Six ans après sa création, l’Institut Polytechnique de Paris change d’échelle. L’établissement, qui fédère l’École polytechnique, l’ENSTA, l’École nationale des ponts et chaussées, l’ENSAE Paris, Télécom Paris et Télécom SudParis, a présenté ce 29 septembre une feuille de route qui dessine ses priorités pour les années à venir, au moment même où il s’apprête à sortir de son statut expérimental pour devenir un grand établissement, début 2027. « Face aux grands défis de notre époque, nous avons une responsabilité, mobiliser toute notre puissance scientifique pour produire des connaissances et des solutions qui répondent aux besoins de la société », résume Thierry Coulhon, président du directoire d’IP Paris.
Qu’est-ce que l’Institut de défense annoncé par IP Paris ?
La défense n’est pas un sujet nouveau pour IP Paris. Deux de ses six écoles, l’École polytechnique et l’ENSTA, dépendent depuis toujours du ministère des Armées et l’inauguration, en mars 2025, du pôle recherche de l’Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense avait déjà marqué une étape. Avec ce nouvel Institut de défense, financé à hauteur de 15 millions d’euros par le ministère, l’ambition change d’échelle.
Recherche, formation et innovation s’y retrouveront réunies autour d’un même lieu, où doivent converger le pôle de l’AMIAD, le Centre interdisciplinaire d’études pour la défense et la sécurité, le Lab Quantique de Défense et plusieurs équipes de cybersécurité, avec une montée en puissance prévue jusqu’en 2030.
Sur le terrain de la formation, le mouvement est déjà engagé, plus de cent élèves suivent désormais un bachelor en cybersécurité monté avec l’EPITA, dont une trentaine sous statut militaire, et l’ENSTA vient de lancer avec ISAE-SUPAERO un cursus d’ingénieur Défense et Sécurité qui n’existait nulle part ailleurs en France.
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Quelle place pour la robotique dans la stratégie d’IP Paris ?
La robotique s’impose comme un autre chantier prioritaire. IP Paris peut déjà s’appuyer sur 51 enseignants-chercheurs travaillant sur les systèmes embarqués, la vision ou les robots multiples, une base que l’institut veut désormais transformer en domaine d’excellence à part entière. Les infrastructures suivent, un bassin d’expérimentation air-mer existe déjà à Brest et une arène à drones doit sortir de terre à Palaiseau avec une ambition assumée, devenir l’une des plus grandes volières d’Europe. Le partenariat noué avec l’ONERA ajoutera bientôt un bâtiment consacré à l’aérodynamique et à l’acoustique, une étape avant, à plus long terme, la création d’un institut de robotique à vocation européenne.
Comment le campus s’engage-t-il sur le climat et l’énergie ?
Le climat occupe une place tout aussi centrale, avec un pari singulier, faire du campus lui-même un laboratoire à ciel ouvert. Le démonstrateur AXEN y vise 60% de réduction de la consommation énergétique et 80% de réduction des émissions de CO2, pendant que XSeaO2 cherche à transformer le carbone dissous dans l’eau de mer en carburant de synthèse. À Télécom Paris, c’est un autre problème qui occupe les chercheurs du projet Smart Garden, celui des îlots de chaleur urbains, combattus à coups d’objets connectés capables de produire leur propre énergie. La transformation touche aussi les bâtiments eux-mêmes, avec la rénovation en cours du bâtiment central de l’École polytechnique et, à l’horizon 2029, l’arrivée de l’École des ponts et chaussées dans des locaux pensés pour les enjeux d’adaptation climatique.
Comment IP Paris renforce-t-il son ancrage international ?
À l’échelle européenne, IP Paris a pris cette année la présidence de l’alliance EuroTech, l’occasion de porter une stratégie baptisée EuroTech 2030 jusqu’à Bruxelles. L’alliance s’agrandit au passage, les six membres fondateurs accueillent l’université technique de Prague et l’estonienne TalTech, réunis autour de quatre priorités communes, l’intelligence artificielle appliquée à la robotique, les systèmes énergétiques, les semi-conducteurs et les biotechnologies.
Le mouvement ne s’arrête pas aux portes de l’Europe. En Inde, la coopération avec l’Indian Institute of Technology de Delhi s’intensifie, tandis que plusieurs accords doivent être signés à l’automne avec l’Université de Tokyo, le laboratoire RIKEN-AIP et les universités sud-coréennes SNU et Yonsei.
Quelle est la nouvelle étape institutionnelle pour IP Paris ?
Cette feuille de route scientifique s’accompagne d’un tournant institutionnel tout aussi net. À l’automne, un président du conseil d’administration commun avec l’École polytechnique doit être nommé, tournant ainsi la page d’un chantier de gouvernance ouvert depuis 2023. En décembre, c’est un contrat d’objectifs et de performance courant jusqu’en 2031 qui doit être signé avec les deux ministères de tutelle. Et début 2027, porté par un avis favorable du Hcéres rendu le 7 septembre dernier, IP Paris quittera enfin son statut expérimental pour devenir un grand établissement à part entière.















