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Niveau de formation vs attendus des entreprises : un décalage ?

6 Min. de lecture
Niveau de formation vs attendus des entreprises : un décalage ?

Les entreprises reprochent souvent aux établissements d’enseignement secondaire et supérieur de ne pas former les jeunes diplômés dont elles ont besoin. À tort ?


Début février, sur son compte LinkedIn, Quentin, animateur de communauté, de 26 ans, a partagé un post dépité où il racontait sa difficile recherche d’emploi. Après cinq années d’études supérieures dont deux en alternance, et une capacité évidente à “se vendre” sur les réseaux sociaux, le jeune homme n’avait pas imaginé devoir galérer pendant plus de six mois. En réponse, certains de ses abonnés lui ont conseillé de changer de secteur, celui de la communication étant “bouché”. De fait, si un diplôme post bac continue de mieux protéger du chômage, le marché de l’emploi peut être cruel pour les nouveaux entrants. Certes, 82 % des étudiants sortant d’une grande école de management ou d’ingénieur obtiennent un CDI six mois après leur sortie. Mais beaucoup d’autres “rament”, y compris des bacs + 5. Le chômage des moins de 25 ans a augmenté de plus de 7 % en 2024 en France, contre 3,9 % toutes tranches d’âges confondues, selon le ministère du Travail. Il faut y voir la conséquence d’un ralentissement de l’économie et de la multiplication des plans sociaux, bien sûr. Mais aussi le révélateur d’une inadéquation entre les besoins des entreprises et les choix d’orientation.

Il y a sur le marché trop d’ostéopathes, de professionnels du spectacle et de graphistes, mais on manque en revanche de personnes compétentes dans les métiers du sport, de l’hôtellerie, ou de l’alimentation, relève le Centre d’information et de documentation jeunesse (CIDJ). Contrairement aux idées reçues, le secteur agricole recrute également, souligne Jean-François Vergnault, du lycée des Établières, en Vendée : « Nous sommes assaillis de demandes d’entreprises pour nos BTSA Gestion et maîtrise de l’eau, et Agronomie et cultures durables. Malheureusement, ces formations n’ont pas la cote. »

Elles ne sont pas les seules. Aide-soignants, maçons, couvreurs, manutentionnaires… Bien des secteurs en tension sont exigeants physiquement et – souvent – mal payés, indique France Travail. Côté cols blancs, la comptabilité, l’informatique, et la RSE sont également en mal de candidats. « Les entreprises sont aussi très demandeuses de profils de dirigeants hybrides disposant de connaissances solides dans le numérique », indique Julien Grobert, chargé des relations entreprises à la Toulouse School of Management (TSM). Il insiste également sur le décalage entre le niveau de formation des candidats et celui attendu par les employeurs : « Dans le domaine de la comptabilité, les cabinets recherchent des bacs + 3 (DCG) et des bacs + 5 (DSCG) alors que nombre de candidats n’ont qu’un bac + 2, ce qui les bloque sur des tâches automatisées qui risquent de disparaître avec l’Intelligence artificielle. » À l’inverse, certaines sociétés, notamment dans l’industrie, sont en quête de bacs professionnels et de techniciens de niveau bac + 2, et ne les trouvent pas.

Pour essayer de coller au mieux aux besoins du marché, écoles et universités s’appuient sur des conseils de perfectionnement de leurs diplômes, auxquels participent des représentants des entreprises, notamment celles qui accueillent leurs stagiaires et leurs alternants. Recruteurs et formateurs se parlent, donc, mais parfois sans s’entendre.

Jean-Luc Reinero, de la fédération Cinov, laquelle regroupe les entreprises des métiers du conseil, de l’ingénierie et du numérique, l’affirme : « Nous avons un déficit cruel d’ingénieurs et de bac + 3 dans les secteurs de la transition énergétique et numérique, mais leur professionnalisation n’est pas toujours optimale, même après 6 mois de stage. » Et de poursuivre : « Ces jeunes sont brillants techniquement, mais ne connaissent rien à la relation clients ». Une analyse que conteste Antoine Amiel, de Learn Assembly. « Les entreprises ont un peu trop tendance à attendre des diplômés “finis”, prêts à l’emploi. Or, quand on recrute un petit nouveau, il est normal de prévoir un accompagnement. Certes, les référentiels de compétences qui constituent l’architecture des diplômes sont parfois en décalage avec la réalité des besoins du marché, lesquels évoluent très vite, par exemple dans le numérique. Mais certaines compétences ne s’apprennent que dans le contexte du travail ».

Julien Gombert ne dit pas autre chose. « Les entreprises veulent le beurre et l’argent du beurre. Elles considèrent que c’est à nous de former nos diplômés à tous les outils qu’ils devront utiliser, mais c’est impossible. Il faut prendre en compte le temps de latence entre le moment où le besoin est identifié et celui où la formation correspondante est mise en place ». Antoine Amiel avance pour sa part une proposition radicale. « Je milite pour une entrée dans le monde du travail après la licence, qui pourrait être complétée par une autre formation vers 30 ou 35 ans, via la formation continue ». Une révolution au pays du “bac + 5 sinon rien”, mais qui aurait le mérite de mieux répondre aux besoins des entreprises.

L’analyse d’Antoine Amiel, PDG de Learn Assembly, un cabinet de conseil à destination des acteurs de l’emploi et de la formation et associé chez Kea & Partners analyse.

« Avant même de parler des secteurs qui recrutent ou pas, il faut parler de la place du diplôme dans les parcours professionnels, et dénoncer notre diplômite aiguë. Aujourd’hui, l’évolution professionnelle reste surdéterminée par les études suivies après le bac, alors que la formation continue est dévalorisée, tout comme les bac professionnels, vus comme une orientation par défaut réservée aux “mauvais élèves”. On pousse donc les jeunes à aller vers le plus haut niveau possible, en dévalorisant les métiers techniques, alors que dans certains secteurs les entreprises ont davantage besoin de bac + 2 ou bac + 3. Les professions en tension, autour du soin ou de la transition énergétique, par exemple, ne nécessitent pas des masters, mais recrutent beaucoup au niveau BTS et BUT. Seuls 50 % des titulaires d’un bac + 5 qui ont un statut de cadre ont une fonction d’encadrement, comme vient de le montrer une étude du CEREQ – laquelle n’a pas été beaucoup relayée. Cela devrait nous alerter, car cela nourrit de grandes désillusions chez les jeunes qui ne sont pas embauchés au niveau de responsabilité qu’ils avaient espéré ».


(vérifié par notre rédaction)

Voici un résumé en cinq points clés de l’article sur le sujet : Niveau de formation vs attendus des entreprises : un décalage ?

Disparité entre formation et marché de l’emploi : Les entreprises critiquent les établissements d’enseignement pour ne pas former les jeunes diplômés conformément à leurs besoins. Malgré un taux d’insertion élevé pour certaines grandes écoles, de nombreux diplômés rencontrent des difficultés dans leur recherche d’emploi.

Chômage des moins de 25 ans : Le chômage dans cette tranche d’âge a augmenté de plus de 7 % en 2024. Ce phénomène est attribué à un ralentissement économique et à un décalage entre les qualifications des jeunes et les secteurs qui recrutent activement.

Métiers en tension : Bien que certains champs d’études soient saturés, comme les professions en communication, de nombreux secteurs (sport, hôtellerie, agriculture) recherchent désespérément des diplômés qualifiés, notamment à des niveaux bac + 2 ou bac + 3.

Compétences requises vs formation acquise : Les entreprises attendent parfois des compétences très spécifiques qui ne correspondent pas au niveau de formation des candidats. Les employeurs souhaitent des professionnels formés aux réalités pratiques du marché, mais de nombreux diplômés ne sont pas préparés à ces exigences.

Réflexion sur le diplôme : L’inadéquation entre les parcours éducatifs et les opportunités d’emploi souligne une “diplômite aiguë.” Il est suggéré que la formation continue et les voies d’accès aux métiers techniques soient valorisées pour mieux répondre aux besoins des entreprises, remettant en question l’importance actuelle du diplôme dans la carrière professionnelle.

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