Rien ne destinait Djerry Atout au logement social. Après un DUT Génie thermique et énergie à l’IUT de Rouen, puis un diplôme d’ingénieur en performance énergétique à l’INSA Rouen Normandie, il a découvert un peu par hasard le monde des bailleurs sociaux lors de son alternance chez Habitat 76. Il y est resté en CDI et intervient aujourd’hui sur les équipements de chauffage collectif et d’eau chaude sanitaire d’environ 16 000 logements, au sein d’un parc qui en compte 30 000. Il raconte un parcours où l’énergie a pris une dimension humaine.
Un parcours d’études entièrement tourné vers l’énergie

D’où vient votre intérêt pour l’énergie, qui a guidé tout votre cursus ?
Tout mon parcours a été construit autour de l’énergie, dès le lycée. J’ai passé un bac scientifique et on parlait déjà beaucoup de transition énergétique à l’époque. Ce que je voyais dans les journaux et à la télévision sur ces sujets m’intéressait vraiment, et c’est à ce moment que j’ai su que je voulais emprunter cette voie.
Pourquoi avoir choisi un DUT plutôt qu’une prépa ou une licence après le bac ?
Je me suis posé la question en 2018, quand j’ai obtenu mon bac, que j’avais d’ailleurs bien réussi. Mon projet était d’entrer assez rapidement sur le marché du travail. La prépa m’était présentée comme deux années de travail intense avant d’intégrer une école d’ingénieurs. Le DUT me plaisait davantage, notamment parce qu’il débouchait sur un diplôme. J’ai finalement préféré cette option et j’ai intégré le DUT Génie thermique et énergie de l’IUT de Rouen.
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Qu’est-ce que ce DUT vous a apporté concrètement ?
Côté compétences, le DUT Génie thermique et énergie m’a permis de me spécialiser très tôt dans le domaine dans lequel je savais vouloir travailler. Il m’a orienté vers mon projet et m’a aidé à me projeter. Côté méthode, il m’a donné les clés pour comprendre le fonctionnement des installations.
Comment s’est passée votre admission à l’INSA Rouen Normandie après le DUT ?
L’INSA Rouen Normandie est une école très sélective, et sa spécialité performance énergétique correspondait exactement à mon projet. J’ai donc tout donné pendant mes deux années d’IUT pour obtenir un bon classement. Il fallait faire partie des meilleurs, dans les dix premiers. J’ai intégré l’école en 2020 et obtenu mon diplôme d’ingénieur en 2023.
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Une alternance qui ouvre les portes du logement social
Pourquoi avoir choisi l’alternance pour votre cursus d’ingénieur ?
Je ne me voyais pas ne pas travailler pendant mes études. Je voulais aller sur le terrain pour voir concrètement ce que donnait le métier. Et si j’avais eu besoin de me réorienter, je ne voulais pas attendre trois ans pour m’en rendre compte.
Comment êtes-vous arrivé chez Habitat 76 ? Le logement social faisait-il partie de vos pistes au départ ?
J’y suis arrivé un peu par hasard, dans le domaine de l’exploitation, c’est-à-dire la maintenance et l’entretien des installations. Mon futur responsable chez Habitat 76 était en contact avec mon maître de stage de DUT. Mon profil correspondait, et c’est comme ça que je les ai rejoints.
Quelles étaient vos missions en tant qu’alternant ?
Pendant trois ans, j’ai travaillé sur l’application d’une nouvelle réglementation concernant les bâtiments chauffés collectivement. Une partie du parc d’Habitat 76 est alimentée par un chauffage collectif. Ma mission consistait à déterminer l’état de ce parc et à évaluer s’il fallait réellement engager des travaux sur ces installations. Je présentais ensuite mes conclusions à ma hiérarchie.
Qu’est-ce qui vous a fait basculer de l’énergie vers le logement social ?
Je ne l’ai pas vécu comme un changement, plutôt comme une étape de mon parcours. Même chez un bailleur social, je travaille dans l’énergie. Je ne suis pas sorti de mon domaine, cela a simplement orienté mes choix de carrière. En tant qu’ingénieur, on pense surtout aux calculs de performance, à la technique, sans vraiment de dimension humaine. Aujourd’hui, je vais à la rencontre des locataires. On voit clairement pourquoi on fait les choses, et c’est beaucoup plus motivant.
Aviez-vous envie d’associer la technique à une dimension plus sociale ?
Oui, je voulais travailler dans un secteur plus social, sans savoir comment y parvenir. Avec Habitat 76, c’est devenu concret, et c’est venu à moi sans que j’aie à le chercher. Quand on se rend sur un site, on voit les bénéficiaires de ce qu’on met en place. Les travaux ont un intérêt en termes de performance et de coûts, mais ils servent avant tout le confort des habitants.
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Ingénieur en CDI chez Habitat 76
Vous avez été recruté en CDI à la fin de votre alternance. Comment s’est faite cette transition ?
Le changement s’est surtout joué sur les responsabilités et le niveau de confiance. Vers la fin de mon alternance, on ne me voyait déjà plus comme un alternant. J’avais prouvé pendant trois ans que je pouvais être responsable, et ma hiérarchie me confiait davantage de sujets. Les six derniers mois, j’étais à temps plein en entreprise, avec plus de missions. Je pouvais même proposer les projets sur lesquels je voulais travailler, développer des outils et apporter une aide à la décision à ma hiérarchie sur la stratégie de décarbonation.
Votre poste a-t-il été créé pour vous ?
Oui, c’est une création de poste. Une seule personne occupait jusque-là ces missions. L’entreprise a souhaité renforcer l’équipe avec un ingénieur supplémentaire, car un binôme a une force de frappe bien plus importante. Je travaille aujourd’hui avec le collègue qui m’expliquait le terrain pendant mon alternance.
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En quoi consiste votre poste actuel ?
Ma principale mission concerne l’exploitation. Je suis les contrats de performance énergétique, qui encadrent les installations de production et de distribution de chaleur, pour m’assurer que tout fonctionne bien. J’interviens sur les équipements de chauffage collectif et d’eau chaude sanitaire, ce qui représente environ 16 000 logements sur les quelque 30 000 que compte Habitat 76. Je suis aussi des chantiers, ce qui me permet d’aller sur le terrain et de vérifier avec les différents acteurs que les travaux se déroulent bien, jusqu’à leur réception.
Pendant mon alternance, j’ai développé un outil d’aide à la décision pour choisir un mode d’énergie et de production, que je continue de perfectionner. Il permet de simuler un changement d’énergie et de présenter le pour et le contre selon chaque situation. Comme nous travaillons pour les locataires, il faut vérifier que la solution est bonne pour eux. Nous présentons ensuite les résultats à la direction, qui prend la décision. J’ai proposé cet outil parce que ces études demandaient beaucoup d’étapes à chaque fois. Aujourd’hui, elles vont beaucoup plus vite.
Votre formation d’ingénieur vous sert-elle au quotidien ?
Je fais moins de calculs que pendant ma formation. Mais être ingénieur, ce n’est pas seulement calculer. Il faut avoir des idées et proposer des solutions. J’ai développé de vraies capacités d’adaptation et le sens des relations humaines, et ma formation m’aide beaucoup sur tous ces aspects.
Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans ce secteur ? Et qu’est-ce qui est le plus difficile ?
Le plus difficile, c’est le suivi administratif des contrats d’exploitation, qui prend parfois le dessus. Le plus intéressant, c’est le terrain, que ce soit pour suivre des travaux ou pour rencontrer les locataires. Quand un locataire nous appelle pour nous dire qu’un problème est résolu, c’est gratifiant. Ces retours sont vraiment satisfaisants.
Un secteur encore méconnu des jeunes diplômés
Le logement social est peu identifié par les jeunes diplômés, et encore moins par les ingénieurs. Selon vous, pourquoi ?
Dans l’imaginaire collectif, un bailleur social, c’est l’organisme auquel on s’adresse quand on cherche un logement. Quand on cherche un emploi, on n’y pense pas, et on ne voit pas tous les métiers qui en découlent. On n’imagine pas qu’il y a des ingénieurs derrière. Les choses évoluent et on en parle de plus en plus. Quand je rencontre des étudiants, je n’hésite pas à leur présenter ces aspects moins visibles. Il y a chaque année davantage d’alternants, et cela porte ses fruits.
Quels profils et quelles qualités recherchent les bailleurs sociaux aujourd’hui ?
Des personnes qui ont envie de s’engager et qui se retrouvent dans les valeurs des bailleurs sociaux, comme le partage. Chez Habitat 76, on compte près de 80 métiers différents, que le grand public ne soupçonne pas. C’est pourquoi nous essayons de développer des partenariats avec les écoles, pour que les jeunes puissent les identifier.
Bon à savoir
Pour faire connaître ces métiers, l’Union pour l’habitat social de Normandie (UHSN) mène une campagne d’attractivité auprès des jeunes, en lien avec des établissements du territoire, dont l’INSA Rouen Normandie. Elle représente les 47 organismes d’habitat social adhérents de la région, qui publient près de 400 offres d’emploi par an pour plus de 50 métiers, du CAP au bac+5. L’UHSN organise également une Journée de l’emploi du logement social, déployée simultanément dans quatre départements normands lors de sa troisième édition, et à laquelle les établissements de formation comme l’INSA sont invités à associer leurs étudiants. L’enjeu est réel, puisque le secteur a réalisé plus de 800 recrutements en 2025. Chez Habitat 76, 27 alternants sont accueillis cette année, dans des domaines aussi variés que les professions immobilières, le bâtiment ou les fonctions support.
Que diriez-vous à un étudiant dont le parcours ne mène pas « logiquement » au métier qu’il finit par aimer ?
Moi-même, je me destinais à un métier d’ingénieur dans le domaine scientifique. Il faut être ouvert d’esprit et aller chercher l’information, surtout celle qui n’est pas directement accessible. Il y a toujours plus que ce qui est visible, un peu comme un iceberg. Il faut poser des questions dans tous les domaines, y compris ceux où l’imaginaire collectif semble dessiner un parcours classique. Il faut creuser.















