Pour saisir ce que vivent réellement les étudiants de l’EHL, rien ne remplace leur parole. Sur le campus lausannois, deux d’entre eux ont accepté de raconter leur parcours. Camille, en deuxième année de Bachelor, a troqué un projet d’avocate contre une passion pour l’événementiel. Adrian, bientôt diplômé, a déjà côtoyé l’hôtellerie de luxe au plus haut niveau. Deux trajectoires, une même école*.
*Les prénoms ont été modifiés pour préserver l’anonymat des étudiants.
Bon à savoir
Camille, de la robe d’avocate à la passion de l’événementiel
Suisse, élevée à Zurich d’une mère vaudoise, Camille a grandi en allemand et en français. Lausanne, où vit encore une partie de sa famille, a longtemps été sa seconde maison. C’est lors d’un échange scolaire dans la région qu’elle découvre l’EHL et que naît un intérêt pour la gestion hôtelière. Pourtant, son projet de départ était tout autre.
« Je voulais être avocate. C’est un grand changement. »
Camille, étudiante en deuxième année de Bachelor
Un coup de cœur né par hasard
Le déclic survient lors d’une journée découverte organisée à l’université de Lausanne, pensée autour des métiers plutôt que des seuls diplômes. Venue se renseigner sur le droit, Camille tombe presque par accident sur une présentation de la gestion hôtelière. La démonstration la marque, tout comme une réponse reçue ce jour-là : oui, le secteur permet d’équilibrer vie professionnelle et vie personnelle, car l’hôtellerie laisse une grande liberté de spécialisation. Son année sabbatique, passée comme serveuse, confirme l’intuition.
« J’ai remarqué que j’aimais beaucoup être au service des personnes. »
Camille
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Entrer à l’EHL, un parcours d’admission singulier
Côté helvétique, la maturité est indispensable et tient lieu de baccalauréat, et sa structure varie d’un canton à l’autre. Aucune combinaison de matières n’est imposée pour candidater : Camille s’est spécialisée en langues anciennes, grec et latin, loin de l’économie, et a été admise malgré une note de mathématiques modeste. Une souplesse qui tranche avec les prépas françaises et leurs attendus très cadrés.
Affiliée par convention à la HES-SO (Haute École Spécialisée – Suisse Occidentale), l’école bénéficie par ailleurs de frais de scolarité en partie subventionnés par l’État pour les étudiant(e)s suisses, ce qui explique des frais plus accessibles que pour les étudiants internationaux. La sélection, elle, s’est déroulée en plusieurs étapes l’année où Camille a postulé : un dossier et un niveau d’anglais avancé, une série de réponses enregistrées en vidéo (une minute pour réfléchir, deux pour répondre), des tests de logique, puis un entretien en ligne mené par deux personnes, dont un étudiant ambassadeur. Le processus, précise-t-elle, évolue régulièrement, si bien que les modalités peuvent varier d’une candidature à l’autre. Camille occupe justement cette fonction, qui consiste à faire visiter le campus et à échanger avec les candidats pour leur donner une vision de l’intérieur.
L’année préparatoire, une immersion totale
Le cursus s’ouvre sur six mois sur le campus, rythmés par des ateliers qui balaient toutes les facettes des métiers opérationnels, du service en chambre à la boulangerie, ces mêmes croissants servis le matin même. Viennent ensuite six mois de stage opérationnel, libres de destination. Camille choisit Vienne et la réception d’un hôtel. À dix-huit ans, loin de la Suisse pour la première fois, elle se fixe un cap.
Je me suis mise comme défi de ne pas rentrer chez moi pendant six mois.
camille
Le pari tient. Entre les visites de la région et les amitiés nouées avec d’autres étudiants de l’EHL croisés sur place ou retrouvés à Budapest, le temps passe sans qu’elle le voie filer. Ces liens, dit-elle, se construisent presque sans effort.
Cap sur l’événementiel
Désormais en deuxième année sur les quatre que compte le Bachelor, Camille affine son projet. Elle se surprend elle-même à apprécier un domaine qu’elle redoutait.
On a eu les premiers cours de compta, et je me suis dit que c’était bien plus chouette que ce que je pensais.
camille
La finance et l’immobilier restent dans un coin de sa tête, mais son cap est ailleurs. Le goût d’organiser, de coordonner, de relier les gens, elle l’a repéré tôt, en montant une fête de fin de lycée ou en orchestrant un après-midi de jeux pour cent cinquante personnes. Son prochain stage, prévu de février à septembre 2027, sera donc tourné vers l’événementiel, secteur vaste qu’elle veut explorer, de préférence à Paris. Elle multiplie déjà les échanges avec d’anciens étudiants pour cibler les bonnes agences. Elle sait déjà qu’un autre terrain d’apprentissage l’attend en fin de Bachelor : le Student Business Project, une mission de conseil de neuf semaines menée en équipe pour une entreprise réelle, en remplacement du mémoire classique.
« Je me suis beaucoup trouvée ici »
Ce qui la retient avant tout, c’est l’esprit du lieu. La communauté étudiante, qu’elle décrit comme une famille, se ressent dès les premiers pas sur le campus.
Quand on pose le pied sur le campus, on ressent vraiment cette chaleur. Tout le monde a envie de connaître les autres.
camille
À taille humaine malgré ses quelques milliers d’étudiants, l’école laisse le temps de se connaître, y compris entre promotions. Camille, qui vit à quelques minutes de bus du campus, profite aussi des infrastructures, de la forêt voisine où elle court à la piscine et aux salles de sport, sans renoncer aux échappées au bord du lac. C’est surtout sur le plan personnel que le changement la frappe. D’introvertie, elle se décrit aujourd’hui en « social butterfly », sortie de sa coquille.
Je me suis beaucoup trouvée ici. J’ai eu la chance de sortir de ma carapace.
camille
Elle en a fait son argument auprès des candidats inquiets de ne pas trouver leur place. La semaine d’intégration et l’ambiance générale, assure-t-elle, font le reste. Un dernier chiffre, observé dans son entourage, en dit long sur l’éventail des débouchés : plus de la moitié des étudiants finissent par s’éloigner de l’hôtellerie, seul un sur trois y reste, signe que le Bachelor ouvre bien au-delà du secteur d’origine. Les cours par ailleurs ne sont pas sans rappeler les disciplines que l’on retrouve dans les Grandes Ecoles de commerce françaises.
Bon à savoir
Adrian, du campus vaudois à l’hôtellerie de luxe
Né en Suisse de parents originaires de Hong Kong et de Chine, Adrian a grandi entre deux cultures. Ses parents tenaient des restaurants, et il a baigné tôt dans le sens du service. Son père avait d’ailleurs obtenu sa patente, l’autorisation d’exploiter un établissement en Suisse, à l’EHL au tout début des années 1980. Enfant, il passait devant le campus sur la route de Lausanne et rêvait d’y entrer.
J’ai toujours voulu faire l’EHL, depuis un assez jeune âge.
Adrian, étudiant en dernière année de Bachelor
La dimension multinationale de l’école achève de le convaincre. Lui qui retournait régulièrement en Chine voyait dans l’EHL une promesse d’ouverture sur d’autres horizons.
Une vocation forgée tôt
Son parcours sort du moule. Avant d’intégrer directement la première année de Bachelor, sans passer par l’année préparatoire, Adrian a obtenu un CFC et travaillé deux ans et demi en hôtellerie, dont un long passage dans un palace lausannois cinq étoiles. Il y a découvert tous les départements, de la réception aux étages, du bar au restaurant gastronomique, une expérience qu’il juge très formatrice et qui a confirmé sa vocation. À l’école, il découvre ensuite les trois modules du cursus, finance, hospitalité et management, et s’oriente naturellement vers les deux derniers.
L’épreuve du luxe, grandeur nature
L’été 2024, à l’occasion des Jeux olympiques de Paris, Adrian décroche une mission hors norme. Recruté par l’intermédiaire du réseau d’anciens de l’EHL, il devient majordome privé dans un palace parisien, attaché à une clientèle internationale fortunée, soumise à une discrétion absolue.
On m’a recruté grâce au réseau alumni de l’EHL.
adrian
L’expérience le marque durablement. Au-delà du prestige, il apprend à tenir une position délicate, en équilibre permanent entre les attentes du client, les intérêts de l’hôtel et son propre rôle. Les pourboires, parfois considérables et glissés dans la main avant même tout service, installent d’emblée un rapport de pouvoir qu’il doit savoir gérer. Un soir, le client le plus important de l’établissement exige la privatisation d’un restaurant avec seulement quelques heures de préavis. Adrian se retrouve à négocier, en mandarin et en anglais, l’annulation de réservations, un droit de bouchon et une facture à cinq chiffres, pris entre une assistante qui le croit acquis à sa cause et un hôtel qu’il doit défendre.
Il apprend surtout à poser des limites. Une invitation à dîner, une place pour une finale olympique offerte par un client : autant de cadeaux qu’il décline pour préserver sa liberté professionnelle.
Si j’acceptais, ils auraient eu trop de pouvoir sur moi. Ils pouvaient me demander tout et n’importe quoi.
Adrian
Le revers de cette hôtellerie d’exception tient à la disponibilité qu’elle exige. Ajouté par les clients sur leurs messageries privées, Adrian répondait parfois à minuit, depuis son lit. Une cliente lui a même proposé, un jour, d’épouser sa fille, qu’il n’avait jamais rencontrée, anecdote qui résume à elle seule l’étrange intimité de ce métier.
La déconnexion, en hôtellerie, est parfois plus compliquée que dans d’autres domaines.
adrian
Élargir l’horizon
Pour varier les angles, Adrian a ensuite réalisé un stage dans l’immobilier, en gestion de biens locatifs. Horaires réguliers, télétravail, autonomie, alternance entre le terrain et l’administratif : il y découvre une qualité de vie adéquate. L’expérience nourrit une réflexion lucide sur sa carrière. D’un côté, l’hôtellerie et sa promesse de mobilité mondiale, avantage réel pour ce polyglotte. De l’autre, des secteurs offrant de meilleures conditions et des rémunérations plus attractives pour ses affinités.
Je me permets de penser à mon futur et de me dire que j’ai besoin d’une certaine qualité de vie.
adrian
Son premier choix, aujourd’hui, irait à une multinationale, pour le rythme corporate, la mobilité internationale et l’avantage de partir à l’étranger en conservant un contrat suisse.
Le réseau comme tremplin
La dernière illustration de la force de l’école, il la vit en direct. Pour son Student Business Project, le projet de conseil qui tient lieu de travail de Bachelor, son équipe accompagne une compagnie de croisières haut de gamme. La cliente, ancienne de l’EHL, a rapidement vu en lui un profil intéressant, notamment pour sa maîtrise du mandarin, et lui a ouvert une opportunité de recrutement. Une porte de plus, poussée grâce au réseau d’anciens et aux partenariats de l’école.
Tout, ou presque, sépare ces deux trajectoires. L’une découvre l’hôtellerie par hasard et rêve d’événementiel, l’autre la portait en lui depuis l’enfance et s’ouvre aujourd’hui à d’autres mondes. Pourtant, leurs récits convergent vers les mêmes points d’ancrage. Une communauté soudée, qu’ils appellent l’un comme l’autre une famille. Un réseau d’anciens qui ouvre des portes bien au-delà de l’hôtellerie, jusqu’aux palaces parisiens et aux grandes compagnies. Une formation arrimée au réel, par les stages et les missions de conseil menées dès les études. Et une maturité professionnelle qui se construit au contact du terrain.














