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Pupille de l’État ou pupille de la Nation : qui peut obtenir ces statuts et quels sont les droits ?

10 Min. de lecture

Les expressions « pupille de l’État » et « pupille de la Nation » sont proches, mais elles désignent deux situations juridiques profondément différentes. La première relève de la protection de l’enfance : un mineur privé de protection familiale est placé sous la tutelle de l’État et pris en charge par l’aide sociale à l’enfance. La seconde est une reconnaissance accordée par la Nation à certains enfants touchés par une guerre, un attentat, une opération militaire ou la mort ou l’incapacité d’un parent dans certaines missions au service de la collectivité.

Un pupille de la Nation peut donc parfaitement continuer à vivre avec son père, sa mère ou le reste de sa famille. À l’inverse, devenir pupille de l’État implique que l’autorité parentale ne puisse plus être exercée dans les conditions ordinaires et qu’une tutelle spécifique soit organisée. Les droits attachés aux deux statuts sont eux aussi très différents.

Quelle différence entre pupille de l’État et pupille de la Nation ?

Le pupille de l’État est un enfant mineur confié à l’aide sociale à l’enfance dont la situation familiale répond à l’un des cas prévus par le Code de l’action sociale et des familles. Le préfet exerce alors la fonction de tuteur avec un conseil de famille des pupilles de l’État. Celui-ci participe aux décisions importantes concernant la vie de l’enfant, son placement et éventuellement son adoption.

La qualité de pupille de la Nation repose sur une logique complètement différente. La France « adopte » symboliquement et juridiquement certains enfants dont la famille a été frappée par la guerre, le terrorisme ou certaines circonstances liées au service de la Nation. Cette adoption n’est pas une adoption civile : l’enfant ne change pas de filiation et l’État ne remplace pas ses parents. Il bénéficie d’une protection supplémentaire assurée principalement par l’Office national des combattants et des victimes de guerre, l’ONaCVG.

Le statut de pupille de la Nation est accordé à vie. Les aides matérielles concernent principalement les jeunes jusqu’à 21 ans. Des aides aux études supérieures peuvent toutefois être accordées au-delà de cet âge, lorsque les études ont commencé au plus tard dans l’année du 21e anniversaire. En 2024, l’ONaCVG accompagnait encore 1 623 pupilles et recensait 179 nouvelles adoptions par la Nation.

Dans quels cas un enfant devient-il pupille de l’État ?

Le Code prévoit six grandes situations. Le statut peut d’abord concerner un enfant dont la filiation n’est pas établie ou est inconnue et qui est recueilli par l’aide sociale à l’enfance depuis plus de deux mois. C’est notamment le cadre juridique qui peut concerner certains enfants nés sous le secret.

Il peut également s’agir d’un enfant dont la filiation est connue mais qui a été expressément remis à l’ASE en vue de son admission comme pupille de l’État. Lorsque les personnes habilitées à consentir à l’adoption l’ont remis au service, le délai est en principe de deux mois. Lorsque seul l’un des parents remet l’enfant et que l’autre ne manifeste pas son intention d’en assumer la charge, le délai peut atteindre six mois.

Sont aussi concernés les orphelins de père et de mère pour lesquels aucune autre tutelle n’a été organisée, les enfants dont les parents ont fait l’objet d’un retrait total de l’autorité parentale et les enfants déclarés judiciairement délaissés. Le statut ne signifie donc pas nécessairement que les parents sont décédés. Il peut résulter de situations familiales extrêmement différentes.

Les parents peuvent-ils reprendre un enfant déclaré pupille de l’État ?

Lorsque l’enfant est remis volontairement à l’ASE dans certaines situations, il est d’abord déclaré pupille de l’État à titre provisoire. Le parent qui l’a confié au service dispose normalement de deux mois pour le reprendre sans formalité particulière. Dans le cas où un seul parent l’a remis et que l’autre n’en avait pas la garde, ce second parent bénéficie d’un délai de six mois.

Une fois ces délais dépassés, le retour n’est plus automatique. Le tuteur, avec l’accord du conseil de famille, apprécie la demande au regard de l’intérêt de l’enfant. Un refus peut être contesté devant le tribunal judiciaire. Lorsqu’un enfant est restitué à un parent, le département doit proposer un accompagnement médical, psychologique, éducatif et social pouvant durer trois ans.

L’admission définitive intervient par arrêté du président du conseil départemental. Certains membres de la famille ou certaines personnes ayant effectivement pris soin de l’enfant peuvent contester cet arrêté devant le tribunal judiciaire dans un délai de trente jours lorsqu’ils souhaitent eux-mêmes en assumer la charge.

Lire aussi : Quels sont les critères sociaux pour bénéficier d’une bourse en 2026 ?

Être pupille de l’État signifie-t-il être automatiquement adopté ?

Non. L’adoption est une possibilité et non une conséquence automatique du statut. Une fois l’enfant devenu pupille, un bilan médical, psychologique et social est réalisé. Le tuteur et le conseil de famille construisent ensuite un projet de vie adapté à sa situation. L’adoption peut être retenue lorsqu’elle correspond à l’intérêt de l’enfant, mais d’autres projets sont possibles.

Lorsque l’adoption est envisagée, le tuteur et le conseil de famille déterminent notamment si une adoption simple ou plénière est adaptée et choisissent les éventuels adoptants. L’enfant capable de discernement doit être entendu. Les pupilles peuvent notamment être adoptés par des personnes titulaires de l’agrément à l’adoption ou, dans certaines situations, par les personnes auxquelles ils avaient déjà été confiés lorsque des liens affectifs suffisamment importants se sont créés.

Qui peut devenir pupille de la Nation ?

Le statut trouve son origine dans la Première Guerre mondiale. La loi de 1917 avait pour objectif de protéger les enfants dont les parents avaient été tués ou gravement atteints par la guerre. Le champ d’application a depuis été considérablement élargi.

Bon à savoir

Le Code prévoit d’abord l’adoption par la Nation des enfants dont un parent ou un soutien de famille a été tué, est décédé des suites de blessures ou de maladies liées à un événement de guerre ou à un acte de terrorisme. Les enfants directement victimes civiles d’un acte de guerre ou de terrorisme peuvent également être concernés.

Les opérations extérieures sont explicitement couvertes. Un enfant peut ainsi bénéficier du statut lorsqu’un parent ou soutien de famille meurt à la suite de blessures ou d’une maladie contractée ou aggravée en opération extérieure. Depuis la réforme de 2023, le dispositif couvre également plus largement certaines situations dans lesquelles le parent est vivant mais ses blessures l’empêchent de pourvoir aux besoins de sa famille.

Le parent doit-il nécessairement être militaire ?

Non. Le statut a progressivement dépassé le seul cadre militaire. Les enfants de certains policiers, gendarmes, magistrats, personnels pénitentiaires ou douaniers tués à la suite d’une agression pendant certaines missions de sécurité publique peuvent être reconnus pupilles de la Nation. La protection couvre également certains personnels participant à la neutralisation d’explosifs.

Le Code prévoit aussi des situations beaucoup plus particulières. Les enfants d’élus tués à la suite d’une agression directement liée à l’exercice de leur mandat peuvent être concernés. Depuis l’évolution récente du droit, les enfants de professionnels de santé décédés à la suite d’un homicide volontaire commis par un patient dans l’exercice de leurs fonctions entrent également dans le dispositif.

Les enfants dont le parent ou soutien de famille est victime de certains actes de piraterie maritime peuvent également recevoir cette qualité. Enfin, les enfants d’une personne dont l’acte de décès porte la mention « Mort pour le service de la Nation » ont vocation à devenir pupilles de la Nation.

Comment la qualité de pupille de la Nation est-elle reconnue ?

La qualité n’est pas attribuée automatiquement dans toutes les situations. Une demande peut être présentée par l’un des parents, par le représentant légal de l’enfant ou par l’intéressé lui-même s’il est devenu majeur. À défaut, le procureur de la République peut engager la procédure.

Le tribunal judiciaire vérifie ensuite que les conditions légales sont réunies. C’est donc une décision judiciaire qui conduit à l’adoption par la Nation. Un recours peut être exercé dans le mois suivant la notification du jugement par les personnes et organismes prévus par le Code.

La demande peut même être présentée après la majorité. Toutefois, lorsqu’une personne a plus de 21 ans au moment de sa demande, l’adoption par la Nation ne produit plus les mêmes avantages financiers : elle conserve essentiellement une portée morale, à condition que l’intéressé ait été mineur au moment du décès de son parent dans les circonstances prévues par la loi.

Quels sont les droits d’un pupille de la Nation pendant ses études ?

La loi prévoit un droit à la protection ainsi qu’au soutien matériel et moral de l’État jusqu’à 21 ans. Lorsque les ressources de la famille sont insuffisantes, l’État peut participer partiellement ou totalement aux dépenses liées à l’entretien et à l’éducation. L’ONaCVG est l’organisme chargé de mettre en œuvre une grande partie de cet accompagnement.

Les études constituent l’une des principales dimensions du dispositif. Des bourses nationales peuvent être accordées aux pupilles dans l’enseignement public. Lorsque certaines conditions sont remplies, l’ONaCVG peut également apporter dans l’enseignement privé l’équivalent de bourses ou exonérations qui auraient été accordées dans le public. Le rapport d’activité de l’Office indique d’ailleurs que l’accompagnement met particulièrement l’accent sur le financement des études supérieures.

Dans les universités publiques relevant du ministère de l’Enseignement supérieur, les pupilles de la Nation sont de plein droit exonérés des droits d’inscription pour la préparation d’un diplôme national ou du titre d’ingénieur diplômé. Certaines écoles publiques possèdent également des dispositifs spécifiques.

Lire aussi : Frais de scolarité et ouverture sociale : les écoles de commerce à la hauteur de l’enjeu ?

Toutes les études et tous les concours sont-ils gratuits ?

L’exonération des droits d’inscription universitaires concerne uniquement les diplômes nationaux et titres d’ingénieur dans les établissements publics visés par le Code de l’éducation. Elle ne signifie pas que n’importe quelle école privée, concours ou formation doit devenir gratuite.

Certaines banques de concours prévoient toutefois elles-mêmes des tarifs réduits ou une gratuité pour les pupilles de la Nation. L’ONaCVG peut également intervenir pour des dépenses de vie quotidienne ou certaines difficultés exceptionnelles lorsque les ressources le justifient. Son accompagnement ne se résume donc pas aux frais de scolarité.

Bon à savoir

En filière scientifique, les formations de l’Institut Mines-Télécom et Mines Paris prévoient par exemple une exonération de plein droit pour les pupilles de la Nation. En commerce, la BCE indique officiellement en 2026 que les pupilles de la Nation bénéficient des exonérations totales ou partielles accordées aux boursiers.

Lire aussi : Comment obtenir une bourse étudiante ?

Existe-t-il des lycées réservés aux pupilles de la Nation ?

Il n’existe plus aujourd’hui de réseau de lycées exclusivement réservé aux pupilles de la Nation. Certains établissements ont cependant été créés ou ont longtemps fonctionné avec cette vocation. C’est notamment le cas de l’actuel lycée professionnel Vassily Kandinsky à Neuilly-sur-Seine, ancien établissement ayant accueilli de nombreux pupilles de la Nation après la Seconde Guerre mondiale. Il est désormais devenu un lycée professionnel public classique et son admission n’est plus réservée à ce statut.

L’École des pupilles de l’Air et de l’Espace, située près de Grenoble, conserve en revanche un lien beaucoup plus direct avec cette histoire. Créée en 1941 pour accueillir des orphelins et pupilles liés à l’aéronautique militaire, elle fait aujourd’hui partie des lycées de la Défense. Certaines catégories de pupilles de la Nation et d’orphelins de familles militaires bénéficient toujours d’une priorité d’admission. L’établissement accueille des élèves du collège jusqu’aux classes préparatoires scientifiques, même s’il n’est pas réservé exclusivement aux pupilles.

Quels droits possède un pupille de l’État ?

La logique est différente. Le pupille de l’État ne reçoit pas un ensemble d’avantages financiers comparables à ceux d’un pupille de la Nation. Il bénéficie d’abord d’une protection juridique et matérielle parce qu’aucun parent n’exerce normalement l’autorité parentale.

Le préfet devient son tuteur et agit avec un conseil de famille. Celui-ci examine au moins une fois par an la situation de l’enfant et participe aux décisions importantes. Le lieu et le mode de placement nécessitent notamment l’accord du tuteur et du conseil de famille, et l’avis du mineur doit être recueilli lorsqu’il est capable de discernement.

L’aide sociale à l’enfance assure sa prise en charge quotidienne. L’enfant peut vivre dans une famille d’accueil, dans une structure de protection de l’enfance ou dans un autre cadre correspondant à sa situation. Ses intérêts patrimoniaux sont également protégés : ses fonds sont notamment confiés au directeur départemental des finances publiques dans le cadre du régime spécifique prévu par le Code.

Peut-on être à la fois pupille de l’État et pupille de la Nation ?

Les deux statuts répondent à des conditions indépendantes. Être pupille de l’État n’empêche donc pas, en soi, qu’un enfant remplisse également les critères de l’adoption par la Nation. Un enfant dont les parents ne peuvent plus assurer la prise en charge et dont l’un d’eux est décédé dans les circonstances prévues par le Code peut théoriquement relever des deux régimes.

Les effets restent séparés. Le statut de pupille de l’État organise la tutelle, la protection et le projet de vie du mineur. La qualité de pupille de la Nation constitue une reconnaissance durable accompagnée de droits matériels et éducatifs spécifiques.

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