (157 888 au 1ᵉʳ semestre 2025 sur Hellowork, en recul), et des étudiants qui peinent à convertir leurs entretiens. En stock, pourtant, l’apprentissage reste haut perché : 986 500 apprentis fin juin 2025, en légère hausse sur un an – preuve que la vague ne retombe pas d’un coup, mais que le flux d’entrées ralentit.

La raréfaction des offres combinée à l’augmentation du nombre d’alternants donne aux entreprises le luxe de l’exigence : « Ils veulent des alternants déjà formés, matures, capables de tenir seuls. Certains étudiants passent jusqu’à quatre entretiens pour un contrat… on marche sur la tête », note Sophie Chabasse.

Un constat que partage Kelly, 21 ans, étudiante en Licence professionnelle Métiers du Notariat, après un BTS de juriste notarial. Depuis le 1ᵉʳ janvier 2025, elle enchaîne candidatures et relances : « Je suis restée active sans interruption, mais je me heurte très souvent à des messages automatiques de refus, sans véritable retour personnalisé. » En dix mois, Kelly a envoyé 944 candidatures, pour seulement trois entretiens, tous soldés par un refus lié à son manque d’expérience. Ces chiffres étourdissants, de nombreux autres étudiants les partagent au quotidien.

Symbole de ce désarroi, les candidatures sortent des circuits traditionnels. Sur LinkedIn, la journaliste Lola Parra Craviotto, autrice de la newsletter L’Actu, ce truc de vieux, raconte recevoir « une ou deux candidatures par semaine d’alternants journalistes » désespérés à l’idée de trouver une rédaction. « Ce mois-ci, j’en ai reçu une quinzaine, explique-t-elle. Ils n’ont nulle part où bosser, et ça me fait très peur. »

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Il est possible que le système ait atteint un plafond d’absorption. En trois ans, universités, écoles et IAE ont multiplié les filières en apprentissage, auparavant réservées aux écoles de tailles intermédiaires. « On a sans doute atteint un plafond de verre, estime Sophie Chabasse. L’alternance s’est énormément démocratisée dans le supérieur en quelques années, notamment après le Covid, avec l’annonce des aides et un effet d’aubaine évident. Avant, c’était réservé aux filières professionnelles – CAP, BEP, bac pro. En deux ou trois ans, tout le monde s’y est mis, y compris les universités qui n’avaient jamais eu de culture de l’alternance. Résultat : beaucoup de monde sur le marché, plus de candidats que d’offres, et des entreprises qui n’ont pas la capacité d’absorber un tel volume. »

Contrairement aux idées reçues, ce sont surtout les PME qui accueillent la majorité des alternants. Or, ce sont aussi elles qui subissent de plein fouet les incertitudes économiques et les contraintes administratives. « Dans nos territoires, ce sont les petites structures qui sont les plus fragilisées, souligne la directrice de l’ISFOGEP. Elles recrutent énormément en alternance, mais au moindre ralentissement, ce sont les premières à geler les postes. Elles n’ont pas de service RH pour suivre les réformes ni les marges pour absorber la nouvelle participation de 750 euros. »

Pour beaucoup d’étudiants, le contrat d’apprentissage est la condition même de la poursuite de leurs études. À l’ISFOGEP, comme ailleurs, on fixe un cadre strict : trois mois pour trouver une entreprise après la rentrée, sinon le contrat est suspendu faute de financement. « Cette année, sur 18 étudiants en bac+3, quatre n’avaient pas d’entreprise à la rentrée : du jamais vu chez nous, confie Sophie Chabasse. Avant, tous avaient signé avant septembre. Là, on sent une vraie tension sur le marché. »

« C’est une période difficile », souffle Kelly, qui se retrouve dans ce cas de figure : « J’ai jusqu’au mois de décembre pour trouver une alternance. Si je ne parviens pas à trouver une entreprise d’accueil d’ici là, je serais malheureusement contrainte d’interrompre ma licence. Dans ce cas, je me tournerai vers le marché du travail pour pouvoir subvenir à mes besoins, même si cela signifierait mettre temporairement de côté mon projet professionnel. »

Les écoles tentent de compenser : coaching, simulation d’entretien, prospection directe auprès des entreprises locales. Mais le stress est bien réel : « Les étudiants vivent mal cette incertitude, reprend Sophie Chabasse. Ils savent que sans contrat, ils ne pourront pas financer leur année, ni accéder à la même qualité de formation. Heureusement, il y a une belle solidarité entre eux : ceux qui ont trouvé un poste partagent leurs contacts, relisent les lettres de motivation des autres… C’est aussi ça, l’esprit promo. »

Le mot de la fin revient à Amaury Montmoreau, recruteur aguerri : « Chaque année, on assiste au même décrochage temporaire. Les étudiants s’inquiètent, les entreprises tardent à valider leurs budgets… puis les recrutements reprennent en octobre ou novembre. » L’alternance n’a donc pas dit son dernier mot et reste un tremplin d’insertion majeur, à condition de s’armer de patience et de persévérance, comme Kelly.

AI Summary

NOTRE RÉSUMÉ EN

5 points clés

PAR L'EXPRESS CONNECT IA

(VÉRIFIÉ PAR NOTRE RÉDACTION)

Voici un résumé en cinq points clés de l’article sur le sujet : l’avenir incertain de l’alternance après son âge d’or

  • Fin de l’euphorie

    Après plusieurs années record, le marché de l’alternance connaît un net ralentissement. Selon l’Insee, 65 000 postes pourraient disparaître d’ici fin 2025, en raison de la baisse des aides publiques et d’un contexte économique tendu. Les grandes entreprises, désormais moins subventionnées, réduisent leurs recrutements.

  • Des offres en chute et une concurrence accrue

    Les offres d’alternance reculent (157 888 au premier semestre 2025) tandis que le nombre d’apprentis reste élevé (près d’un million). Résultat : une concurrence féroce entre candidats et des recruteurs plus exigeants, privilégiant les profils déjà opérationnels.

  • Un marché saturé par la démocratisation du dispositif

    Les offres d’alternance reculent (157 888 au premier semestre 2025) tandis que le nombre d’apprentis reste élevé (près d’un million). Résultat : une concurrence féroce entre candidats et des recruteurs plus exigeants, privilégiant les profils déjà opérationnels.

  • Les PME en première ligne de la crise

    Principales employeuses d’alternants, les petites entreprises subissent de plein fouet les incertitudes économiques et les nouvelles charges (750 € par contrat). Beaucoup gèlent leurs recrutements, faute de moyens ou de services RH pour suivre les réformes.

  • Un impact social fort pour les étudiants

    Pour nombre d’étudiants, l’alternance est la clé du financement des études. La raréfaction des postes met en péril certains parcours : sans entreprise, pas de formation. Les écoles redoublent d’efforts d’accompagnement, mais le stress grandit. Reste l’espoir d’un rebond à l’automne, lorsque les entreprises stabiliseront leurs budgets.

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