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HGG ESCP 2026 – Sujet et analyse

8 Min. de lecture
HGG - Géopolitique ESCP / SKEMA

Le sujet d’HGG ESCP 2026 est disponible sur cette page. Il est prévu le lundi 27 avril 2026 de 8 h à 12 h pour les candidats ECG en option HGG. Pour la session 2026, la BCE a officialisé une évolution majeure de cette épreuve avec la suppression de la carte à construire à partir d’un fond muet distribué le jour du concours.

À lire aussi : tous les sujets du concours BCE 2026.

Cette modification change clairement l’équilibre du devoir. On peut en déduire que la dissertation, l’analyse du dossier d’accompagnement et la qualité de la démonstration écrite vont peser encore davantage qu’auparavant. Cette nouvelle formule renforce donc le besoin d’une copie très construite, avec une problématique forte et une mobilisation rigoureuse du programme.

Retrouvez le calendrier complet des épreuves du concours BCE sur le site.

Le sujet d’HGG de l’ESCP 2026

« Nouvelles convoitises étrangères et reconfigurations des alliances internationales en Afrique »

Analyse du sujet

La forme. Ce n’est pas une question mais un intitulé thématique, ce qui est fréquent en géopolitique ESCP. L’absence de point d’interrogation signifie que le sujet ne demande pas de répondre par oui ou non, mais de construire une démonstration articulée autour des concepts posés. Le candidat doit transformer cet intitulé en problématique, ce qui est un premier exercice d’intelligence analytique. Le piège est de se contenter de décrire : le correcteur attend une argumentation, pas un catalogue.

La conjonction « et ». Le « et » qui relie les deux termes du sujet n’est pas un simple ajout, c’est un connecteur logique qu’il faut interroger. Quel est le rapport entre les « nouvelles convoitises » et les « reconfigurations des alliances » ? Les convoitises causent-elles les reconfigurations ? Les reconfigurations précèdent-elles les convoitises en créant des opportunités ? Ou bien les deux phénomènes se nourrissent-ils mutuellement dans une dynamique circulaire ? Le candidat qui traite les deux termes séparément, dans deux parties étanches, manque une partie du sujet. C’est leur articulation qui constitue le cœur de la réflexion.

« Nouvelles ». L’adjectif est fondamental. Il présuppose que des convoitises anciennes existaient (colonialisme, néocolonialisme, Françafrique, rivalité Est-Ouest pendant la Guerre froide) et que quelque chose a changé. Le candidat doit donc périodiser : quand commence le « nouveau » ? On peut identifier plusieurs ruptures. La fin de la Guerre froide et la disparition de la compétition idéologique bipolaire en Afrique. L’entrée de la Chine comme acteur économique majeur à partir des années 2000, formalisée par le Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC, 2000). La montée de nouveaux acteurs (Turquie, Émirats arabes unis, Russie via le groupe Wagner puis Africa Corps, Inde, Brésil, voire Corée du Sud et Japon). La rupture la plus récente est probablement le reflux de l’influence française au Sahel (retrait de Barkhane, expulsions d’ambassadeurs, coups d’État au Mali, Burkina Faso, Niger entre 2020 et 2023) qui a créé un appel d’air pour d’autres puissances.

Mais « nouvelles » impose aussi de se demander si ces convoitises sont qualitativement différentes des anciennes, ou si elles n’en sont que la reconduction sous des formes actualisées. La Chine qui construit des infrastructures en échange d’accès aux matières premières reproduit-elle un schéma néocolonial ou propose-t-elle un modèle réellement alternatif ? La Russie qui déploie des milices privées au Sahel en échange de concessions minières est-elle si différente de la France qui maintenait des bases militaires en échange d’influence politique ? Le « nouveau » doit être problématisé, pas simplement affirmé.

« Convoitises ». Le mot est chargé. Il ne s’agit pas d’« intérêts » (terme neutre), ni de « coopération » (terme positif). « Convoitise » implique un désir d’appropriation, une avidité, une relation prédatrice. Le sujet contient donc un jugement implicite : les puissances étrangères ne viennent pas en Afrique par altruisme mais pour s’emparer de quelque chose. Le candidat doit identifier les objets de cette convoitise : ressources naturelles (pétrole, gaz, uranium, cobalt, lithium, terres rares, or), terres arables (land grabbing), marchés de consommation (le milliard d’habitants africains comme débouché commercial), positions stratégiques (bases militaires, accès aux routes maritimes, contrôle des détroits), influence diplomatique (les 54 voix africaines à l’Assemblée générale de l’ONU, cruciales dans les votes sur l’Ukraine par exemple).

La dimension des ressources critiques pour la transition énergétique est particulièrement actuelle. Le cobalt de la RDC (70 % de la production mondiale), le lithium du Zimbabwe et du Mali, les terres rares, le manganèse du Gabon et d’Afrique du Sud : la transition écologique des économies occidentales et chinoises crée une nouvelle géopolitique extractive dont l’Afrique est l’épicentre. C’est probablement la convoitise la plus « nouvelle » du sujet.

« Étrangères ». Le mot mérite attention. Il dit que les convoitises viennent de l’extérieur du continent. Mais il laisse de côté la question des acteurs africains eux-mêmes, ce qui est un angle mort du sujet que le bon candidat peut exploiter en 3ème partie ou en ouverture. Les États africains ne sont pas des objets passifs de la convoitise étrangère : ils jouent les puissances les unes contre les autres, négocient, instrumentalisent la compétition entre prétendants. Le Rwanda de Kagame qui se rend indispensable aux Occidentaux tout en entretenant des relations avec Pékin. L’Éthiopie qui a historiquement joué sur la rivalité sino-américaine. Les juntes sahéliennes qui utilisent la menace du pivot vers Moscou comme levier face à Paris. Réduire l’Afrique au statut de terrain de jeu des puissances extérieures serait reproduire un biais analytique que le correcteur repérera immédiatement.

« Reconfigurations des alliances internationales ». Le pluriel de « reconfigurations » indique qu’il ne s’agit pas d’un mouvement unique mais d’un ensemble de déplacements simultanés et parfois contradictoires. Plusieurs dynamiques se superposent.

Le recul français est la plus visible. L’effondrement de l’influence de Paris au Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad dans une moindre mesure), la montée du sentiment anti-français instrumentalisée par des campagnes informationnelles russes, la fermeture de bases militaires, la fin du franc CFA comme levier d’influence exclusive (création de l’Eco en Afrique de l’Ouest, encore incertaine). Mais ce recul n’est pas uniforme : la France conserve des positions en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Gabon (malgré le coup d’État de 2023), à Djibouti.

La poussée chinoise est la plus structurante sur le temps long. Les Nouvelles Routes de la Soie (BRI) ont produit un maillage infrastructurel considérable (ports, chemins de fer, zones économiques spéciales) qui donne à Pékin une influence durable. Mais la Chine fait aussi face à des résistances : problèmes de dette (le « piège de la dette » dénoncé par certains analystes, contesté par d’autres), tensions locales sur les conditions de travail dans les entreprises chinoises, méfiance croissante de certaines élites africaines.

L’irruption russe est la plus spectaculaire sur le temps court. Wagner/Africa Corps au Mali, en Centrafrique, en Libye, au Burkina Faso, au Soudan, avec un modèle « sécurité contre ressources » qui offre aux régimes en place une alternative à la conditionnalité occidentale (pas d’exigence de démocratie, pas de leçons de droits de l’homme). Mais la fragilité structurelle de ce modèle (mort de Prigojine, réorganisation chaotique du groupe, capacités limitées de projection) pose la question de sa durabilité.

La montée des « puissances moyennes » est la moins médiatisée mais la plus intéressante analytiquement. La Turquie d’Erdoğan a multiplié les ambassades en Afrique, les accords de coopération militaire (vente de drones Bayraktar), les investissements via TIKA et les réseaux néo-ottomans. Les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite investissent massivement dans la Corne de l’Afrique (ports, bases à Djibouti et en Érythrée, médiation dans le conflit éthiopien). L’Inde, souvent oubliée, est le troisième partenaire commercial du continent et joue sur la diaspora indienne en Afrique de l’Est.

Le piège principal. Il est de produire un inventaire descriptif des acteurs étrangers en Afrique (la Chine fait ci, la Russie fait ceci, la Turquie fait cela) sans jamais dégager de logique d’ensemble. Le correcteur attend une thèse, pas un panorama. Le candidat doit montrer en quoi ces reconfigurations transforment l’ordre international lui-même, pas seulement la situation africaine. L’Afrique est-elle le laboratoire d’un nouvel ordre multipolaire ? Le terrain où se joue la fin de l’hégémonie occidentale ? Ou bien un simple théâtre secondaire des rivalités entre grandes puissances ?

L’exigence cartographique et factuelle. En géopolitique ESCP, la précision empirique est non négociable. Le candidat doit nommer des pays, des dates, des accords, des chiffres. Des affirmations générales sur « l’Afrique » sans différenciation régionale (Afrique du Nord, Maghreb, Sahel, Golfe de Guinée, Corne de l’Afrique, Afrique australe…) seront immédiatement sanctionnées. L’Afrique n’est pas un bloc, et les reconfigurations d’alliances ne suivent pas les mêmes logiques au Sahel (sécurité, anti-France, pivot russe) et dans la Corne (rivalités Golfe, enjeu des détroits, compétition sino-américaine autour de Djibouti).

Un plan possible. (I) De nouvelles convoitises portées par de nouveaux acteurs : la fin du monopole occidental sur les relations avec l’Afrique, l’irruption de la Chine, de la Russie, de la Turquie et des puissances du Golfe, portées par la demande de ressources critiques pour la transition énergétique et par des ambitions géostratégiques propres. (II) Des reconfigurations d’alliances qui traduisent une autonomisation relative des États africains : ceux-ci exploitent la multipolarité pour diversifier leurs partenariats, jouent la compétition entre prétendants, et contestent les cadres hérités (Françafrique, conditionnalité démocratique occidentale). (III) Les limites et les ambiguïtés de cette reconfiguration : la nouvelle multipolarité n’émancipe pas nécessairement l’Afrique de la dépendance (substitution d’une dépendance par une autre, piège de la dette chinoise, prédation sécuritaire russe), et les reconfigurations d’alliances restent fragiles, conjoncturelles, et dépendantes de rapports de force qui échappent largement aux acteurs africains eux-mêmes.

En somme. Le sujet est vaste, ce qui est à la fois une opportunité et un danger. L’opportunité est que tout candidat un minimum informé de l’actualité géopolitique aura des choses à dire. Le danger est que cette abondance de matière incite au catalogue et à l’accumulation factuelle sans ossature argumentative. Le correcteur distinguera immédiatement le candidat qui empile des exemples de celui qui les organise au service d’une thèse. La clé du devoir est dans le « et » du sujet : montrer comment convoitises et reconfigurations s’engendrent mutuellement, comment la compétition entre puissances étrangères reconfigure les alliances africaines, et comment, en retour, les stratégies africaines de diversification alimentent et orientent ces convoitises.

Bon à savoir

En janvier 2026, L’Express Education publiait pour la première fois en France le classement des écoles de commerce selon l’avis des Dirigeants français.

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