Les masters difficiles ne sont pas forcément ceux dans lesquels il est le plus compliqué d’entrer. Une formation peut recevoir des milliers de candidatures, sélectionner sévèrement ses étudiants puis diplômer presque toute sa promotion. À l’inverse, certains cursus continuent à perdre une part importante de leurs étudiants entre le M1 et l’obtention du diplôme. C’est cette seconde difficulté qui nous intéresse ici.
Les dernières données du ministère de l’Enseignement supérieur montrent que 68,6 % des étudiants entrés pour la première fois en M1 en 2022 ont obtenu leur master en deux ans. En accordant une année supplémentaire, le taux de diplomation atteint 76 % pour la cohorte entrée en 2021. Autrement dit, près d’un étudiant sur trois n’obtient pas son master dans la durée théorique de deux ans.
Bon à savoir
Il n’existe toutefois pas de classement officiel recensant toutes les mentions de master françaises de la plus difficile à la plus facile. Le SIES publie des taux nationaux par grands domaines, tandis que certaines universités détaillent leurs résultats mention par mention. Notre sélection croise ces deux niveaux. Un taux faible peut traduire des échecs aux examens, mais aussi des abandons, des réorientations, des mémoires non soutenus ou une année supplémentaire. Il ne mesure donc pas uniquement la difficulté académique.
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1. Le master de philosophie, parmi les masters difficiles à terminer
La philosophie illustre parfaitement la différence entre entrer en master et parvenir au bout du cursus. À Nantes Université, seulement 41,4 % des étudiants inscrits en deuxième année de master de philosophie et présents aux examens ont validé leur diplôme en 2024-2025. Le chiffre est particulièrement bas pour un niveau où les promotions ont déjà été sélectionnées plusieurs années auparavant.
Le cursus demande beaucoup plus qu’une accumulation de connaissances philosophiques. Le travail personnel repose largement sur la lecture, la rédaction, la construction d’une problématique et, dans les parcours recherche, la production d’un mémoire long. L’autonomie nécessaire en M2 peut devenir un facteur d’échec lorsque la rédaction du mémoire prend du retard. Ce taux ne signifie pas que tous les masters de philosophie français affichent 41 % de réussite. Il montre en revanche jusqu’où les écarts peuvent aller selon l’université et le parcours.
2. Les masters MEEF, désormais remplacés progressivement par les M2E
Les anciens masters MEEF figurent parmi les formations où terminer en deux ans est loin d’être automatique. Pour la cohorte nationale entrée en 2022, le taux de réussite en deux ans des masters enseignement atteignait 63 %, contre 68,6 % pour l’ensemble des masters. Avec une troisième année, seulement 69,3 % de la cohorte précédente avait obtenu son diplôme.
Les écarts entre parcours peuvent être considérables. À l’Université de Reims Champagne-Ardenne, les données publiées pour la cohorte 2021-2022 faisaient apparaître seulement 30 % de réussite en deux ans dans un parcours de documentation, 38 % en histoire-géographie, 40 % en lettres et 44 % en physique-chimie.
Ces chiffres concernent l’ancien système MEEF. Depuis la rentrée 2026, la réforme transforme la formation des futurs enseignants avec l’arrivée du master M2E et le déplacement du concours. Les futurs taux de réussite du nouveau cursus devront donc être observés séparément.
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3. Le master Monnaie, banque, finance, assurance
Un master de finance n’est pas nécessairement facile à valider une fois la sélection franchie. L’évaluation du HCERES consacrée à l’Université Paris-Panthéon-Assas relève notamment que le master Monnaie, banque, finance, assurance affichait un taux de réussite d’environ 50 % sur les trois années de référence étudiées, alors que beaucoup d’autres masters de l’établissement se rapprochaient de 100 %.
Les raisons ne sont pas automatiquement des échecs académiques purs. Le HCERES souligne aussi l’existence de réorientations dans certains cursus affichant des taux plus faibles. En finance, les étudiants peuvent également être confrontés à une combinaison exigeante de finance quantitative, d’économie, de statistiques et d’expériences professionnelles.
Cet exemple rappelle surtout qu’une formation très professionnalisante peut avoir un taux de diplomation faible sans que son recrutement soit peu sélectif. Admission et validation sont deux indicateurs totalement différents.
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4. Le master de lettres
Les masters de lettres présentent eux aussi des écarts importants entre M1 et M2. À l’Université de Tours, le parcours Lettres du master Arts, lettres et civilisation affichait en 2024-2025 un taux de réussite de 55 % en première année, contre 94 % en M2 parmi les étudiants présents aux examens.
Le principal filtre peut donc intervenir après l’admission. Le passage d’une licence très encadrée à un master exige davantage d’autonomie, de lectures spécialisées et de travaux de recherche. Le mémoire devient souvent une pièce centrale du cursus, en parallèle des séminaires et des évaluations classiques.
À l’échelle nationale, cette difficulté apparaît dans les statistiques plus larges : les arts, lettres, langues et sciences humaines et sociales n’affichaient que 60,4 % de réussite en master en deux ans pour la cohorte 2022, le taux le plus faible des grands domaines publiés par le ministère.
5. Le master de sociologie
En sociologie également, la difficulté ne réside pas uniquement dans l’accès au M1. Le parcours Métiers de l’intervention sociale et du développement territorial de l’Université de Tours affichait 60 % de réussite en M1 en 2024-2025, puis 76 % en M2 parmi les étudiants présents aux examens.
Les étudiants doivent conjuguer approfondissement théorique, méthodes quantitatives ou qualitatives, enquête de terrain et rédaction universitaire. Dans certains parcours, un stage ou une activité professionnelle s’ajoute au mémoire. Cette combinaison peut expliquer qu’une partie de la promotion ne termine pas dans le calendrier prévu.
La sociologie appartient par ailleurs au grand ensemble des sciences humaines et sociales, précisément celui pour lequel les données nationales montrent la diplomation en deux ans la plus faible. La difficulté vient donc moins d’un unique examen final que de la capacité à maintenir un projet de recherche sur deux années complètes.
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6. Les masters STAPS
Les études sportives ne deviennent pas soudainement faciles après la licence. Les masters STAPS affichaient un taux national de réussite en deux ans de 70,9 % pour la cohorte entrée en M1 en 2022. Le niveau est supérieur aux arts et lettres, mais près de trois étudiants sur dix n’obtiennent toujours pas leur diplôme dans la durée théorique.
Les cursus associent sciences du mouvement, physiologie, méthodologie de la recherche et spécialisation professionnelle. Selon la mention, les étudiants doivent aussi effectuer des stages importants, monter des projets de terrain ou produire un mémoire. Le master Entraînement et optimisation de la performance sportive organisé avec l’INSEP illustre cette intensité : en M1, 17 étudiants sur 21 avaient validé leur année en 2024, soit 80 %, avec des redoublements et un abandon.
Le taux de réussite dépend fortement de la spécialité. Activité physique adaptée, entraînement, management du sport ou ergonomie du mouvement ne demandent pas exactement les mêmes compétences.
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7. Le master de psychologie
Le master de psychologie mérite une place particulière. Il est extrêmement difficile à intégrer, mais cette sélectivité ne signifie pas que tous les candidats admis terminent automatiquement le cursus. Au niveau national, 71,7 % des étudiants entrés en 2022 avaient obtenu le diplôme en deux ans.
Le résultat devient toutefois beaucoup plus élevé lorsque l’on laisse une troisième année aux étudiants. Pour la cohorte 2021, 82,9 % avaient finalement décroché leur master en deux ou trois ans, le meilleur résultat parmi les disciplines détaillées par le ministère. Le problème semble donc davantage être la validation dans le temps prévu que l’obtention définitive du diplôme.
Les stages obligatoires, le mémoire de recherche et les exigences liées au titre de psychologue peuvent rallonger le parcours. À Nantes Université, la mention psychologie affichait par exemple 81 % de réussite en M1 et 88 % en M2 en 2024-2025 parmi les étudiants présents aux examens.
8. Les masters de sciences et santé
Les masters regroupés dans le domaine sciences-santé affichent 72,8 % de réussite en deux ans pour la cohorte 2022. Le résultat est supérieur à la moyenne nationale, mais signifie encore qu’un peu plus d’un étudiant sur quatre n’obtient pas le diplôme dans le délai standard.
Ce groupe est particulièrement vaste. Il peut englober des formations en biologie, chimie, physique, informatique, mathématiques, santé publique ou sciences de la vie. Les raisons d’un échec diffèrent donc radicalement selon la mention. Dans les parcours recherche, les travaux expérimentaux et les stages de laboratoire peuvent notamment conditionner la validation du M2.
La difficulté scientifique ressentie ne se traduit d’ailleurs pas nécessairement par un faible taux de réussite. La sélection à l’entrée et le profil académique des étudiants jouent beaucoup. C’est pourquoi un master de mathématiques réputé très exigeant peut afficher une excellente diplomation, tandis qu’un autre cursus apparemment moins technique connaît davantage d’abandons.
9. Les masters d’économie, gestion et AES
Les masters d’économie, gestion et administration économique et sociale affichent un taux national de réussite en deux ans de 74,3 % pour la cohorte 2022. En deux ou trois ans, 81,6 % de la cohorte 2021 avait obtenu son diplôme.
Ces résultats sont relativement élevés, mais les moyennes masquent une multitude de formations. Finance, économétrie, gestion des ressources humaines, contrôle de gestion ou économie théorique peuvent avoir des niveaux de technicité et des exigences très différents. Certaines mentions incorporent également une alternance, un stage long ou un mémoire qui conditionne la validation finale.
Le cas du master MBFA à Assas montre justement qu’un parcours précis peut s’éloigner fortement de la moyenne du domaine. Il est donc dangereux de déduire la difficulté d’un master uniquement de son intitulé général.
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10. Les masters de droit et sciences politiques
Le droit et les sciences politiques terminent cette sélection, mais avec une particularité : ce sont actuellement les domaines où l’on réussit le mieux à l’échelle nationale. Pour les étudiants entrés en M1 en 2022, 77 % avaient obtenu leur master deux ans plus tard. Pour la cohorte 2021, 82 % étaient diplômés en deux ou trois ans.
Cela n’empêche pas certains parcours d’être beaucoup plus difficiles à terminer. Le HCERES relevait par exemple autour de 50 % de réussite en M1 pour le parcours Préparation aux carrières administratives du master Droit public à Paris-Panthéon-Assas. À Paris Nanterre, certains M2 affichent également une forte différence entre le nombre d’inscrits et celui des diplômés, souvent liée à des absences ou réorientations plutôt qu’à des étudiants effectivement recalés aux examens.
Le droit montre donc pourquoi il faut aller au-delà des réputations. Un cursus peut demander une quantité considérable de travail tout en présentant un taux de diplomation élevé, notamment parce que les étudiants ont déjà été fortement sélectionnés avant leur entrée en M1.
Pourquoi certains masters difficiles affichent-ils malgré tout 80 ou 90 % de réussite ?
Le taux de réussite ne mesure pas directement la difficulté des cours. Depuis 2017, l’entrée en M1 peut être sélective. Une formation extrêmement exigeante peut donc sélectionner des candidats possédant déjà un excellent niveau académique, ce qui augmente mécaniquement son taux de diplomation. Le ministère observe d’ailleurs une progression continue de la réussite depuis l’instauration de cette sélection.
À l’inverse, un taux faible peut provenir d’autres phénomènes que des mauvaises notes. Certains étudiants abandonnent un mémoire, changent de formation, trouvent un emploi avant la fin du cursus, interrompent leur alternance ou terminent leur M2 avec un an de retard.
C’est pourquoi les masters difficiles doivent être étudiés avec plusieurs indicateurs : réussite en M1, passage en M2, diplomation en deux ans et diplomation en deux ou trois ans. Le simple pourcentage de reçus à un examen final ne raconte qu’une partie du parcours.
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