Concilier la rigueur d’une école d’ingénieurs et le sens des affaires d’une grande école de commerce, sans sacrifier ni l’une ni l’autre. C’est le pari du BSc AIDAMS, le double diplôme conjoint entre l’ESSEC et CentraleSupélec. William Peltier, étudiant en 4e année, raconte à L’Express Éducation les coulisses de ce parcours pensé pour celles et ceux qui refusent de choisir entre technique et business. Portrait d’un parcours qui pourrait bien inspirer plus d’un futur candidat.
Un format qui change la donne
Peu de doubles diplômes réussissent à marier pleinement une grande école de commerce et une grande école d’ingénieurs, sans qu’aucune des deux ne passe au second plan. Un pari d’autant plus payant que recruteurs en finance, conseil ou tech cherchent de plus en plus ce même profil hybride, à l’aise aussi bien avec la donnée qu’avec un client.
Le portrait d’un double profil business et tech
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
J’ai 20 ans, bientôt 21, et suis originaire de Bordeaux. Je suis aujourd’hui en quatrième année du BSc AIDAMS, sur le campus de CentraleSupélec à Gif-sur-Yvette. Je reviens tout juste d’un échange universitaire de six mois en Argentine.
Pourquoi choisir ce mélange business et IA plutôt qu’une école de commerce ou d’ingénieurs classique ?
J’hésitais vraiment entre les deux. Depuis tout petit, je suis curieux de tout, et après le bac, plusieurs voies m’attiraient en même temps : le commerce, l’ingénierie, même les sciences politiques. Je voulais pouvoir profiter du meilleur des deux mondes et ce programme correspondait exactement à ça. C’est aux journées portes ouvertes de l’ESSEC que j’ai rencontré le professeur Guillaume Lecué, qui m’a parlé de ce double diplôme. La rigueur du format m’a tout de suite intéressé.
Ce mélange gestion, data et IA, pourquoi est-ce si recherché sur le marché du travail ?
Les deux sont devenus indissociables. On ne peut plus être un bon commercial sans connaître la technique et on ne peut pas non plus être un bon ingénieur si on ne sait pas vendre. Cette double casquette est devenue un prérequis. C’est une vraie chance d’avoir accès à ce programme.
Entre dossier Parcoursup, tests et entretien de motivation, comment s’est passée votre candidature ?
La première question que je me suis posée, c’était de savoir si j’étais prêt à faire mes études entièrement en anglais. J’avais de bonnes notes, mais je ne me débrouillais pas si bien à l’oral, donc j’ai beaucoup travaillé là-dessus. Il y avait aussi un test de mathématiques, pour évaluer le niveau nécessaire avant de rejoindre le programme. Mais la meilleure partie reste l’entretien de motivation avec des représentants de l’ESSEC et de CentraleSupélec. C’était important pour moi de comprendre les attentes des deux écoles et j’ai senti que le fit était vraiment bon.
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Deux campus et une seule formation
Concrètement, comment se passe l’alternance entre le campus de Cergy, à l’ESSEC, et celui de Saclay, à CentraleSupélec ?
C’est une question qui revient souvent de la part de mes amis, parce que ça implique de déménager quasiment chaque année. On commence sur le campus de CentraleSupélec en première année, puis deux années entières à l’ESSEC, entrecoupées de l’échange universitaire, avant de revenir à CentraleSupélec pour la dernière année. Sur chaque année, les cours ne sont jamais répartis à 100 % dans une seule école. Il y a toujours 75 % de cours d’ingénieur et 25 % de management, ou l’inverse selon le campus. Ce sont d’ailleurs les enseignants qui se déplacent d’un campus à l’autre, pas les étudiants. J’adore découvrir de nouveaux endroits, donc pour moi, c’est plutôt un plaisir de changer d’école presque chaque année.
Être formé à la fois par des ingénieurs et des professionnels du business, qu’est-ce que ça change vraiment ?
C’est la vraie richesse du programme. Ça fournit à la fois des bases solides en mathématiques et en ingénierie, et à côté, des cours très pratiques, à l’oral, en travaux de groupe. Les deux se complètent parfaitement.
Ce qu’on apprend vraiment dans le BSc AIDAMS
Quelles sont les matières qui vous ont le plus marqué depuis le début du programme ?
On a énormément de cours, c’est difficile de choisir. J’ai beaucoup aimé les mathématiques de première année, le niveau était très élevé, ça faisait plaisir à voir après le lycée.
Pouvez-vous nous parler d’un projet ou d’un cours qui illustre bien ce mélange entre technique et business ?
Il y a eu beaucoup de projets, mais celui qui me vient en tête, c’est un cours de négociation, passionnant à la fois par la théorie et par la pratique. Il fallait vraiment bien analyser un problème d’entreprise pour pouvoir le résoudre. On comprenait que l’un sans l’autre, ça ne fonctionnait pas. C’est là que j’ai vraiment saisi l’importance de la synergie entre technique et business.
Quelle place a tenu l’intelligence artificielle dans votre parcours ?
L’intelligence artificielle m’intéresse depuis la fin de la première, je trouvais le sujet fascinant. C’est un atout majeur de la formation. Pendant ces quatre années, on a eu beaucoup de cours pour apprendre à l’utiliser et à l’appliquer concrètement, et savoir manier les deux est un vrai avantage. C’est d’ailleurs ce qui m’a permis de décrocher mon premier stage, pour implémenter de l’IA dans une banque.
Une IA qui infuse, pas qui s’ajoute
Ici, l’intelligence artificielle n’est pas un module isolé, elle irrigue le programme depuis la première année.
En quoi consiste le fameux Corporate Research Project de 4e année ?
En 4e année, on entame le Corporate Research Project, un projet de cinq mois encadré par des enseignants, sur un sujet lié à la data, au machine learning ou à l’IA, en lien avec une entreprise. C’est l’occasion d’avoir de premiers contacts en entreprise, de voir concrètement comment ça fonctionne, et de se faire une idée de ce à quoi pourrait ressembler la recherche.
Un quotidien résolument international
Le choix de la destination
Si William Peltier a choisi l’Argentine, l’échange de troisième année n’a rien d’un parcours imposé. Le programme s’appuie sur un réseau d’une cinquantaine d’universités à travers le monde, de quoi construire un semestre à l’international sur mesure.
Où avez-vous effectué votre échange académique de troisième année, et pourquoi ce choix ?
L’Argentine était mon premier choix, à l’Université de Buenos Aires. C’est un pays où je n’irai sans doute pas travailler par la suite, donc je voulais avant tout découvrir une nouvelle culture et une nouvelle langue. Ces six mois ont été les plus beaux de ma vie jusqu’ici, je n’ai aucun regret d’y être allé.
100 % en anglais, la moitié de la promo à l’international, comment vit-on ça au quotidien ?
Ça m’a pris un bon deux mois pour vraiment m’y faire. Les premiers mois ont été compliqués, parce qu’à CentraleSupélec, il fallait comprendre le cours et la langue en même temps. Aujourd’hui, je suis très à l’aise en anglais et content d’avoir choisi cette difficulté. J’ai grandi dans un environnement 100 % français, et là, je suis arrivé dans un environnement international, avec des étudiants aux volontés très différentes des miennes. C’est une vraie richesse et on a beaucoup à apprendre les uns des autres.
Le monde comme salle de classe
Ici, l’ouverture internationale ne se limite pas à un semestre optionnel. Elle est structurelle, aussi bien dans la composition de la promotion que dans le parcours de chacun.
Les premiers pas en entreprise
Entreprise, mission, enseignements tirés, que retenez-vous de vos stages obligatoires ?
En première année, il y a eu la learning expedition, une semaine en immersion en entreprise, chez Thales. C’était passionnant, une vraie chance de pouvoir faire ça. Ensuite, j’ai fait mon premier stage obligatoire dans une salle de trading bancaire, parce que c’est le secteur dans lequel je voulais travailler en commençant mes études. J’ai pu vraiment mettre en pratique ce que j’avais appris. L’année dernière, de janvier à fin février, j’ai refait un stage dans la même banque, pour programmer un outil informatique intégrant de l’IA.
Pour le stage de fin d’études, j’étudie encore toutes les pistes. Ce sera sans doute en finance, en banque, idéalement en banque d’investissement en Asie, pour allier la finance et la découverte d’une nouvelle région.
Comment le service carrière de l’école vous a-t-il accompagné dans cette recherche de stage ?
Le service carrière a été très utile, de plusieurs manières. On a eu plusieurs heures avec eux pour expliquer ce qu’on voulait, puis pour travailler sur la lettre de motivation et le CV, avec des ateliers en groupe ou en one-to-one. Le réseau alumni est aussi mis en avant, pour aller chercher des personnes qui ont un parcours similaire au sien et pouvoir les contacter directement. Il y a aussi des événements en présentiel sur les campus, comme les forums métiers à l’ESSEC, où les entreprises s’installent sur des stands pour présenter leurs opportunités de stage.
Vie associative et fibre entrepreneuriale
À quelles associations étudiantes participez-vous ?
Je n’ai pas beaucoup de temps pour les assos, parce que j’ai monté une entreprise à côté des études. J’en ai quand même rejoint deux au début, CentraleSupélec Finance, où j’étais trésorier et où on organisait des événements avec des banques, et une association de cuisine. J’ai aussi rejoint l’association finance de l’ESSEC.
Deux brevets, un produit déjà commercialisé dans plusieurs pays d’Europe, comment est né ce projet entrepreneurial ?
À la fin de la classe de première, j’avais inventé un emballage réutilisable, à partir d’un ras-le-bol de recevoir des colis. Quatre ans plus tard, on a déposé deux brevets et le produit est présent dans plusieurs pays en Europe. J’ai autant appris là-dedans qu’à l’école. J’ai pu profiter des incubateurs des deux écoles, de bourses et c’est aussi là que le réseau alumni a été très utile.
Après le BSc AIDAMS, quel secteur envisagez-vous de rejoindre ?
Mes deux stages chez Natixis, un sur l’analyse de dossiers et l’autre sur le développement d’un outil intégrant de l’IA, m’ont vraiment plongé dans l’univers de la banque, et ça m’a confirmé que je voulais rester dans ce monde-là. Mais ce que j’aime par-dessus tout, c’est le contact humain, et c’est ce qui m’a orienté vers la gestion de patrimoine, à l’étranger ou en France. Je voudrais aussi continuer à développer ma société et pourquoi pas lancer un autre projet.
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Après le Bachelor, un conseil aux futurs candidats
Avec le recul, que conseilleriez-vous à un lycéen qui hésite à candidater au BSc AIDAMS ?
Je reçois de plus en plus d’appels de lycéens et je leur dis toujours la même chose. Si on est un profil 100 % théorique, la prépa reste plus adaptée. Si, à l’inverse, on aime avoir des projets à côté, le BSc AIDAMS est une super opportunité.
Comment vous êtes-vous préparé pour l’entretien de motivation et quel conseil donneriez-vous pour cette étape ?
Ma technique principale, c’est de commencer par les entretiens les moins importants, pour finir par le plus important. J’avais mis ESSEC et CentraleSupélec en dernier, ce qui m’a permis d’être bien rodé sur l’exercice le jour J. Il faut bien connaître l’école avant l’entretien, faire son travail sérieusement, et surtout être sûr de soi. Il ne faut pas chercher à s’inventer une identité, chacun est unique, et c’est cette unicité qui fait la richesse du programme. Il ne faut pas avoir peur d’être qui on est, et bien dormir avant.
Je conseille aussi de faire les journées portes ouvertes pour découvrir au mieux le programme. Ça donne une vraie idée de la qualité de l’école, les locaux, les professeurs, les échanges avec les étudiants. L’ESSEC a mis en place un lien sur son site pour échanger directement avec des étudiants ambassadeurs, qui répondent de façon personnalisée aux questions des candidats.















